| Quand un jeune homosexuel défend l'Eglise |
| Écrit par Abbé Grosjean | |
| Mercredi, 22 Septembre 2010 17:00 | |
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Dans une lettre qui le questionne sur ce sujet, il explique pourquoi il pense que le discours de l'Eglise sur l'homosexualité est profondément juste, et comment il essaye, peu à peu, de le vivre pleinement, d'y trouver un chemin de bonheur vrai, et de liberté. Sans cacher les combats difficiles à travers lesquels il a à passer.
J'ai été profondément touché par son témoignage, qu'il m'a permis de reproduire ici. J'avais eu l'occasion d'échanger avec lui, de pressentir sa soif de vérité, sa recherche de ce bonheur, au delà des discours faciles, extrêmes, accusateurs ou au contraire démobilisateurs.Je sais aussi pour en rencontrer certains la souffrance de ceux qui portent en eux cette blessure qu'ils n'ont pas choisie, et qui veulent, de leur mieux, avancer sur leur chemin de sainteté. J'entends et je suis témoin de ces luttes intérieures, ces combats secrets, ces déchirements profonds quand la tentation se fait si lourde, quand le bonheur est si flou, si difficile à envisager, synonyme de tant de renoncements préalables. Comme il est précieux alors que la parole de l'Eglise soit offerte, avec la miséricorde et l'amitié nécessaires pour l'accompagner ! La vérité sans la charité se fait dure, écrasante. La Charité sans la Vérité n'a rien de vivifiant, reste creuse, ne relève pas. C'est particulièrement vrai dans ce domaine. Je bénis Dieu pour Philippe, et son témoignage qui pourra en toucher plus d'un. Je garde dans le silence et dans ma prière de prêtre, tous ceux qui portent cette souffrance dans le secret. Qu'ils trouvent sur leur chemin un "padre", une "soeur", un frère chrétien pour les encourager, les accompagner, sans jamais les condamner. Abbé GROSJEAN
( NB : Pour comprendre la lettre : Paula demande à Philippe de lui expliquer comment , en tant qu'homosexuel et catholique, il reçoit ce que l'Eglise dit sur l'homosexualité. Elle veut pouvoir à son tour répondre à un garçon qui réflechit à une vocation de prêtre, mais qui est heurté par le discours de l'Eglise, alors qu'il aura à l'expliquer un jour )
" Chère Paula, Je vais essayer finalement de répondre par écrit à ton mail: il m’inspire beaucoup de réponses qu’il me paraît important de développer, car elles pourront servir à beaucoup d’autres personnes que toi. On pourra en reparler par téléphone si tu veux… et surtout si on arrive à faire coordonner nos agendas !^^ Si tu le veux bien, je vais faire une sorte de lecture linéaire de ton courrier pour ne pas en perdre une miette.
Tu m’écris que ce garçon « a du mal à faire confiance aux enseignements de l’Église et parfois cela devient un vrai obstacle vis à vis de l’approfondissement de sa vocation. » De peur de paraître un peu dur et direct dès le départ, je te dirais que je crois qu’on ne peut pas engager un chemin vers la prêtrise si on n’aime pas profondément l’Église catholique, si on ne Lui fait pas d’avance une entière confiance, si on se laisse trop inspirer et influencer par la réputation médiatique fallacieuse et infamante qui sévit avec force en ce moment à son propos (comme quoi l’Église serait quand même un peu « en retard » sur certains sujets, en décalage avec les mutations sociales, et « fermée » d’esprit). L’Église catholique est humaine, défectueuse, mais malgré tout d’inspiration divine : elle est donc sanctifiée, en dépit de son humanité merdique. Et cela, il ne faut pas le remettre en doute ! La confiance a quelque chose de nécessairement arbitraire et aveugle, mais j’ai eu l’occasion d’expérimenter à bien des reprises la justesse du message de l’Évangile mais aussi du Pape et de son institution vaticane. Par exemple, pour partir de l’homosexualité, j’ai toujours fait confiance au message un peu abrupt et sec du Catéchisme de l’Église catholique à ce sujet, en me disant que l’Église avait raison sans avoir encore compris pourquoi, que je comprendrais plus tard, que je devais faire ma propre enquête pour trouver d’autres mots plus personnels et pallier à la concision du discours ecclésial. Et finalement, au jour d’aujourd’hui, je ne regrette pas du tout d’avoir été têtu dans mon aveuglement ! Même si je n’exprimerais pas les choses comme le Pape ou même un saint Paul, même si je me suis approprié son message sur l’homosexualité pour l’humaniser davantage, je reviens vers mon Église en Lui donnant raison et en La soutenant dans ses positions. Elle a vu juste par rapport à l’homosexualité en disant que les actes homosexuels étaient intrinsèquement désordonnés. Elle voit juste en demandant le célibat continent. Elle voit juste en exprimant sa méfiance par rapport aux couples homosexuels et au désir homosexuel. Et c’est quelqu’un comme moi, qui a étudié le sujet à fond à travers quatre livres et qui a passé 10 ans dans le monde associatif homo et dans le « milieu homo », qui le dit ! Pas un garçon qui exprime un avis de loin, parce qu’il n’assume ni son homosexualité ni le fait de s’en approcher. La confiance en l’Église – qui n’est absolument pas synonyme d’absence de regard critique ni de soumission scolaire à tout ce qui est dit – ne déçoit jamais, car je la crois profondément juste et surprenante. Oui, j’assume de plus en plus de faire partie de cette famille qu’est l’Église catholique, et je suis scandalisé qu’on maltraite ainsi mon grand-père, car il a le courage de dire tout haut ce qui doit être dit sur l’homosexualité, et sur plein d’autres sujets de morale sexuelle d’ailleurs. C’est quand on va lire directement les textes et ce que Benoît XVI dit qu’on se rend compte qu’il n’a rien du frustré que certains médias dépeignent. Il est particulièrement connecté à l’actualité.
« Quand je lui explique que souvent il faut distinguer entre la position officielle de l’Église et la Pastorale, il trouve cela très difficile à comprendre, parce que cela lui semble une hypocrisie. » Je comprends en effet qu’il ne puisse pas recevoir ce discours dissociant théorie et pratique, Église du haut et Église du bas (même si je vois dans quel sens tu l’as dit : le Vatican est bien obligé de poser un cadre moral, un discours généraliste, tout en l’adaptant ensuite au cas par cas, aux exceptions, aux personnes, aux situations humaines imprévues). C’est tout à l’honneur de ce jeune homme que de « tiquer » à notre tiédeur ou à nos propres tentations de nous désolidariser de notre Institution pour ne pas assumer tout ce qu’elle nous demande ou bien la mauvaise image que cela nous donnerait ! Ça veut au moins dire qu’il tient inconsciemment à l’Unité de l’Église, qu’il est en recherche de Vérité, qu’il désire fortement la cohérence des discours et des actes, qu’il veut épouser entièrement l’Église ou pas du tout ! Il lui faut peut-être garder la part de beauté que contient sa révolte (à savoir la recherche de Vérité) et consentir par ailleurs au mystère d’obéissance. « Obéir » signifie « aimer » quand on donne son obéissance au bon maître.
« Dernièrement, il a exprimé ses doutes par rapport à l’enseignement de l’Église sur l’homosexualité. Il nous a dit qu’il n’est pas homosexuel et qu’il ne connaît personne qui est homosexuel. Cependant, il veut comprendre l’enseignement de l’Église à ce sujet, autrement, il craint que quand il deviendra prêtre, il ne sera peut-être pas capable de mettre en pratique ce que l’Église enseigne et finira par abandonner le chemin de prêtre catholique. » Je trouve cela génial que ce garçon désire être aussi entier, qu’il sorte également de ses frontières pour aller sur un terrain qu’il ne connaît à priori pas beaucoup (le monde homosexuel), qu’il veuille être au cœur d’un apostolat dans et proche des réalités du monde. Tu le féliciteras et tu l’encourageras à continuer à « fouiller la merde », à ne jamais se laisser faire ou signer à un contrat dont il ne connaît pas toutes les closes. Du moment qu’il accepte qu’on ne peut pas tout maîtriser ou deviner de l’intelligence de Dieu…
« En ce moment, il est vraiment en train de mettre en question sa vocation à cause de ce sujet. Il a lu des commentaires sur la Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles et il n’est pas d’accord avec cette position. Il pense que celle-là n’est pas une position miséricordieuse, comme celle de Jésus. Ce serait donc une contradiction avec l’Évangile. » Je comprends sa réaction première. Après, cette impression de manque d’ouverture tient non pas tant au contenu qu’à la brièveté des articles de cette Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Et il est clair que le message de l’Église, même s’il n’est pas faux, doit s’affiner, se préciser davantage, pour être plus aimant. Je trouve personnellement qu’il n’est encore pas assez question du désir homosexuel en lui-même, ni de son lien avec le viol. Du coup, il a du mal à peser sur la balance face au discours bien-pensant de l’ouverture inconditionnelle à l’autre. Le garçon dont tu me parles ne doit pas perdre de vue que l’amour du prochain n’est pas un « oui » sans réserve, mais parfois un « non » et une exigence posée avec fermeté. Jésus accueille toujours l’autre sans réserve, mais les actes humains avec beaucoup de réserves et d’exigence ! Parce qu’Il tient à l’Amour autant qu’aux personnes aimées par cet Amour. Et parce qu’Il nous responsabilise, nous met devant nos limites humaines et notre liberté. Si nous ne comptions rien pour Lui, Il ne se donnerait pas la peine de s’opposer à nos fantasmes parfois bien intentionnés de se prendre pour Lui. Or, Jésus n’accueille pas la femme adultère avec un sourire mièvre et une ouverture d’esprit relativiste : Il l’aime profondément, et c’est pour cela qui lui dit aussi sans détour : « Va, et désormais ne pèche plus. » Il accueille la personne, mais refuse le péché. Il formule explicitement une demande qui condamne l’acte tout en relevant l’âme pécheresse. C’est la raison pour laquelle je trouve le message de l’Église sur l’homosexualité exigeant mais très évangélique. C’est l’amertume de la coupe offerte.
« Il pense aussi que ce n’est pas juste que pour les hétérosexuels il y ait deux options : la vie matrimonielle et la chasteté consacrée à Dieu, mais pour les homosexuels il n’y a que celle de la chasteté. » Alors, déjà, entendons-nous bien dans les termes. La chasteté n’est pas équivalente à la continence ou à l’abstinence : elle est aussi à vivre au sein d’un couple femme-homme, ou entre amis, ou même entre un artiste et son œuvre d’art, car elle est cette juste distance qui permet la relation, cette résistance à la fusion destructrice. Après, l’appel à la continence pour les personnes homosexuelles est, c’est vrai, un peu « brut de pomme », il faut le reconnaître. Moi-même, il m’a beaucoup questionné à un moment, quand je commençais à assumer mon désir homosexuel. Je me retrouvais dans l’assistance de messes où la condition homosexuelle n’était pas du tout abordée (genre le « Journée annuelle pour les vocations » ou le « Dimanche pour la famille »). Les prêtres, dans leurs homélies, ne proposaient que deux options de vocations possibles pour suivre le Christ : soit le couple marié (que je ne pouvais pas vivre), soit le célibat consacré vécu dans la prêtrise (que je ne pouvais pas vivre non plus, puisque l’entrée dans les séminaires était barrée pour les personnes homosexuelles). Je trouvais ça un peu court et paniquant comme raisonnement ; à l’époque, j’en pleurais presque, et je criais intérieurement vers le Seigneur : « Mais Seigneur, quel chemin reste-t-il pour nous, personnes homosexuelles ??? Quelles issues de secours ??? Pourquoi je n’aurais pas le droit d’aimer, moi aussi, puisque tu m’as fait un cœur pour aimer ? » Cette révolte ne m’a pas fait quitter l’Église pour autant (ma foi était trop forte). Elle m’a donné au contraire l’impulsion de me questionner et d’inaugurer un nouveau chemin. Et de surcroît, avec le temps, j’ai compris que cette voie restreinte et étroite de la continence proposée aux personnes homosexuelles n’avait rien d’une condamnation de l’Amour, mais était précisément une demande spécifique qui reconnaissait notre singularité à nous, personnes homosexuelles, et aussi qu’elle n’était ni plus facile ni moins facile à vivre que le mariage ou le sacerdoce : elle implique le même renoncement, le même don entier de soi, la même liberté. Elle n’est pas moins un chemin où l’on peut aimer vraiment. Ce n’est pas le nombre de choix qui nous sont proposés qui détermine notre degré de liberté ou notre bonheur, mais bien notre choix entier à une personne unique, que celle-ci soit une personne du sexe dit « opposé » ou Jésus. Et les personnes homosexuelles ne sont pas privées de Jésus : elles sont même, de part les limites imposées par leur désir, plus spécifiquement orientées vers « la meilleure part ». Alors pourquoi s’en plaindraient-elles, ou pleureraient-elles d’être mises à l’écart du modèle du Couple présenté par notre société ultra-érotisée comme la seule structure d’amour vrai ? Quelque part, leur condition homosexuelle les prépare plus directement et plus fermement aux noces royales célestes. Si elles savent la saisir, c’est une chance pour elles d’être en quelque sorte acculées, de par un désir intérieur qu’elles n’ont pas choisi, à un don entier à la personne de Jésus, puisqu’elles ne sont pas appelées par l’Église à vivre autre chose avec quelqu’un d’autre. L’Église leur demande tout de suite quelque chose de grand, de complètement fou humainement parlant, mais de glorieux dans l’Éternité. Elles devraient s’en réjouir ! Tout ceci, cependant, ne prend sens qu’à la lumière de la foi et de la Résurrection.
« Puisque moi je ne suis pas homosexuelle, il est vraiment difficile pour moi de faire un jugement. Je me suis renseignée un peu, mais je ne sais pas quelle opinion accepter comme juste. J’avoue mon ignorance dans ce thème et c’est pour cela que je vous demande votre aide. » N’aies pas peur, Paula, de tes impressions, de tes avis, ou jugements raisonnés. L’homosexualité est humaine. Même si tout le monde ne la ressent pas, elle continue d’appartenir à tout le monde, et tous peuvent en parler – y compris les prêtres « hétérosexuels » ! – car la réflexion sur le Désir rejoint tout un chacun. L’homosexualité n’est pas un sujet qui appartient spécifiquement aux personnes homosexuelles, quand bien même la plupart d’entre elles le laissent croire pour ne pas entendre ce que le monde extérieur a de pertinent à leur dire sur les limites nombreuses de leur désir. Nous avons le devoir, en tant que chrétiens, de nous positionner. Et j’ai vu des personnes dites « hétérosexuelles » traiter de l’homosexualité avec bien plus de pertinence et de distance que ceux qui ont le nez dans le guidon et si peu de recul sur eux-mêmes ! Alors fais-toi confiance.
« Puisque vous êtes homosexuel et catholique, est-ce que vous pourriez me répondre à quelques questions ? Par exemple, vous êtes d’accord avec : ‘L’inclination particulière de la personne homosexuelle constitue néanmoins une tendance, plus ou moins forte, vers un comportement intrinsèquement mauvais du point de vue moral. C’est la raison pour laquelle l’inclination elle-même doit être considérée comme objectivement désordonnée.’ (selon la Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles). C’est-à-dire, pour vous l’inclination homosexuelle, est-elle désordonnée et considérez-vous le comportement homosexuel comme intrinsèquement mauvais ? » Oui, je suis d’accord avec ces propos. Ils sont certes explicites, mais droits. Ayant été témoin du désordre intérieur et extérieur que provoquait la justification du désir homosexuel dans la vie des personnes qui s’y soumettaient aveuglément comme s’il s’agissait d’un désir qui les définissait entièrement ou qui était équivalent à l’amour entre une femme et un homme qui s’aiment vraiment ou entre un homme continent et Dieu, je peux dire que j’y souscris. Après, j'ajouterais à ces propos ma propre étude de terrain. J’ai recensé dans les œuvres homosexuelles (films, romans, biographies, discours de nombreux sujets homosexuels…) toutes les occurrences inconscientes qui étaient faites au mot « désordre », et elles sont nombreuses ! (pourtant, elles ont été faites par des personnes qui défendaient l’authenticité de leur désir homosexuel !) J’ai également décrit la nature dispersante, c’est-à-dire plus divisante qu’unifiante, du désir homosexuel, à travers l’étude de symboles récurrents dans les fictions traitant d’homosexualité : les visages coupés en deux, les corps éclatés, les animaux à deux têtes, les jumeaux, les miroirs brisés, les doubles schizophréniques, etc., toutes ces figures symboliques de la division. Pour moi, ces images sont le langage du désir homosexuel, un élan qui conduit davantage à la dispersion et à des actes où le fantasme narcissique et les pulsions font loi, plutôt qu’à la Réalité et à la Vérité (ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils soient totalement déconnectés de ces deux dernières).
« Pour moi, c’est difficile à comprendre que, étant l’homosexualité une structure de la personne, même qu’elle ne soit pas génétique dans la plupart des cas, ce soit quelque chose de mauvais et désordonné. Si je suis sincère, dans mon ignorance, moi je préfèrerais que l’homosexualité puisse être changée avec quelque thérapie et devenir hétérosexualité. Mais selon ce que j’ai lu, en psychologie cela n’est pas accepté, ni conseillable, même s’il y a des groupes qui encouragent le changement en l’appelant conversion, n’est-ce pas ? » C’est vrai que ce n’est pas souhaitable de mettre l’homosexualité sur le terrain de la génétique ou de la maladie du simple fait qu’elle n’est pas un choix. Pour autant, même si je ne prétends pas trancher entre l’inné et l’acquis (car pour moi, l’homosexualité reste une énigme à ne pas élucider complètement pour laisser à celui qui la ressent une complète liberté, pour ne pas la transformer en destin, pour ne pas « pathologiser » ni essentialiser le désir homosexuel et lui donner trop d’importance par rapport à la personne homosexuelle), j’ai constaté que le désir homosexuel était à la fois la marque d’une blessure liée à un contexte de violence réel (viol, inceste, mépris de soi, désir d’être objet, isolement amical, etc.) et aussi le révélateur de coïncidences et de terrains porteurs (déterminants ou non) marqués par une absence de désir. Alors bien sûr, il faut être très prudent quant aux thérapies collectives et à toutes ces sectes qui stigmatisent « les » homosexuels et les réduisent à leur désir homosexuel pour mieux le leur ôter et faire croire à une miraculeuse conversion à « l’hétérosexualité ». Personnellement, je n’y crois pas, entre autres parce que je ne considère pas l’orientation homosexuelle comme déterminante de l’intégralité de la personne qui la ressent, ni comme le mal absolu. En plus, ce qui se joue au niveau de la sexualité est très mystérieux et profond : je ne crois pas qu’on puisse changer complètement quand on est homosexuel, sauf ceux qui se sentent bisexuels. Cela dépend de la profondeur de l’ancrage de l’homosexualité en nous. Bref, la blessure homosexuelle reste une énigme dont je n’ai pas les clés. Après, nous avons tous quelque chose en nous à guérir… et il est clair que le désir homosexuel, si on s’y adonne, blesse, et indique une fragilité dont il faut prendre compte. J’ai vu chez les personnes homosexuelles qui m’entourent beaucoup de frustration, de peur, de timidité, de haine de soi, de misanthropie (déclinée en misogynie ou en misandrie), de manque de confiance en soi. Cela n’est pas spécifique au désir homosexuel (il existe d’autres désir dispersants), mais le désir homosexuel est marqué par ce désordre.
« Alors, comment comprenez-vous et vivez-vous votre orientation sexuelle ? » Au moment où je vous écris ces lignes, j’essaie de la vivre dans la continence. Après 29 ans de célibat complet, puis une période d’un an et demi d’expérimentation de la relation charnelle homosexuelle avec des garçons, je reviens doucement mais sûrement à la continence. En tout cas avec plus d’assurance. Cette promesse reste à confirmer sur la durée et la joie. Mais pour l’instant, ça semble en bon chemin ! Mon cœur est brûlant, et plus brûlant qu’avant !
« Par rapport à la phrase suivante de la même lettre, êtes-vous d’accord avec cette affirmation ? ‘En réalité, il faut aussi reconnaître à ceux qui ont une tendance homosexuelle la liberté fondamentale qui caractérise la personne humaine et lui confère sa dignité particulière. En raison de cette liberté, comme en tout renoncement au mal, l’effort humain, éclairé et soutenu par la grâce de Dieu, pourra leur permettre d’éviter l’activité homosexuelle.’ Est-ce que vous croyez qu’une personne homosexuelle peut éviter l’activité sexuelle et doit le faire pour son bien ? Êtes-vous d’accord avec l’option de la chasteté pour tous les homosexuels chrétiens ? Ou bien, est-ce que vous pensez que l’Église doit être plus ouverte ? Dans quelle direction ? Par exemple, pensez-vous que la pastorale catholique à l’égard des homosexuels devrait être orientée vers le soutien de la fidélité des couples homosexuels stables ? » Oui, je suis d’accord avec la phrase citée au-dessus, car je crois en la puissance d’action de Dieu en nous. Après, cette action n’est ni spectaculaire (on ne demande pas à un blessé de courir le 100 mètres !), ni euphorique, ni un appel au mariage forcé, ni un encouragement à l’abandon de son désir homo. Au contraire, plus on s’approche sans peur de son désir homosexuel et du « milieu homo » pour les reconnaître et comprendre comment ils fonctionnent, moins on a de risques de se confondre avec lui et de le laisser diriger notre existence. Sinon, bien évidemment, j’encourage au respect des couples homosexuels et au soutien de la fidélité en leur sein, sans pour autant se leurrer sur leur fragilité objective. Il n’y a pas à idéaliser l’amour homosexuel, car il possède beaucoup de limites (et pas seulement parce que la société lui mettrait des bâtons dans les roues ; c’est le désir homosexuel qui est, par nature, faible et violent). Il n’y a pas non plus à lui retirer le qualificatif d’ « amour », car même si c’est un amour limité, il est, à de rares occasions, le lieu de l’échange de différences, de tendresse, d’engagement sincère, qu’on ne peut pas négliger.
« Est-ce que vous avez une expérience d’Église différente de l’image qu’on obtient en lisant seulement cette lettre ? » J’avoue qu’à ce jour, je n’ai jamais rencontré de couple homo qui m’emballe vraiment (et ce n’est pas faute d’en avoir rencontrés !). Mais il ne faut jamais dire jamais. Mon scepticisme n’est pas fermé. Si je tombe un jour sur un couple homosexuel qui me semble solide et heureux sur la durée, je n’hésiterai pas à l’exprimer. Je peux juste dire à l’heure actuelle « J’attends de voir… », même si je ne suis toujours pas convaincu par la force de l’amour homo et que je sais de mieux en mieux pourquoi.
Du point de l’expérience d’Église à proprement parler, je n’ai pas rencontré véritablement de personnes homosexuelles qui vivaient une combinaison harmonieuse entre foi et homosexualité : soit elles essayaient de former une gay Church tout en s’éloignant de l’Église-Institution (comme dans l’association chrétienne David et Jonathan), soit j’ai croisé quelques garçons isolés qui refoulaient leur homosexualité dans une pratique religieuse dans laquelle ils taisaient leurs penchants (cas très rares... Et il y a dans le lot certains ecclésiastiques…). Mais j’avoue que je ne connais, à ce jour, aucun garçon comme moi qui assume aussi publiquement à la fois sa foi pratiquante catholique et son homosexualité.
Concernant l’accueil des personnes homosexuelles dans les églises, je trouve les prêtres encore timides, timorés même, par rapport au sujet. Cela les rend souvent maladroits, voire un peu jugeants. L’Église catholique, sur le terrain, a encore du mal à prendre le thème de l’homosexualité à bras le corps. Il faudrait une formation, un topo, une parole forte, sur laquelle se fonder, pour éviter les bourdes et l’éloignement de certaines personnes de l’Église à cause du seul sujet de l’homosexualité.
« Pourriez-vous me conseiller aussi de la bibliographie qui me permette de me renseigner mieux à ce sujet ? (soit sur l’homosexualité, soit sur la position de l’Église). » Je ne peux que te renvoyer à Xavier Thévenot, Jacques Arènes, ou encore Xavier Lacroix ; ou, dans un registre profane et psychanalytique, mais non moins solide, Jean-Pierre Winter. Je n’ai pas trouvé mieux ! Et puis bien sûr, mon livre… ;-)
« Permettez-moi encore une autre question : que pensez-vous des mariages entre personnes homosexuelles et sur l’adoption d’enfants de leur part ? » J’en parle justement dans mon essai. En quelques mots, je ne suis favorable ni au mariage entre personnes homosexuelles, ni à l’adoption d’enfants. Dans les deux cas, c’est au nom du respect de la différence des sexes (que consolide le mariage d’amour vrai) et de la réalité de la famille, que j’avance cet avis. Attention, quand je dis ça, je mets fortement en garde contre une sacralisation nataliste de la procréation, ou une idéalisation de la différence des sexes. Il ne suffit pas que les enfants soient physiquement là, ou qu’un couple soit composé d’une femme et d’un homme, pour que l’amour soit là. Il faut non seulement que la différence des sexes soit présente mais aussi qu’elle soit couronnée par le désir vrai et libre entre deux personnes différemment sexuées, et ensuite par l’arrivée des enfants, pour pouvoir vraiment parler d’amour puis de famille.
« Je m’excuse parce que je me rends compte que je vous ai fait un vrai interrogatoire. Cela parle de mon ignorance sur ce thème. Je vous remercie de tout mon cœur de votre collaboration. En attendant de vos nouvelles, que Dieu vous bénisse. Paula »
Paula, je veux te remercier chaleureusement de m’avoir donné l’occasion, par ton mail plein d’interrogations, d’aborder des problématiques centrales sur l’homosexualité. Tes questions témoignent chez toi d’une foi très vivante, juste, acérée, en mouvement, fertile. C’est génial ! Tu poses les bonnes questions, et tu me permets de mettre des mots sur ce qui m’habite depuis longtemps et que je n’avais jamais formulé comme ça. Il y a 2 ans, un prêtre âgé et très proche ami de ma famille, suite à la lecture de mon livre, m’avait suggéré d’écrire un petit fascicule proposant un guide pratique pour l’accueil des personnes homosexuelles par l’Église. Et j’ai l’impression que grâce à ton questionnement, son souhait est réalisé. Il est impressionnant de voir combien le seul thème de l’homosexualité est facteur de discorde, de divisions internes/extérieures, et d’éloignement de l’Église. Je l’ai déjà observé même chez les jeunes adultes cathos encore présents dans nos églises. Tu as donc touché un problème crucial. Merci à toi. Du coup, je publierais bien ce mail que je t’envoie, et notre échange, sur le site de mon livre. M’y autorises-tu ? Que Dieu, qui est toute-puissance d’Amour, te bénisse. Ton (déjà) frère Philippe.
Philippe Ariño
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Philippe est un jeune auteur qui a pas mal écrit sur l'homosexualité, et la culture homosexuelle. Dans ses bouquins, comme sur son site, il ne cache pas que ces questions ne sont pas extérieures à lui-même, mais qu'il les vit dans sa chair, dans ses désirs, dans son coeur : il est homosexuel. Il ne cache pas non plus une deuxième réalité : il est catho. Il croit en Dieu, il aime l'Eglise. Vraiment.
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Commentaires
Sois sûre qu'on entendra parler de moi dans les années à venir :whistle:
Philippe
" La chasteté n’est pas équivalente à la continence ou à l’abstinence : elle est aussi à vivre au sein d’un couple femme-homme, ou entre amis, ou même entre un artiste et son œuvre d’art, car elle est cette juste distance qui permet la relation, cette résistance à la fusion destructrice."
J'aurais voulu avoir écrit cette phrase ! Finalement ce qu'il décrit est tout aussi vrai hors du cadre homosexuel : avoir d'abord du mal à bien saisir le message de l'Église, ne le sentir que comme une règle morale qui heurte nos envies et nos désirs, puis peu à peu, par la confiance, mieux comprendre, prendre conscience de la profonde justesse de l'enseignement moral de l'Église... c'est la même chose quand on doit passer du "papillonnage" aux fiançailles puis à la fidélité dans le mariage.
Où est-ce qu'on peut me trouver? :woohoo: Et bien je vais tous les dimanches à la messe de l'église saint Nicolas des Champs à Paris (pas saint Nicolas des Chardonnets^^) : je chante de temps en temps à la chorale. Sinon, sur Facebook ou à travers le site de mon livre (www.araigneedudesert.fr) ou encore grâce à la radio ou le théâtre :-). Merci d'avoir été touchée par mon message!
Philippe Ariño
Un de mes frères était (il est décédé) une personne à tendances homosexuelles.
Je préfère utiliser ce terme car dire "un homosexuel" ou "une homosexuelle" me semble réducteur et enferme dans le péché.
Car non seulement il faut distinguer entre des tendances profondes qu'il est possible de maîtriser et le passage à l'acte charnel, mais en plus et de toute façon, une personne ne se réduit heureusement pas à ses actes aux yeux de Dieu.
Pour ma part, je n'aimerais guère que l'on dise "la paresseusse" ou "la colérique" en parlant de moi (quoiqu'on le fait peut-être d'ailleurs?... A creuser! :s )
Mon frère était profondément catholique, pratiquant et aimant l'Eglise. Je crois que son homosexualité l'a beaucoup fait souffrir et je prie pour lui, comme je pense qu'il prie pour moi là où il se trouve.
Vous avez parfaitement raison de dire qu'il faut accepter de ne pas tout comprendre. Il y a dans les épreuves que nous traversons tous une part de mystère et qu'il est difficile parfois de dire "que Votre volonté soit faite"!
Je prie pour vous et pour le choix courageux que vous faites de l'abstinence. C'est magnifique et j'espère que votre famille et de vrais amis vous soutiennent dans ce chemin exigeant qui est celui de la sainteté.
Une dernière chose cependant: je ne comprends pas bien l'une de vos phrases, vers la fin, lorsque vous dites:
"Il faut non seulement que la différence des sexes soit présente mais aussi qu’elle soit couronnée par le désir vrai et libre entre deux personnes différemment sexuées, et ensuite par l’arrivée des enfants, pour pouvoir vraiment parler d’amour puis de famille."
Un couple n'ayant pas d'enfant n'en est pas moins une famille et un amour qui peut être fécond.
Et le désir vrai et libre ne suffit pas pour fonder un couple.
Il faut un engagement total à aimer, à se donner. Il n'est pas seulement question de désir physique (qui est l'une des expressions justes et belles de l'amour humain dans un couple) mais de don.
Aussi, peut-être ai-je mal compris vos propos, mais je trouve ce passage un peu en décalage avec le reste de votre lettre.
Merci encore pour votre témoignage,
Bien sûr que la fécondité d'amour d'un couple ne se réduit pas aux enfants (je pense l'avoir marqué, d'ailleurs ^^). Nous sommes d'accord :-).
100% aussi avec vous pour ne pas substantiver l'adjectif "homosexuel" (je prends bien soin de dire à chaque fois "personne homosexuelle" et non "un homosexuel" comme ça a été fait en titre ^^. Mais bon, on pardonnera au père Grosjean un abus de langage de notre époque ^^).
Je ne pense pas qu'avoir une tendance ou un désir sexuel hétéro ou homo ou autre soit un péché. Le péché nécessite une volonté et une liberté. Le péché ne peut être commis que singulièrement, précisément.
Par exemple avoir un coeur plein d'amour n'est pas un péché ! Mais faire de cet amour un moyen de posséder, d'accaparer les autres pour mon seul plaisir est un péché quelque soit mon orientation sexuelle.
Le péché n'est pas dans la capacité mais dans l'acte de convoitise (cf Adam & Eve, Jésus et l'adultère -Pat 5:28).
A chacun, selon ses faiblesses, avec obéissance, pauvreté, humilité et joie de se protéger (et les autres avec) pour éviter d'entrer en tentation et ainsi d'honorer l'immense confiance que le Seigneur nous témoigne et de l'aimer.
François-Marie
PS : au cas où, si on lui demande, il nous relèvera et nous l'aimerons encore plus !
(oui, j'ai trouvé votre site, j'ai parcouru, et je confirme donc ma remarque.)
Merci beaucaup pour publier ce magnifique article!
Je suis assez chatouilleux sur la question car concerné personnellement , et j'ai trouvé ton article vraiment intéressant. Même si je te l'avoue je ne suis pas convaincu par toutes tes réponses, non parce que je remets en cause l'enseignement de l'Eglise (auquel j'ai choisi d'obéir depuis trois ans et après une quinzaine d'années de pratique homosexuelle), mais parce que je crois qu'à la lumière de cet enseignement il faut aller encore plus loin. La concision du CEC sur la question, je ne la trouve pas sèche, mais incroyablement ouverte au contraire : les bornes sont posées très clairement, et à l'intérieur de ces limites tout est à inventer, en matière d'accompagnement, en matière de vie fraternelle, en matière de vocation...Avec cette intuition, que tu as eue également, que la fragilité homosexuelle peut être un véritable tremplin pour se jeter dans le coeur du Bien-Aimé. Mais il n'existe quasiment rien en terme d'accueil des personnes, en terme d'accompagnement ! J'ai été élevé dans un milieu chrétien : je déplore aujourd'hui de n'avoir jamais eu personne à mes côtés pour me dire qu'il était possible de vivre "mon" homosexualité autrement qu'en "lâchant la bride" à mes désirs : j'ai dû faire face à cela tout seul, et j'ai fait avec les moyens du bord, soucieux surtout de ne pas me mentir à moi-même. La pudibonderie, la honte, la dictature du silence sur ces questions font à mon avis des ravages chez les jeunes chrétiens : de ce point de vue je te remercie d'avoir eu le courage de "sortir du placard".
Reste que je ne comprends pas très bien les dispositions actuelles quant à l'accès au sacerdoce. Qu'une personne homosexuelle "militante" et "pratiquante" ne puisse prétendre à la prêtrise, cela va de soi. Mais qu'en est-il lorsque la personne est abstinente de longue date, a effectué un travail sur elle même en vue de maîtriser son désir, est en accord avec l'enseignement de l'Eglise ? Je ne comprends pas très bien la position officielle à ce sujet, notamment l'idée lue dans je ne sais plus quelle déclaration vaticane, qu'un séminariste présentant une fragilité homosexuelle doit avoir "dépassé sa tendance" depuis plus de trois ans pour pouvoir accéder au sacerdoce...De quoi parle t-on ? D'abstinence ? D'un hypothétique retour à la "normale" ? Je comprends que l'Eglise soit en alerte sur les problème de moeurs dans ses rangs, vu l'actualité plus ou moins récente, mais il me semble qu'ici on dépasse la prudence pour atteindre une certaine hypocrisie...Qu'en penses tu ?
A l'époque où le texte dont tu parles était sorti (en 2005), cela avait fait un tollé assez impressionnant, y compris au sein des sphères ecclésiastiques . Il est important, je crois, de le resituer dans son contexte. Ce texte venu du Vatican n'était déjà pas un document officiel ouvert à tous mais un communiqué interne. Dans la formulation, cette nuance est importante. Cela signifie que certains hauts responsables du Vatican se sont échangés des informations qui auraient sûrement été exprimées avec plus de pincettes si cette lettre avait été adressée à un plus large public. D'autre part, le document a été une mesure d'urgence pour freiner certains séminaires précis (aux États-Unis ainsi qu'en Allemagne) où, m'a-t-on rapporté, le recrutement se faisait exclusivement dans le "milieu homo" (d'où, dans la lettre du Vatican, l'insistance sur la méfiance à l'égard des séminaristes ayant "des tendances homosexuelles profondément enracinées", et ceux qui soutiennent "la culture gay"). Il ne s'adressait donc pas à toutes les personnes homosexuelles (ça, tu l'as bien compris) ni à tous les séminaires, mais bien à quelques séminaires précis, et à un certain types de sujets homos. Je ne t'apprends rien.
Alors, me diras-tu, que fait-on des jeunes hommes qui désirent être prêtre tout en laissant une place secondaire à leur désir homosexuel, et dont le désir de donner leur vie à Jésus est vidé de tout prosélytisme? Ils ont au moins l'honnêteté et la franchise de dire les choses, peut-on penser, sans pour autant faire une fixette sur leur homosexualité.
Déjà, par expérience, je peux te dire d'une part qu'il y a très peu de jeunes hommes cathos et homosexuels qui arrivent à parler avec détachement de leur désir homosexuel (les rares personnes que j'ai connues, qui se sont présentées à l'entrée d'un séminaire en parlant ouvertement de "leur" homosexualité, se montraient assez peu ouvertes au dialogue, parlaient avec un brin de provocation, et leur démarche était teintée d'une révolte peu propice à l'écoute et au détachement de leur orientation sexuelle). D'autre part, je peux te dire aussi qu'on ne sait pas tout, mais qu'il existe au sein de l'Église des ouvertures qu'on ne connaît pas, mais qui sont réelles. Dans mon cas personnel, il y a à peine 2 ans, mon père spirituel (un homme assez haut placé dans l'Église puisqu'il est un des piliers de la Conférence des Évêques de France), a envisagé sérieusement de me laisser entrer au séminaire (alors qu'il avait résisté pendant 8 ans à ma demande!)... comme quoi... :P , l'entrée au séminaire n'est pas complètement bouchée. Elle est fermée à certaines personnes homosexuelles, mais pas à toutes. Cela dépend vraiment du cas par cas, des parcours de chacun, de l'évolution, et du degré de discernement. L'Église n'est pas inhumaine. Et c'est plutôt une bonne nouvelle! Elle choisit des personnalités, appellent des personnes en particulier, pas des orientations sexuelles. Il y a le discours officiel, puis après les exceptions qu'on laisse passer avec prudence et discrétion... :whistle:
Il est possible que certains responsables de séminaire fassent preuve de tiédeur, parce que le sujet de l'homosexualité leur fait peur. Après, c'est toujours difficile de faire un constat général sur l'Église. Je me souviens que le père Timothy Radcliff, l'ancien maître de l'ordre des dominicains, dans son livre-confession "Je vous appelle amis", disait sans honte qu'au sein de son ordre, il y avait des personnes homosexuelles, et que cela ne posait aucun souci puisque l'exigence du célibat continent consacré s'appliquait à tous les frères dominicains (homos ou hétéros confondus, peu importait finalement : le don entier à Dieu transcende l'orientation sexuelle, quelque part). Je suis assez de cet avis. S'il n'y a pas chez le postulant de militantisme homosexuel, ni une place prépondérante laissée au désir homosexuel, où donc est le problème? pourrait-on se dire. Je me suis moi-même demandé si, au moment où je me posais la question de la vocation sacerdotale et que je voyais que mon père spirituel, de manière délicate mais peu discrète, m'enjoignait à réfléchir à un ordre cloîtré plutôt qu'à une vocation plus sociale de prêtre diocésain dans une paroisse, il n'a pas essayé de me mettre en veilleuse... J'y voyais, comme tu le dis bien, une forme d'hypocrisie. Si - dans les rares cas où "ça" (= l'homosexualité) a la chance de passer - la personne homosexuelle a l'opportunité de trouver une responsabilité dans l'Église, j'a l'impression qu'on lui réserve souvent un petit rôle discret, pas trop voyant. ("Tiens... Et si tu étais technicien de surface dans un monastère? ça t'irait bien, non?" :s ) L'ordre religieux à la place du sacerdoce du prêtre. Un rôle d'homme de Dieu discret plutôt que d'homme de Dieu public. Un rôle de planqué, quoi...
Mais pour être tout à fait honnête, j'ai tendance à aller quand même dans le sens de certains directeurs de séminaire et de la voix du Vatican quand ils appellent à une extrême prudence concernant les postulants homosexuels au séminaire. Il faut vraiment que ces derniers n' "essentialisent" pas leur désir homosexuel comme leur identité profonde ou l'identité profonde d'une espèce mythique appelée "les" homosexuels, ni qu'ils "idéalisent" l'amour homosexuel... ce qui est très rare! (Je parle en connaissance de cause : j'ai passé 3 ans dans l'association chrétienne David et Jonathan, et je n'ai trouvé quasiment aucune personne prête à remettre en cause ces deux piliers idéologiques de la communauté homo) Et ensuite, je crois aussi, pour avoir rencontré énormément de personnes homosexuelles dans ma vie (dont certains sont des amis) que le désir homosexuel est un élan qui, s'il est mal compris, encourage à la misanthropie, au manque de confiance en soi, à la fuite du Réel, à la fragilité psychique, au déséquilibre sentimental, à la prévalence de l'émotionnel sur la raison, au repliement narcissique. Or, un bon prêtre se doit de se décentrer et d'être un minimum ouvert aux autres. Certes, il ne suffit pas d'être attiré par les personnes du sexe "opposé" pour être ouvert aux autres, mais dans le meilleur des cas, si notre désir sexuel accueille la différence des sexes, il est mieux préparé ensuite à accueillir tout autre type de différences. Le désir homosexuel est plus cloisonnant parce qu'il intègre plus difficilement la différence des sexes, celle qui nous a donné la Vie. Je comprends donc que l'Église se méfie de lui, et ne lui déroule pas le tapis rouge. Vraiment, je ne trouve pas la méfiance de l'Église par rapport aux séminaristes homosexuels injuste : le rôle du prêtre est trop important, trop grand, pour qu'il soit confié à des personnes qui n'ont pas les épaules assez solides pour déjà se supporter elles-mêmes. C'est peut-être leur rendre véritablement service et leur éviter un pénible sacerdoce plein de doutes, de déchirements, de cas de conscience (surtout le jour où les hormones se réveillent, où un paroissien lui-même homo vient à leur rencontre), que de les empêcher parfois de prendre un chemin qui demande un don aussi entier de sa personne, qui ne les épanouirait pas... L'Église est sûrement plus réaliste que les personnes homosexuelles (même si je ne doute pas que certaines personnes homosexuelles - gay ou lesbiennes - font d'excellents prêtres ou moniales!)...
Je te donne mes réactions à chaud.
Philippe Ariño
Ma question ne portait donc pas tellement sur l'extrême prudence de l'Eglise en matière d'accès au sacerdoce à des personnes homosexuelles, mais plutôt, selon les dernières dispositions, à son absolue fermeture à cette question (j'allais dire, "ce douloureux problème ;-) ) : tu réponds partiellement à mon interrogation. C'est déjà pas mal !
La réponse la plus convaincante que j'ai pu entendre à ce sujet, est d'ordre théologique et mystique : le prêtre est configuré au Christ Epoux, et appelé à vivre un mystère conjugal avec l'Eglise Epouse (c'est aussi ce qui explique le célibat des prêtres dans l'Eglise latine). Or, ce mystère conjugal étant "naturellement" et ordinairement appelé à se réaliser dans l'union sponsale d'un homme et d'une femme, on estime qu'il serait difficile à un homme que ses penchants rendent un peu ou beaucoup hermétique à la grandeur du mystère du mariage, d'entrer pleinement dans son analogue surnaturel tel que vécu dans le sacerdoce.
C'est pour l'instant la réponse la plus satisfaisante que j'ai pu entendre. Elle ne fait pas taire en moi le désir d'être prêtre, mais elle m'aide à accepter paisiblement ce que Dieu voudra : c'est l'Eglise qui appelle, ce n'est pas moi qui doit décider et faire du forcing. Si Jésus veut que je sois prêtre, il pourvoira ! Voilà où 'en suis à l'heure d'aujourd'hui : disponible, et dans l'obéissance.
Merci de tes éclaircissement s, et que Dieu te bénisse dans ta vie et dans ton témoignage.
Je suis un catholique pratiquant et fervent(enfin autant que possible et avec mes faiblesse) mais j'essaie d'aimer Dieu. Jusqu'à présent je n'avais jamais rencontrer ni parlé avec des personnes homosexuelles. Je ne les connaissaient que par ouie-dire ou fait rapporté par d'autres personnes. Et ce que j'en pensait était très loin d'être flatteur.
Je considérait cela comme quelque chose que je ne comprenais pas et que ne cherchais pas à comprendre et j’agissais plutôt comme le pharisien remerciant dieu de ne pas être comme le publicain.
Je n'avais jamais pensé qu'une personne homosexuelle puisse être catholique et cella me semblait incompatible.
Vos réponses et les commentaires laissés, m'ont fait ouvrir les yeux sur ce qu'était vraiment l'homosexualité et comment cela était vécues au moins par une partie de ceux-ci. Cela a profondément changé ma vision des choses et le regard que je porte à présent sur ces personnes.
Je tiens pour cela à vous remerciez de votre témoignage qui j'espère ouvrira les yeux de beaucoup d'autres. Je vous remercie de votre franchise et de tout ce que vous avez dit en n'hésitant pas à montrer vos faiblesses mais aussi vos forces.
Je vous dis donc un grand merci et que Dieu vous garde et vous protège toute votre vie. En espérant de vous rencontrer au ciel si cela nous est donné.
cette invitation à creuser la chasteté, à enraciner l'Amour dans une Vérité qui n'est pas facile, mais qui rend libre et réellement heureux, tout en passant à côté des précipices du déni de l'amour ou du désir, comme de la révolte intérieure contre cette voie qui semble bouchée.
Ce chemin qui est à tracer (dans mon coeur, en ce qui me concerne), car même si ça ressemble à une impasse, Dieu est Créateur, et il n'est nullement limité par nos limites à nous.
Oui, beaucoup de choses me parlent, et ça me fait du bien de voir que dans ce domaine aussi, des gens se lèvent pour dire qu'il existe une voie de sainteté pour chacun, et qu'on est pas réduits à obscurcir sa conscience et à renoncer à sa soif d'absolu , juste pour vivre en accord avec son époque.
Et surtout, je rends grâce à Dieu pour les frères qu'il nous donne pour guider d'autres frères, peut-être plus proches, qui n'entrevoient pas encore de chemin d'espérance.
Oui, notre société est ultra-érotisée, ultra-égocentrée aussi, et fait de l'épanouissement sexuel -dans sa seule dimension charnelle- une dictature. Or Dieu se trouve lorsque l'on a atteint certaines limites, quelle que soit notre situation, et qu'on a accepté de creuser en nous un chemin qui lui laisse toute la place.
Les blessures qui ont réorientée notre vie vers un terrain accidenté sont insupportables pour nous, qui perdons beaucoup de ce qui fait la nature humaine (l'échec de la vie de couple est lui aussi souvent ancré dans des blessures analogues à celles que vous décrivez). Mais Dieu est un artiste, et il peut utiliser n'importe quel matériau, tout cela ne l'arrête pas: il veut juste que nous lui faisions confiance, et rapidement, chaque fois que l'on consent un peu plus loin, on voit bien les fruits en paix intérieure, en unité, en amour pour les frères quels qu'ils soient.
Un grand merci à Paula d'avoir interrogé un frère de tendance homosexuelle plutôt que de s'être enfermée dans une obéissance facile mais insuffisante.
Oui, Jésus nous aime, et à cause de son grand amour, il ne consent pas à nous laisser vivre une vie tronquée. Il nous mène vers l'infini à partir de ce qu'on est ...mais il ne le fait pas sans notre consentement.
(pour être honnête, je vis seule, mais ma traversée de la situation de divorcée a eu une fin: la reconnaissance de non validité de mon mariage, et maintenant, je peux être considérée comme une célibataire. Mais les blessures de ma vie m'ont orientée d'une façon particulière, et font que je suis plus proche de ce que vous vivez que de ce que vivent les célibataires "normaux".)
Tu as raison, nos expériences sont très proches (divorce et désir homosexuel sont énormément liés). Et ton mail, c'est de la vraie compassion (dans le bon sens du terme : pas de misérabilisme; mais de l'humilité en barres, une reconnaissance que Dieu rejoint chacun là où il est). ça fait du bien de partager cet amour de Dieu dans la reconnaissance de nos faiblesses.
Belle vie à toi alors! ;-)
Philippe Ariño
Même en sachant que c'est très surfait, ça a été une douleur très profonde; et j'en retiens qu'on ne doit jamais demander extérieurement à quelqu'un de vivre ça, qu'on doit s'abstenir absolument de tout conseil "dur", si on ne nous le demande pas, car il y a un temps où on ne peut pas l'entendre.
Mais on peut en tout temps renvoyer la personne à Jésus, et à Son amour pour elle, car c'est à cause de Lui et de Lui seul qu'on consent à franchir ce pas, qui peut être au fond un don bien plus pur que bien des appels auxquels on aurait répondu oui avec une part d'orgueil ou d'égoïsme.
Et après ce renoncement, Jésus nous donne un appel personnel, très personnel, qui se situe en deça d'un discernement d'état de vie, en deça de nos catégories, plus près de l'appel initial qui est le notre, et dont le mariage ou la vie consacrée ne sont que les formes humaines les plus courantes, mais elles n'en sont pas l'essence.
J'ai souvenir que nous nous sommes croisés une ou deux fois, j'ignorais alors ton parcours et tes publications.
Je suis surpris - et ravi - de lire ici tes propos. Je les partage très largement et je mesure aussi la difficulté de tenir un tel discours tant il est diamétralement opposé aux discours militants gays. Le rapport avec "la communauté" homosexuelle doit être difficile j'imagine.
Je suis moi-même de sensibilité homosexuelle. Pour ma part ma sensibilité homosexuelle ne me pose pas de problème, j'ai plutôt le sentiment d'avoir dépassé ma condition homosexuelle, la considérant comme mineure voire marginale dans ma vie, comme une partie infime de mon être. Pour moi l'Homme est bien plus profond que cela. Je suis dans une phase de discernement et de compréhension de ce que Dieu attend de moi. La question de ma vocation notamment religieuse se pose à moi depuis plusieurs années.
Je n'aurais pas encore le courage que tu exprimes sur le désir homosexuel ou sur la vie sociale et revendicative, mais il est très rafraîchissant de le lire.
Je vais lire ton livre ou tes livres (car la difficulté qd on publie 3 livres c'est de savoir lequel lire ou par lequel commencer !!) et j'espère que nous aurons l'occasion d'en discuter.
Bien amicalement
Christophe
Merci de ton mail! C'est génial que cette "Lettre à soeur Paula" m'amène à découvrir en si peu de temps autant de personnes à la fois homos et cathos comme toi, des gens qui partagent des questionnements similaires et parfois les mêmes combats, avec simplicité et franchise. Pour nous, personnes homosexuelles, c'est très important, je crois, de ne pas se savoir isolées. Merci au père Grosjean d'avoir permis cela!
Le plus dur avec le désir homosexuel, c'est de le prendre un peu au sérieux (éviter de trop le mettre à distance et de le minorer pour le transformer à notre insu en simple détail qui va, à un moment donné, prendre une ampleur inattendue) mais pas trop non plus (parce qu'en effet il n'a pas à devenir notre priorité). Subtil équilibre dont la recette est propre à chacun.
En tout cas, sûrement que nous avons tous à devenir, comme Moïse, des médiateurs (entre la "communauté homo" et la communauté catho) et non simplement des intermédiaires. Moïse, lui, appartenait à la fois au Peuple égyptien et au Peuple juif: c'était là sa force (Mais on pourrait dire la même chose du plus "pêchu" des disciples du Christ, saint Paul, qui a été à la fois l'un des plus farouches ennemis de Jésus et ensuite l'un de ses plus ardents défenseurs!). L'intermédiaire, contrairement au médiateur, se place dans une confortable "neutralité" entre deux camps dont il ne se revendique pas vraiment : il ne peut donc plus jouer son rôle de pont, de passeur qui peut parler concrètement de la force résurrectionnel le de la conversion, de témoin improbable et d'incroyable lien de Vie entre des individus que la société oppose habituellement et que lui reconnaîtrait et vivrait dans sa chair. Nous, en tant que personnes habitées (plus ou moins durablement) par un désir homo, nous avons à revendiquer sans honte ni exhibition notre appartenance aux deux camps homo et catho (des camps pas si "opposés" que ce qu'une certaine société croit, puisqu'en notre personne vivante, nous condensons les deux!^^).
Bien amicalement.
Phil
P.S. : Tu me diras ce que tu auras pensé de mon livre. :silly:
Soyez assurés de mes prières d'action de grâce pour le bien que vous faites.
"Je trouve cela regrettable, ça
dévalue un message pourtant très fort"
Pourquoi le message serait il dévalué parce que celui qui le dit n'a pas réussi toute sa vie à suivre son propre message...
J'aimerais faire le même texte pour parler des difficultés de l'héterosexualité . En fait de la chasteté, qui est au moins aussi difficile de vivre pour un hétérosexuel que pour un homosexuel. Chasteté que je trouve belle, qui est pour moi un idéal. Au même titre que la pureté.
Ce sont deux choses belles, et je pourrais vous en faire un texte de mille page, dans lesquelles se mêleraient mon adoration de ces personnes qui le vivent, mon dégoût de la société qui les bafouent, mon envie de les atteindre, ma définition, ma recherche d'une définition, etc... Et pourtant ce que je vis est loin, très loin de cela. Et si j'avouais ce que je fais, des personnes comme vous me jugeraient peut être indigne d'avoir fait un tel texte... Mais qui en est digne?
Alors excusez Philippe de ne pas être un saint, demandez vous si vous valez mieux que lui, et si oui, accordez lui votre magnanimité, et acceptez le fait qu'un pécheur puisse avoir des idéaux et ne se contente pas de rester dans son péché!
Philippe, la sexualité est un domaine très dur à évoquer, accepter de dévoiler ses écarts est loin d'être facile. J'ai beaucoup apprécié votre témoignage, et le fait que vous ayez eu des faiblesse dans votre vie que valent mes propres faiblesses ne dévalue pas le message. Et sans le rendre plus fort et plus beau, il montre qu'il peut être dit et désiré par quelqu'un qui a autant de problèmes et est autant pécheur que la majorité de ses lecteurs!
Oui, de l'âge de 29 à 30 ans, j'ai en effet perdu ma virginité, c'est exact. Et je le dis en toute honnêteté et transparence sur le site de mon livre (www.araigneedudesert.fr). J'ai connu le passage à l'acte homosexuel, après 8 années passées à l'intérieur du « milieu homosexuel » (de 2001 à 2008) sans avoir rien vécu amoureusement, ni même embrasser un garçon; et en effet, en janvier 2009, à 29 ans, j'ai entre guillemets « lâcher mes exigences et mes idéaux », comme certains prêtres qui, avant de rentrer dans la vie sacerdotale et de s'engager dans un chemin de continence fidèle, ont parfois connu la sexualité avec une femme (sauf que le cas homosexuel est, par certains aspects, encore plus particulier). Mais pointer du doigt cette page de mon histoire est-il le signe que je mens, que ce que je dis à Soeur Paula perd de sa force, et que l'état de vie continent que je vis aujourd'hui n'est pas réel? Je ne pense pas. Je trouve au contraire que cette « fausse note » m'humanise davantage, même si je n'en suis pas fier et que, si je pouvais retourner en arrière, je le ferais; si je pouvais revenir à ma virginité d'avant janvier 2009, je le ferais. Parler de cette année et demie, c'est même la preuve que je ne diabolise pas l'acte homosexuel ni le couple homosexuel. Les quelques histoires amoureuses homosexuelles que j'ai vécues, même si elles ne m'ont pas comblé comme l'amitié du Seigneur me comble maintenant, n'ont pas été ridicules, honteuses, ni mauvaises, loin de là! : elles n'étaient juste pas idéales. Elles n'en étaient pas moins belles aux vues de la sincérité, du respect, de la tendresse, des échanges, de la confiance, qui ont été partagées en leur sein. Ce n'est pas parce qu'une chose ne suffit pas qu'elle en devient mauvaise. Et c'est exactement ce que je pense du couple homosexuel ou du « passage à l'acte homosexuel »: ils sont limités, intrinsèquement mauvais... mais pas abominables, ni dénués de beauté, de valeurs, de relationnel humanisant ; ils sont condamnables sur bien des aspects... mais les personnes homosexuelles qui le veulent sont toujours sanctifiables si elles se laissent aimées par la miséricorde de Dieu. Et en ce moment, après ce passage à vide qui vient entacher un parcours qui semblait sans fautes mais qui à l'image de la vie de saint Augustin (je ne me compare pas à ce saint, mais le cite plutôt comme modèle) prouve que Dieu rejoint tout le monde (y compris les personnes homosexuelles, les plus grands pécheurs, les prostitué(e)s, et les pédophiles!), je me sens vraiment aimé!
Je ne sais pas, chère Anonyme, sur quoi vous vous basez pour dire que je ne respecte pas mes idéaux. Cela fait des mois que je suis revenu concrètement à l'état de vie que j'ai connu depuis 29 années; et je peux même vous assurer que j'y reviens autrement plus fort et humble qu'avant. Si j'ai « craqué » il y a deux ans, c'est peut-être précisément parce que je n'étais pas si vierge que cela – même si j'étais vierge « sur le papier » depuis 29 années -, car mon état virginal était très volontariste, scolaire, arbitraire, pas si aimant que cela. Aujourd'hui, je me sens même plus vierge qu'avant janvier 2009!^^ Et c'est cela, le miracle de Dieu! Dieu a le pouvoir de faire toute chose nouvelle; de rendre vierge ce qui ne l'était plus; de nous faire renaître ce qui était mort (quand nous, avec notre vision très chronologique et linéaire de l'existence, nous pensions que nous ne pouvions naître qu'une seule fois et que cette naissance était loin de nous, révolue). Aussi incroyable que cela puisse paraître, si je ne dis toujours pas que mon passage à l'acte homosexuel était nécessaire pour progresser dans la foi et dans la connaissance de l'homosexualité (car en effet, il ne revêt pour moi aucun caractère obligatoire : je ne suis pas favorable à une « pédagogie par l'échec ou par la chute »), je peux assurer que ce que Dieu m'a aidé à en faire aujourd'hui m'a fortifié et m'a aidé à être encore plus proche de mes amis homos. Oui, je me sens plus vierge maintenant que vierge quand je l'étais objectivement depuis 29 ans! Scandale pour les pharisiens ; Bonne Nouvelle pour les pauvres et les exclus. Alors que ceux qui peuvent s'en réjouir s'en réjouissent avec moi ^^. Que ceux qui en restent aux faits sans regarder les personnes dans leur évolution, que ceux qui jugent uniquement par les actes, les apparences et les gens que je fréquente (« Oh la la... Il va dîner chez des pécheurs... Je suis choqué... »; « Oh la la, il parle à des prostituées et à des malades du Sida... Il n'a pas honte? »; « Oh la la, il rentre dans tel bar, a fréquenté telle association gay, emploie des gros mots, parle sexualité sans honte, a un long passé dans le milieu homo, adresse même la parole à d'anciens pédophiles condamnés... Je suis outrée »), puissent un jour dépasser le « qu'en dira-t-on » pour aimer toujours davantage les personnes.
Philippe Ariño
P.S. : Pour la petite histoire, Anonyme, je ne vois pas de quel auteur pédophile vous parlez et qui aurait bénéficié d'un commentaire de ma part. Je n'ai pas pour habitude de consulter le C.V. ni le casier judiciaire des personnes à qui je parle. Et s'il se trouve que j'ai pu adresser la parole à ce genre de personnes « peu fréquentables » que sont mes frères pédophiles, j'en suis encore plus fier ^^!
Oui, de l'âge de 29 à 30 ans, j'ai en effet perdu ma virginité, c'est exact. Et je le dis en toute honnêteté et transparence sur le site de mon livre (www.araigneedudesert.fr). J'ai connu le passage à l'acte homosexuel, après 8 années passées à l'intérieur du « milieu homosexuel » (de 2001 à 2008 ) sans avoir rien vécu amoureusement, ni même embrasser un garçon; et en effet, en janvier 2009, à 29 ans, j'ai entre guillemets « lâcher mes exigences et mes idéaux », comme certains prêtres qui, avant de rentrer dans la vie sacerdotale et de s'engager dans un chemin de continence fidèle, ont parfois connu la sexualité avec une femme (sauf que le cas homosexuel est, par certains aspects, encore plus particulier). Mais pointer du doigt cette page de mon histoire est-il le signe que je mens, que ce que je dis à Soeur Paula perd de sa force, et que l'état de vie continent que je vis aujourd'hui n'est pas réel? Je ne pense pas. Je trouve au contraire que cette « fausse note » m'humanise davantage, même si je n'en suis pas fier et que, si je pouvais retourner en arrière, je le ferais; si je pouvais revenir à ma virginité d'avant janvier 2009, je le ferais. Parler de cette année et demie, c'est même la preuve que je ne diabolise pas l'acte homosexuel ni le couple homosexuel. Les quelques histoires amoureuses homosexuelles que j'ai vécues, même si elles ne m'ont pas comblé comme l'amitié du Seigneur me comble maintenant, n'ont pas été ridicules, honteuses, ni mauvaises, loin de là! : elles n'étaient juste pas idéales. Elles n'en étaient pas moins belles aux vues de la sincérité, du respect, de la tendresse, des échanges, de la confiance, qui ont été partagées en leur sein. Ce n'est pas parce qu'une chose ne suffit pas qu'elle en devient mauvaise. Et c'est exactement ce que je pense des « passages à l'acte homosexuel »: ils sont limités, intrinsèquement mauvais... mais pas abominables ni dénués de beauté, de valeurs ; ils sont condamnables sur bien des aspects... mais les personnes homosexuelles qui le veulent sont toujours sanctifiables si elles se laissent aimer par la miséricorde de Dieu. Et en ce moment, après ce passage à vide qui vient entacher un parcours qui semblait sans fautes mais qui à l'image de la vie de saint Augustin (je ne me compare pas à ce saint, mais le cite plutôt comme modèle) prouve que Dieu rejoint tout le monde (y compris les personnes homosexuelles, les plus grands pécheurs, les prostitué(e)s, et les pédophiles!), je me sens vraiment aimé!
Je ne sais pas, chère Anonyme, sur quoi vous vous basez pour dire que je ne respecte pas mes idéaux. Cela fait des mois que je suis revenu concrètement à l'état de vie que j'ai connu depuis 29 années; et je peux même vous assurer que j'y reviens autrement plus fort et humble qu'avant. Si j'ai « craqué » il y a deux ans, c'est peut-être précisément parce que je n'étais pas si vierge que cela – même si j'étais vierge « sur le papier » depuis 29 années -, car mon état virginal était très volontariste, scolaire, arbitraire, pas si aimant que cela. Aujourd'hui, je me sens même plus vierge qu'avant janvier 2009!^^ Et c'est cela, le miracle de Dieu! Dieu a le pouvoir de faire toute chose nouvelle; de rendre vierge ce qui ne l'était plus; de nous faire renaître (quand nous, avec notre vision très chronologique et linéaire de l'existence, nous pensions que nous ne pouvions naître qu'une seule fois et que cette naissance était loin de nous, révolue). Aussi incroyable que cela puisse paraître, si je ne dis toujours pas que mon passage à l'acte homosexuel était nécessaire pour progresser dans la foi et dans la connaissance de l'homosexualité (car en effet, il ne revêt pour moi aucun caractère obligatoire : je ne suis pas favorable à une « pédagogie par l'échec ou par la chute »), je peux assurer que ce que Dieu m'a aidé à en faire aujourd'hui m'a fortifié et m'a aidé à être encore plus proche de mes amis homos. Oui, je me sens plus vierge maintenant que vierge quand je l'étais objectivement depuis 29 ans! Scandale pour les pharisiens ; Bonne Nouvelle pour les pauvres et les exclus. Alors que ceux qui peuvent s'en réjouir s'en réjouissent avec moi ^^. Que ceux qui en restent aux faits sans regarder les personnes dans leur évolution, que ceux qui jugent uniquement par les actes, les apparences et les gens que je fréquente (« Oh la la... Il va dîner chez des pécheurs... Je suis choqué... »; « Oh la la, il parle à des prostituées et à des malades du Sida... Il n'a pas honte? »; « Oh la la, il rentre dans tel bar, a fréquenté telle association gay, emploie des gros mots, parle sexualité sans honte, a un long passé dans le milieu homo, adresse même la parole à d'anciens pédophiles condamnés... Je suis outrée »), puissent un jour dépasser le « qu'en dira-t-on » pour aimer toujours davantage les personnes.
Philippe Ariño
P.S. : Pour la petite histoire, Anonyme, je ne vois pas de quel auteur pédophile vous parlez et qui aurait bénéficié d'un commentaire de ma part. Je n'ai pas pour habitude de consulter le C.V. ni le casier judiciaire des personnes à qui je parle. Et s'il se trouve que j'ai pu adresser la parole à ce genre de personnes « peu fréquentables » que sont mes frères pédophiles, j'en suis encore plus heureux ^^!
Je trouve étonnant que vous parliez des pécheurs avec autant de détachement, puisque nous en sommes tous...
Vous avez des enfants qui évoluent dans cette société pas forcément porteuse (et pour être catholique convaincue de vingt ans, j'en sais quelque chose!).
N'oubliez jamais, quand vous parlez des "pécheurs, qu'ils soit homosexuels,
prostituées ou pédophiles", que seul Dieu connait le coeur de vos enfants et de quoi leur avenir est fait. Ce que je veux dire, sans vous juger, est : ne soyez pas trop dure avec ces "dépravés", il y en a dans toutes les familles.
D'ailleurs, Philippe, quel regard la communauté homosexuelle porte dur vous ? Vos relations de David et Jonathan ? Vos amis de cette tendance ?
Un grand merci pour cet article très éclairant, et pour le témoignage de votre foi si lumineuse.
100% d'accord avec vous sur la nécessité de se reconnaître soi-même pécheur avant de se désolidariser un peu trop vite de la communauté humaine pécheresse et "dépravée".^^
Pour répondre à tes questions, les réactions de mes amis DJistes, et de mes amis homos tout court, sont très variables (car il y a une grande diversité, y compris parmi les personnes homos!). Ça peut aller de la sympathie et de l'admiration, à la haine, en passant par la jalousie, ou l'indifférence. Rares en tout cas sont ceux qui me comprennent profondément ou qui ont pris le temps de lire mon livre (qu'ils ont jugé "trop compliqué" ou "trop universitaire", voire "homophobe" ou écrit par un garçon peu réconcilié avec son identité homosexuelle). Pour certains, j'ai tout du "gay refoulé"... et en même temps, quand ils me voient vivre, rire, et agir pour les autres, ils sentent bien que je n'ai rien de l'homophobe qui diabolise son désir homo... et surtout, ils sont étonnés de voir que, rien qu'au niveau de la connaissance de la culture homo, je les dépasse largement! lol.
Je ne commence à rencontrer que maintenant quelques rares amis homos qui me comprennent un minimum (j'avoue : ce ne sont pour l'instant que des cathos), qui captent le sens de la continence et de l'amitié en Jésus que je recherche (car même parmi les cathos homos, il y en a beaucoup qui défendent ce que je ne défends absolument pas : par exemple une "amitié amoureuse", ou un "amour homo platonique", ou un "couple homo chaste", ou "une relation amoureuse homophile et non-homosexuelle").
Mais globalement, je suis très incompris par mes pairs homos! lol. Et je me suis fait une raison, depuis le temps! ;-). Je prends des amitiés que je vis avec les membres de ma communauté ce qu'il y a de bon à prendre, sans en attendre trop; je me mélange avec des gens qui globalement ne comprennent souvent pas le quart de ce que je leur raconte (non parce qu'ils seraient bêtes, mais parce qu'ils restent encore prisonniers des deux piliers idéologiques de la communauté homo auxquels je ne crois pas : l'identité homo éternelle, et la force de l'amour homo; ils refusent de se défaire de certains rêves... donc il y a des choses qu'ils ne sont pas prêts à entendre). J'apprends donc à les aimer pour d'autres raisons, au-delà de ce que la relation peut m'apporter (même si je reconnais que j'aimerais développer maintenant des amitiés solides et homophiles qui m'élèvent vraiment). C'est aussi ça, la gratuité et le service.
Bonne soirée Emma.
Merci encore.
Philippe
Merci infiniment pour ce magnifique témoignage qui force l'admiration.
Vous écrivez que "même parmi les cathos homos, il y en a beaucoup qui défendent ce que je ne défends absolument pas : par exemple une "amitié amoureuse", ou un "amour homo platonique", ou un "couple homo chaste", ou "une relation amoureuse homophile et non-homosexuelle" : il me semble que dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, et dans le cas des couples divorcés, ce n'est pas le remariage (civil) qui est interdit, mais les relations sexuelles entre les nouveaux mariés civils. Si ce couple réussit à vivre chastement, et dans une relation de frère et sœur, il n'y a pas de "condamnation" de ce couple. N'en est-il pas de même pour un couple homosexuel : deux personnes de même sexe, qui partagent les mêmes intérêts, les mêmes passions, qui éprouvent l'une pour l'autre une profonde inclinaison ne pourraient-elles pas vivre ensemble chastement ? En fait, appliquer ce que l'Eglise demande aux fiancés ? (mais je reconnais, pour n'avoir pas réussi, que cela est très dur !)
Refuser justement cet "amour homo platonique", n'est-ce pas rendre la vie encore plus difficile à des hommes ou des femmes qui ont déjà fait le choix de la continence ?
En tous cas, merci encore pour votre témoignage, qui approfondit ma réflexion à ce sujet : pour avoir souvent été confrontée à des critiques très vives lors de "dîners en ville" sur la position de l'Eglise face aux personnes homosexuelles, je saurai dorénavant vers qui diriger ces personnes, et je dégainerai l'adresse de votre site plus vite que mon ombre !
En union de prières,
AnnSo'Ch
Chère Anne-So’ Ch, merci beaucoup pour votre mail de réaction ! Ça donne la joie au cœur ! :D MERCI ! Pour vous répondre (quand vous écrivez « Refuser l’amour homo platonique, n’est-ce pas rendre la vie encore plus difficile à des hommes ou des femmes qui ont déjà fait le choix de la continence ? »), je vous dirais que je ne crois pas en l’amour platonique tout court. Pour moi, ce sont deux termes qui ne peuvent pas aller ensemble (l’amour est incarné et unique, ou n’est pas ; entre humains, il est sexuel, génital, charnel ; sinon, ça s’appelle de l’amitié, ou bien le célibat consacré à Jésus). Donc ça me paraît contradictoire, et finalement plus déroutant, de proposer aux personnes homos à la fois la continence et la croyance en l’amour platonique. Je trouve plus vrai et plus franc du collier de proposer l’amitié (car d’emblée, elle implique la continence, et l’incarnation divine vécue dans une relation humaine qui n’est pas de type amoureux). Ça trompe moins sur la marchandise que de parler d’amour platonique. :cheer:
Cher « Je crois en Dieu », je t’adresse un grand grand merci aussi pour ton message (il y a tant à en dire !... mais je vais quand même essayer de faire bref :P ) Je crois tout d’abord qu’en matière de discours moral, quel que soit le sujet de société abordé, il est important de s’aligner sur la prudence d’un Xavier Thévenot qui disait que tout ce qui se justifie en Dieu doit idéalement pouvoir se justifier HUMAINEMENT, par le bon sens et des arguments très terrestres et accessibles à tous, y compris aux incroyants. Non pas pour brader démagogiquement la pensée de Dieu et la simplifier dans un relativisme dangereux ; non pas pour donner raison aux pensées purement et bassement humaines (puisque Dieu prime toujours et voit plus large que les Hommes) ; mais au nom de l’universelle Incarnation (qu’est Jésus). C’est pourquoi j’ai toujours mis un point d’honneur à expliquer ma gêne par rapport au désir homosexuel à travers uniquement une logique très humaine, une posture presque athée, en évitant au maximum d’en passer par la Bible pour me justifier (si on lit mon livre, par exemple, on ne devine pas que je suis catho ; j’ai fait exprès de contourner les arguments de foi tels que « l’homosexualité , c’est pas bien parce que Dieu a créé la femme pour l’homme et que c’est écrit dans la Bible », ou bien « Sodome et Gomorrhe a été détruite à cause de l’homosexualité », etc.… même si je suis arrivé finalement au même résultat que si j’avais suivi une argumentation religieuse ou mon Église). Parce que si j’étais arrivé à la Bible sans en passer par le chemin et les mots des Hommes, je serais finalement passé à côté de la vraie Bible, j’aurais au bout du compte un discours peu biblique – au sens d’INCARNÉ -, un discours un peu appris, manichéen, médico-superstitieux… discours que je lis parfois dans votre mail quand vous parlez d’« hétérosexualité » (pour moi, l’hétérosexuali té n’existe pas : on ne devrait parler que des « couples femme/homme aimants ») ; quand vous sous-entendez également l’analogie entre homosexualité et fléau social ou virus ou maladie ou décadence (or, je vous rappelle qu’une blessure n’est pas une maladie, ni une dégénérescence héréditaire, ni un virus qui se passe de personne à personne) ; quand vous ne vous référez qu’aux Adam et Ève de la Genèse et à Sodome et Gomorrhe pour justifier le bien-fondé de vos dires (et pourtant… je crois aussi plus que tout en la Vérité de ces récits que vous citez… même si cette Vérité n’est pas uniquement scientifique ou à prendre au pied de la lettre. Je préfère m’appuyer sur les dysfonctionneme nts/drames réels que j’observe et le langage actuel du désir homosexuel pour clamer la grande actualité de ces textes symboliques bibliques plutôt que de forcer ces mêmes textes à être « réels conformément à notre vision bien limitée et bien humaine du Réel ») ; quand vous parlez de guérison qui ferait que je pourrais passer miraculeusement du statut de personne homosexuelle à celui de personne « hétérosexuelle » :confused: (Je précise au passage que j’ai failli me marier avec une femme il y a deux ans, mais que cette expérience, aussi sincère et audacieuse et en Jésus qu’elle fût, n’a pas été concluante ; et d’autre part, je précise également que je crois pourtant aux guérisons concrètes du Seigneur, y compris dans ce domaine très précis de la sexualité. Simplement, même si nous sommes appelés à décider d’entrer dans Son chemin de guérison, ce n’est pourtant pas nous qui nous guérissons nous-mêmes, ni le Seigneur qui va nous changer du tout au tout comme par magie. Nous, personnes homosexuelles, ne sommes pas sur un pied d’égalité à ce niveau-là : la profondeur de la blessure homosexuelle n’est pas la même pour toutes, ne se mesure pas avec un triple décimètre, et pourra être sublimée par certaines personnes homos mais pas par toutes. Comme disait encore une fois Xavier Thévenot, « ne sublime pas qui veut ». Tout, en matière de sexualité, ne se fait pas à coup de volonté ou à coup d’opération du Saint-Esprit, aussi puissant soit-Il) ; quand vous décrivez les effets désastreux de la propagation de l'homosexualité à échelle planétaire (« Vu la propagation actuelle à vite vitesse et à travers le monde » : je pense qu’il y a là un catastrophisme inapproprié qui donne trop d’importance au désir homosexuel, qui le magnifierait presque dans la diabolisation. L’homosexualité n’a rien d’une pandémie cataclysmique qui envahirait la Terre comme une pieuvre) ; ou quand vous attribuez à Dieu une punition qu’Il sera pourtant seul à décider (Ne nous mettons pas à Sa place : jusqu’à preuve du contraire, il ne revient qu’à Lui, et à Lui seul, de décider qui sera sauvé ou non. C’est Lui, le Maître de la Moisson, qui sépare le bon grain de l’ivraie. Pas nous. Il ne nous revient pas de proférer des discours apocalyptiques aussi tranchés que « Un jour viendra où il n’y aura pas de pitié… C’est l’enfer directement pour ceux qui sont homosexuels. »). Soyons fermes MAIS restons avant tout aimants et miséricordieux, plutôt que de jouer aux juges inflexibles à la place de Dieu. Le martinet ne sert pas l’œuvre de Salut ; il la dessert plus qu’autre chose… et en plus, il n’inspire même pas la juste « Crainte » de Dieu chantée dans la Bible.
Le mal qui est applicable aux actes homosexuels (et là encore… il faudrait savoir ce qu’on entend par « actes homosexuels » - car ils sont très divers, et l’expression est encore bien floue -, et il faudrait ensuite savoir quelle hiérarchie de gravité on pourrait établir entre eux) n’est pas applicable au couple homo, ni au désir homo (élan qui est duel : ce n’est pas le mal absolu ; c’est un désir double : un désir ET d’amour, ET de haine), ni aux personnes homos. Le faire n’est pas nécessairement à l’image exacte du vouloir ou de l’être. Je sais que c’est compliqué, tout ça, mais c’est important de bien faire la distinction entre actes homosexuels et couple homosexuel. C’est important aussi de faire preuve de douceur quand on parle d’homosexualité et des personnes homosexuelles, de ne pas mettre la Vérité avant l’Homme (et surtout avant l’Homme-Vérité qui n’est autre que Jésus en tout Homme). Sans l’Amour, nos discours, même tirés de la Bible, ne seront que des cymbales retentissantes. ;-)
Ayant des amis homosexuels, je reconnais leur couple et leur amour, et ce seront toujours mes amis. Ce témoignage m'aide à les aimer encore plus, tels qu'ils sont, à comprendre leur souffrance parfois, et à voir que l'Eglise ne les rejette pas.
Pour ma part, j'aimerais savoir de lui, qui a fréquenté plusieurs hommes ayant des tendances homosexuelles qu'elle est à son avis l'origine de cette tendance.
A deux reprises il en parle à demi-mots : envie de viol, puis plus loin, on peut imaginer qu'il y a eu une blessure violente dans l'enfance.
Pour ma part, je pose la question : les tendances homosexuelles qui s'éveillent à l'adolescence ne sont-elles pas le résultat d'un manque de jeux physique du petit garçon avec son père ? J'entends par jeu physique le plaisir de se bagarrer avec lui ou de l'affronter dans un sport tel que le rugby ou le contact des corps est fort, parfois violent.
Dans ce cas, si mon interprétation est la bonne, cela expliquerait l'augmentation des hommes ayant des tendances homosexuelles compte tenu du fait que le nombre des garçons élevés par des mères seules explose, vu que les divorces explosent : 40% en moyenne pour la France. Si Philippe corrobore mon interprétation cela veut dire que l'Eglise doit mettre le paquet sur deux points : l'Evangélisation de la société, et la préparation au mariage qui encore trop souvent bâclée faute de laïcs compétents et disponibles. D'avance merci à Philippe pour sa réponse.
Les agnostiques voient tous les catho "homophobes" comme les autres cathos voient les tradis 'homophobes"!
En ce qui concerne le message d’Alexis, merci particulièremen t à toi ! D’où vient le désir homosexuel ? Très bonne question ! Difficile de te résumer en quelques lignes mes 4 tomes d’essai ! :whistle: À dire vrai, je ne renonce pas à la question des origines : elle est vraiment nécessaire, mais dangereuse si elle est menée jusqu’au bout (car elle aboutirait à une causalisation mortifère, à une justification/diabolisation de l’identité homosexuelle/de l’amour homosexuel, alors que le désir homosexuel, à mon avis, n’est ni entièrement mauvais, ni entièrement justifiable… et ceux qui ont tenté de le justifier ou de le diaboliser ont, dans l’histoire humaine, été généralement violents). Plus belle et libérante me semble la démarche de se poser la question du « Comment vivre au mieux avec ? » et « Comment le Seigneur peut manifester sa Gloire, y compris à travers ma blessure homosexuelle ? ». Certes, l’identificatio n de la blessure permet d’y apporter les bons soins, mais parfois, à trop gratter la croûte pour la voir disparaître ou « prouver » son existence, on en recrée une autre… Alors, même si j’aime décortiquer les fonctionnements du désir homosexuel, je préfère le faire dans une optique de foi, avec le regard tourné vers LE Désir avec un « D » majuscule : Dieu. Car c’est Lui, au fond, qui m’intéresse. Le désir homo ne me passionne qu’en tant qu’étape sur le chemin de Dieu, qu'en tant qu’écran au Désir, ou pastiche du Désir : pas en lui-même.
Alors en bref, concernant la question des « causes » de l’homosexualité – que moi je n’appelle que les « coïncidences du désir homosexuel » ou les « terrains porteurs non-systématiques du désir homo » (il n’y a pas de causes de l’homosexualité ) -, je pourrai te lancer sur certaines pistes. Je t’éviterai leurs versions psychanalytique s (même si elles me semblent parfois justes et à connaître : fixation spéculaire, arrêt du développement psycho-sexuel, angoisse phallique, attachement pré-oedipien maternel, déni de la bisexualité psychique, conflit d’identificatio n avec le parent du même sexe, rivalité fraternelle, etc.) pour te donner une version « fait-maison » de ces coïncidences, relevées en vrac, comme ça me vient : misanthropie, fantasme de viol (ou plus rarement viol réel), désir d’être objet (et donc d’être Dieu, d’être fétiche sacré et inerte), angoisse devant sa propre liberté, panne d’identité « réparée » par un surinvestisseme nt dans l’esthétique plutôt que dans l’éthique, déni des limites humaines et du « Père », absence de désir et éloignement de la Foi, sacralisation de l’altérité au point de la mettre à distance, misogynie et « machisme peinturluré de rose » (dans une adoration esthétisante pour le féminin d’accessoire et pour la survirilité télévisuelle), doute d’être unique (et donc doute d’aimer/d’être aimé… c. f. le lien entre narcissisme et désir homosexuel, ou entre homosexualité et gémellité), jalousie (ça peut commencer par les frères, mais ça s’étendra en général après à la société), influence déréalisante des médias, identification à la mort cinématographiq ue et à la féminité fatale ( = femme bourgeoise violée notamment), rupture symbolique (= désirante) avec le père, dictature d’une société maternante érigeant la douilletterie et l’onirisme sentimentaliste en règles, fuite du Réel (souvent, elle exprime une paresse, un ennui, un vide existentiel, une absence d’amour), manque de désir et de liberté (c. f. lien entre désir homosexuel et guerres, grandes catastrophes, prisons, casernes, absorption de drogues : ce qu’on appelle « l’homosexualité de circonstance »), désir d’inceste, énorme complexe d’infériorité couplé d’un complexe de supériorité « auto-parodique » (c. f. les dictateurs homosexuels, les personnalités narcissiques et autoritaires), entre-deux-guerres annonçant l’avènement de crises sociales imminentes, promotion sociétale de l’hédonisme et de la fête ludique, absence d’amitiés solides (ce que tu écrivais sur l’importance des rapports corporels homosensibles entre un papa et son fils, ou entre copains qui se bagarrent sur la cour d’école, est important et juste), climat généralisé de voyeurisme/d’exhibitionnis me/de frustration sexuelle, hypersensibilit é aux mots et aux images, rapport méprisant au corps, haine de soi, « tolérance » sociale gay friendly, dictature vécue à l’école ou à la maison (parents divorcés, vision conflictuelle de la sexualité et du mariage, manque d’amis, etc.), milieux sociaux rigides (sport, mode, danse, télé, milieu du porno ou de la prostitution, mouvements religieux fondamentaliste s, secteurs sociaux absolutisant la performance - physique ou intellectuelle -…) où la différence des sexes est soit sacralisée (au point que les hommes et les femmes ne se rencontrent plus, ne se désirent plus) soit abolie (rouleau compresseur de l’égalitisme, confusion des sexes entretenue par la majorité des médias, le cinéma, la photo, et un certain monde scientifique plaçant l’Homme comme sa propre origine), substitution des hommes et des femmes réels par l’homme-objet et la femme-objet, effondrement de la personnalité (impression d’être une moitié d’homme) ou de l’identité (sexuée notamment) camouflé par une recherche fiévreuse de l’originalité (on revient au fait de se prendre pour Dieu parce qu’on s’est initialement pris pour le diable, pour l’Homme invisible insignifiant…), influence d’une société où la Science et la technique ne sont plus au service de Dieu, proximité avec la pathologie et l’univers de la folie (mère dépressive ou hystérique, éducation familiale perçue comme tyrannique, père absent, trop maternant, ou rigide), fascination pour les Grands Hommes (et en particulier compassion pour les « méchants », pour la beauté du diable, pour les tyrans incompris, pour les reines odieuses et au destin tragique), hypersensibilit é et émotivité, obsession sociale du Couple (généralement fusionnel, irréel, hétérosexuel) et mépris du célibat, stigmatisation sociale de la solitude, etc. Voilà : j’ai essayé de sortir tout ce que j’ai en boutique ;-). Tu feras, Alexis, j’espère, ton marché, et de trouver ton bonheur :D .
Philippe Ariño
Quelques lignes m'échappent :
- "identification à la mort cinématographiq ue et à la féminité fatale ( = femme bourgeoise violée notamment),
- "dictature d’une société maternante érigeant la douilletterie et l’onirisme sentimentaliste en règles"
- "on revient au fait de se prendre pour Dieu parce qu’on s’est initialement pris pour le diable, pour l’Homme invisible insignifiant"
Que voulez-vous dire par là ?
Et enfin, "dictateurs homosexuels" : auxquels pensez-vous ?
Merci :-)
Faut vraiment que vous lisiez mes livres, y'a pas moyen! :P
En deux mots (mais vraiment en deux mots!^^), dans les oeuvres homosexuelles (et souvent dans le discours des personnes homos que je connais), j'ai entendu une claire identification à la femme violée (d'ailleurs, plus une femme médiatique connaît un succès fulgurant et un "destin" tragique, une vie privée désastreuse alors qu'elle semble avoir une vie publique "paillette", plus elle a des chances de devenir icône gay!). Par ailleurs, il est très curieux, chez les personnages homosexuels, de les entendre parler de la Mort comme une Épouse à qui ils sont liés à la vie... à la mort :-) Et la mort cinématographiq ue, la culture gothique, les catastrophes ferroviaires ou autres morts médiatisées, les attirent tout particulièremen t.
Je parle également de l'homosexualisati on par le matriarcat et par une société maternante qui veut couver et étouffer la vie, qui veut nier la mort, les limites, la contrainte, la vieillesse, le Réel... sachant que ce matriarcat n'est pas propre aux femmes (certains hommes peuvent eux aussi être excessivement maternants).
Pour ce qui est des dictateurs homos, vous lirez dans mon livre tout ce que j'ai écrit sur l'homosexualité d'Hitler, des talibans, de Néron, de Mao Zedong, et de tant de dictateurs qui ont pourtant, de leur vivant, persécuté les personnes homos. Les paradoxes de l'homophobie sont passionnants! :-)
Je vous renvoie aussi à toutes les fois où j'ai entendu les personnes homos se prendre pour Jésus, pour des anges, pour Dieu, et/ou pour le diable en personne. Ça paraît dingue, comme ça, car elles ne l'avoueront jamais... mais dans mon "Dictionnaire des codes homos", la liste de mes citations est interminable ! L'athéisme est particulièremen t manichéen, et ce n'est pas si paradoxal et illogique que cela...
Par ailleurs, et je terminerai par là, j'ai relevé toutes les fois où j'entendais parler de l'Homme invisible dans la bouche des personnes homosexuelles. Pareil, c'est édifiant ! Cet Homme invisible renvoie à l'androgyne, à la figure du caméléon, du voyeur ou de l'espion, au diable qui n'a pas réussi (contrairement à Jésus) l' "Incarnation longue durée".
J'espère que j'ai éclairé votre lanterne, Emma. Je pourrais poursuivre, car je suis intarissable sur tous les symboles employées inconsciemment par la communauté homosexuelle... :lol: Mais je vais m'arrêter là ^^
Bien amicalement.
Philippe
Vous avez gagné, je vais les acheter, vos livres !! :silly:
Hihi
j'ai parcouru votre site il y a quelques mois (le fil de l'Araignée) car voilà déjà plusieurs années que, dans ma prière, me revient souvent à coeur le sujet des personnes blessées dans leur identité sexuelle.
Aujourd'hui, je retrouve votre article/lettre à Sr Paula sur le site de l'Abbé Grosjean.... par un autre lien.
Je suis mère de famille et engagée dans la communauté de l'Emmanuel que vous devez connaître un peu, si vous fréquentez St Nicolas des Champs ! (dont nous avons été mon mari et moi, paroissiens plusieurs années.... nous sommes à présent en province avec nos 4 enfants - fin des présentations !)
Après avoir pas mal réfléchi à votre histoire, permettez-vous que je vous pose une question un peu directe ?
Je cherche à aller au fond de votre réflexion, pour bien la saisir, car pour ne rien vous cacher je me pose la question de me former à l'accompagnement (pas forcément spécifiquement des personnes homosexuelles) et pour celà, j'ai besoin de comprendre comment vous vous situez.
donc ma question est :
- "est ce que vous croyez que (dans une avenir proche ou lointain), Dieu peut vous donner la grâce de changer d'orientation ?" autrement dit :"est ce que vous êtes déjà persuadé que vous ne changerez jamais, et, dans cette situation présente, vous essayez de vivre (remarquablemen t d'ailleurs,j'en suis touchée) la chasteté ? ou bien êtes vous en chemin intérieurement, tendu vers une espérance et une aspiration à autre chose, dans la confiance que rien n'est impossible à Dieu ?"
J'espère que vous ne serez pas offensé de ma question. Je me permets de vous la poser, car j'ai entendu plusieurs fois la réaction "les personnes homosexuelles sont généralement des personnes qui ne veulent pas changer", et moi je sens que cette affirmation n'est pas juste (et assez condamnante).
Merci pour votre témoignage.
Que Dieu vous bénisse
Estella
Je ne connais pas les plans de Dieu pour moi. Donc à la question "Ne croyez pas qu'un jour Dieu peut vous donner la Grâce de changer d'orientation?", je répondrais que je ne sais pas, et qu'en effet, tout est possible à Dieu. Je crois vraiment que je suis un mystère à moi-même, que je suis argile au creux de Ses mains si je Lui donne ma liberté.
Par cette question "directe", je vous remercie, Estella, de me renvoyer finalement à ma profonde liberté... même si je ne vous cache pas que vous touchez du doigt LA Grande Question de ma vie :lol: (celle qui me poursuivra sûrement jusqu'à ma mort! :silly: ) : aurais-je dû me marier avec la femme avec qui je vis encore aujourd'hui la puissance incompréhensibl e d'une amitié sainte ? Ai-je paniqué pour rien ? Est-ce que j'ai fui par lâcheté le mariage en prétextant l'excuse pratique de l'homosexualité (car cette fille non seulement m'aimait, mais en plus était amoureuse de moi! : elle m'avoue encore aujourd'hui que "je suis le plus grand mystère de sa vie... après Dieu"), ou ai-je compris que ma place était ailleurs ? Je n'ai pas la réponse.
Tout ce que je sais aujourd'hui avec certitude, c'est qu'avec cette femme (avec qui je suis allé jusqu'aux fiançailles... quand même^^... alors que je continuais de me dire "homo" : quand j'étais officiellement avec elle, je n'ai jamais cherché à me définir comme "ex-gay", ou "bisexuel", ou "new hetero" ; je n'ai jamais eu honte de mon homosexualité ; je n'ai pas voulu rentrer dans une "normalité hétérosexuelle"), je vis une amitié exceptionnelle (tous ceux qui nous connaissent le mesurent), mais que c'est uniquement pendant la période où nous sommes sortis ensemble que nous ne nous sommes pas sentis à notre place, que des tensions et des résistances sont apparues entre nous. Quand nous sommes revenus à l'amitié, nous avons retrouvé la force incroyable de notre duo (notre amitié, vieille de 8 ans, a commencé déjà par une audace commune : cette fille m'avait pris en stop à Nantes, alors que j'étais sur le bord de la route! :woohoo: ). D'ailleurs, ce retour à l'amitié après le projet "fou" du mariage a tout de suite laissé place chez moi au soulagement (le soulagement durable est, je crois, un des signes marquants de l'Esprit, et des bons choix). Un autre indice qui montre que mon choix du célibat pour Jésus n'est pas d'abord dicté par "la peur de la sexualité ou la peur d'aimer" ni par le confort de l'immobilisme, c'est que d'une part l'amitié avec cette fille continue encore aujourd'hui d'être particulièremen t fertile (nous sommes l'un et l'autre convaincus que si nous nous sommes engagés dans le mariage en 2009 - même si nous ne sommes pas allés jusqu'au bout -, ce n'est pas par hasard ni par idéalisme catho irréaliste : c'est parce que nous avions objectivement les bonnes raisons de nous "planter". Cette drôle d'étape dans notre longue amitié ne nous apparaît même pas comme une erreur aujourd'hui!^^. Pour moi, cette fille reste la femme de ma vie : je l'aime... même si je n'en suis pas amoureux, même si elle n'a jamais cessé d'être qu'une amie, et que mon corps ne suit toujours pas un élan de nature amoureuse à son égard), et d'autre part parce que l'Incarnation occupe une place primordiale dans l'Amour vrai (il n'y a pas d'Amour vrai sans charnel, sans sexualité et sans génitalité, sans attraction des corps... ou alors ce lien est d'une autre nature. Les sentiments émanent de l'attraction des corps. L'amour entre humains n'est pas que volontarisme... En tout cas, j'ai mesuré empiriquement que, même face à une femme que j'aimais sincèrement, ma blessure homosexuelle était plus forte que ma foi en la toute-puissance de l'amour sur les faiblesses humaines... Et cette profondeur de mon homosexualité, je l'ai soupesée en essayant de la dépasser. J'ai même essayé les heures d'exposition au Saint-Sacrement pour laver ma plaie... mais ça n'a pas suffi!^^).
Cependant, je crois aujourd'hui, même si je n'ai pas de boule de cristal et que je ne veux toujours pas me fermer de portes, que ma condition de personne homosexuelle, dans les limites qu'elle m'impose, me montre un autre chemin différent du couple... et un chemin pas moins beau que la famille! Je crois plus que tout en la communion des saints et des artistes ! J'ai décidé de tendre vers les Noces Royales après la mort. Et depuis le pressentiment de cette vocation, je connais plein de confirmations surprenantes, plein de "clins Dieu" qui m'apportent paix et joie. Ce sont finalement les meilleurs signes du chemin de Jésus pour moi, non? B) Et puis, si je ne suis appelé ni à la prêtrise ni à la fondation d'une famille, si mon statut de célibataire consacré n'est pas clairement "défini" et n'existe pas en catalogue (idem pour des types comme Jean Vannier), il n'en reste pas moins que ma vie est déjà très chargée, très féconde, vraiment tournée vers les autres et vers Dieu, et que j'ai peut-être, de par mon statut un peu "bâtard" et bizarroïde de "catho-homo", un rôle particulier de médiateur entre l'Église et la Communauté homo que ni un homme marié ni un prêtre ne pourraient assumer. Et ça, ça me plaît bien!^^ Le Seigneur se sert pleinement de ce que je suis, sans me demander de changer complètement, et tout en me déplaçant quand même vers Lui. Et ça, je trouve que c'est d'une délicatesse incroyable! C'est un vrai respect de ma liberté! Je trouve ça magnifique. Et je comprends peu à peu le sens de ma blessure. Ce n'est pas triste. C'est juste inédit!
Pour finir, et concernant le futur de ma "meilleure amie" (comment l'appeler autrement, même si la terminologie fait un peu "ado"...?^^), je crois que la fondation d'une famille l'appelle et l'attend. je ne me fais pas de soucis pour elle. C'est une fille exceptionnelle. Et elle ne passe déjà pas inaperçue B) .
Je suis ravi de savoir que vous avez fréquenté l'église Saint Nicolas des Champs à Paris. Je trouve qu'il se passe là-bas des choses vraiment extraordinaires . Je n'arrive plus à aller ailleurs! C'est un lieu que je connais depuis 3 ans, et c'est là que je me ressource. L'équipe de jeunes prêtres (Père Gonond, Père Burgun, Père Dollié, et d'autres) y est solide, drôle, percutante : j'aime beaucoup. Alors je me réjouis que vous et votre famille ayez pu goûter à cette odeur de sainteté qui se dégage de cette église. Je prierai bien pour vous.
Merci encore pour votre mail. Vous m'avez "forcé" à être un peu intime (lol), mais ça me va! ;-) Notre jardin secret intérieur n'est pas, contrairement à ce qu'en a fait l'expression populaire, rempli des casseroles et des secrets honteux de notre vie. Notre seul et unique vrai jardin secret en nous, c'est le Seigneur... et ce puits n'est pas à cacher ;-) .
Bonne soirée!
Philippe Ariño
Merci pour votre réponse (je ne m’attendais pas à si long ! seriez-vous bavard ?!)
Effectivement le soulagement durable est un signe de confirmation d’un bon choix (concernant votre étape de fiançailles avec votre amie). C’est super d’avoir pu passer par cette étape et d’avoir pu prendre des décisions en accord avec que vous ressentiez l’un et l’autre.
Au début de mon message dimanche, j’ai volontairement utilisé l’expression « personnes blessées dans leur identité sexuelle », pour voir si vous tiqueriez sur le mot « blessé », mais je vois que vous l’utilisez aussi pour vous-même : « j’ai mesuré que (…) ma blessure homosexuelle était plus forte que ma foi en la toute-puissance de l’amour sur les faiblesses humaines ».
Pouvez-vous dire à ce stade, que vous vous reconnaissez comme « blessé » dans votre identité ? Car qui dit blessure dit guérison possible…. Qu’en pensez-vous ? (ça rejoint ma question de dimanche soir…. mais vous m’avez en partie répondu).
Quand vous dites : « ma blessure homosexuelle était plus forte que ma foi en l’amour »… j’aimerai plutôt dire qu’elle était plus profonde… en effet, la blessure, même profonde, n’est pas plus grande que l’Amour (ou bien alors, je ne suis plus chrétienne).
Ne me considérez pas trop vite comme simpliste, ou sainte-nitouche, mais j’ai vraiment la foi, l’espérance, que Dieu peut guérir toute blessure, même de ce type, si on le lui demande (et Dieu sait que le chemin est long). Et cette guérison n’est pas forcément d’aller vers le mariage, d’ailleurs. Je crois plutôt qu’il s’agit d’une liberté intérieure à recevoir de Dieu, afin d’être tout à fait libre de pouvoir lui répondre pour la suite, quelle que soit la voie qu’il nous proposera.
Ce qui me semble important, c’est d’avancer, comme vous le dites bien à la fin de votre mail : « le Seigneur se sert pleinement de ce que je suis, sans me demander de changer complètement, tout en me déplaçant quand même vers lui ».
Je crois que là est la clef : où qu’on en soit, (c’est si valable pour moi !), il faut se mettre en chemin à sa suite. Le danger réside dans la complaisance, n’est ce pas….
Il me venait autre chose : concernant votre désir d’être un « pont » entre l’Eglise et le milieu homosexuel, avez-vous « déposé » ce désir devant le Seigneur ? (vous allez me trouver gonflée…. mais j’avais à cœur de vous poser cette question !)
Je dis ça parce que souvent, on a de belles intuitions à mesure qu’on avance et que le Seigneur opère en nous… on voit de mieux en mieux où il nous mène… on avance, on se sent de plus en plus unifié intérieurement… et souvent, arrive le moment où Dieu nous demande de lui déposer à nouveau notre trésor intérieur. C’est le deuxième « oui »… tout ce qu’on avait à cœur, toutes ces confirmations qui pleuvaient de part et d’autre, il peut être bon de les redonner à Celui qui les fécondera parfois d’une façon + profonde, nous dépouillant encore un peu plus (« mais Seigneur, j’ai déjà lâché plein de trucs, que puis-je te donner de plus ! »).
C’était ma pensée du jour…. Tout simplement.
Bonne journée !
Estella
Oui, il m'arrive d'être bavard :whistle: (mais ça saoule rarement car je suis souvent à l'écoute :lol: ).
Pour revenir à votre propos, en effet, je me considère comme blessé dans ma sexualité. J'emploie souvent le mot "blessure" à la place d' "homosexualité" d'ailleurs, donc le fait que vous l'employez ne m'a pas choqué, au contraire. Je trouve que le terme "blessure" est même le meilleur pour qualifier le désir homosexuel (contrairement à d'autres mots plus moralisants/jugeants comme "maladie", "tare", "perversion", etc.).
Vos mots sont justes sur la nuance que vous apportez entre une blessure "forte" et une blessure "profonde". Et c'est vrai : je crois que Dieu peut guérir les blessures les plus profondes, y compris les miennes ! (Je ne crois pas qu'en la guérison pour les autres : ce serait trop facile^^). Et je pense avoir déjà déposé ma blessure homosexuelle, ainsi que mon désir de servir ET la communauté homo ET l'Église, devant le Seigneur ; j'essaie de le faire d'ailleurs tous les jours. J'essaie aussi de me disposer à être surpris, de ne pas imposer mes projets à Dieu. S'Il veut me guérir, c'est Lui qui le décidera (même si je crois qu'Il m'a un peu guéri et libéré déjà), et moi qui essaierai de L'accueillir. J'avance, je "poursuit le chemin", à l'écoute autant que possible.
Bien amicalement.
Philippe
Sans dévoiler ce qu’il y a dans vos livres, qui doivent être passionnants, il serait utile pour les autres mortels que nous sommes, et pour qui l’homosexualité est un mystère insondable, de hiérarchiser, d’après vous les causes possibles car vous invoquez beaucoup trop de causes pour que cela puisse déboucher sur un raisonnement qui permettrait, par exemple, de porter durant l’enfance une plus grande attention au rapport physique père-fils pour reprendre ma thèse que vous avez tout de même accréditée.
Par ailleurs, puis-je me permettre de vous reprendre sur une phrase dans votre réponse à Estella : « il n'y a pas d'Amour vrai sans charnel, sans sexualité et sans génitalité, sans attraction des corps... ou alors ce lien est d'une autre nature. Les sentiments émanent de l'attraction des corps ».
Je ne peux pas souscrire à cela. En effet, l’amour possède différentes facettes. L’amour filial, paternel, maternel est vrai, il n’est ni sexuel ni génital. L’amour pour Dieu est vrai, il n’est ni sexuel, ni génital. L’amour entre beaucoup de Saints et des femmes, ou de Saintes avec des hommes : Saint François et Ste Claire, St Benoît et Ste Scholastique……j usqu’au Bienheureux Jean-Paul II et Wanda Poltawska dont je vous invite à lire le bouleversant témoignage dans le livre qui vient de sortir, étaient vrais, mais ni sexuels ni génitaux. Le chapitre d’1 Cor 13 n’est-il pas le summum de la définition de l’amour. Pour moi il n’y a rien au-dessus de cet hymne à l’amour.
Et là non plus il n’y a rien de sexuel et de génital. Pour moi, le sexuel et le génital n’est qu’une forme et une partie de l’expression corporelle de l’amour qui peut s’exprimer de bien d’autres façon. De toute façon, au Ciel, nous connaîtrons le summum de l’Amour, nous aurons retrouvé notre corps de nos 18-20 ans, mais il n’y aura aucune sexualité, aucune génitalité. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Saint Paul !
D'avance merci pour votre réponse et bien cordialement,
Alexis
J'aurais dû rajouter (car je pensais que c'était clair... mais apparemment non^^) que je parlais uniquement de l'Amour vrai dans le cadre conjugal. Sinon, nous sommes d'accord : si on parle d'autre chose que les couples femme-homme ou les "couples" homos, bien sûr qu'il y a d'autres formes moins charnel d'Amour vrai, notamment celle du célibat consacré, et qui peuvent être tout aussi authentiques que le Couple.
Après, je ne suis pas de ceux qui disent que les prêtres, parce qu'ils sont continents, n'ont pas de sexualité. Ils la vivent autrement, et ils ont de toute façon un rapport sexué RÉEL au monde, aux autres, aux réalités humaines, aux engagements. Ils sont homme ou femme face au monde. Même la politique, l'art, le sport, la prière, le chant, la nourriture, toutes nos actions humaines, sont des expériences de la sexualité. Mais notre société, obnubilée par le "cul", réduit la sexualité à la génitalité (coït, jouissance, plus rarement procréation). Or elle est bien plus large! Je crois vraiment que même les enfants et les célibataires connaissent aussi la sexualité (c'est d'ailleurs pour cette raison que je défends le fait que des prêtres puissent avoir un discours parfois plus juste sur l'amour conjugal que bien des couples qui "font l'amour", ont l'expérience de la génitalité, mais pas de la sexualité, au fond). Quand tu dis que l'Amour pour Dieu n'est pas sexuel, je ne suis pas d'accord (ça doit être une question de termes) : il est sexuel. D'ailleurs, le Christ prépare ses noces avec son épouse qui est l'Église ; et les prêtres doivent avoir un sexe précis (si la sexualité ne comptait pas, il y aurait des femmes prêtres), et donner toute leur énergie sexuelle à Dieu : il n'est pas question pour eux d'annuler leur énergie sexuelle ou d'éteindre leur libido. L'amour du célibataire consacré pour Dieu, c'est un amour sexuel mais pas génital (bien sûr, en disant qu'il est sexuel, je m'éloigne de tous les clichés libertins de prêtres frustrés qui feraient l'amour à leur crucifix ou à des statues de vierges). L'Église aime profondément la sexualité et le plaisir génital, y compris en défendant le célibat des prêtres et des religieuses : je le crois vraiment. La continence que propose l'Église, mal comprise par notre société, est paradoxalement un hymne à la Sexualité. Je me bats justement pour faire comprendre ce "paradoxe" :-).
Pour finir sur ce que tu dis du bric-à-brac que je t'ai écrit plus haut, ne t'inquiète pas : je l'ai rangé dans mes livres ^^.
Merci en tout cas de tes questions, toujours fines et exigeantes :P
J'ai hâte que tu me dises ce que tu auras pensé de l'émission "Dieu Merci!" de vendredi prochain!
Philippe Ariño
Par contre, quand vous dites : « les prêtres doivent avoir un sexe précis ….et donner toute leur énergie sexuelle à Dieu : il n'est pas question pour eux d'annuler leur énergie sexuelle ou d'éteindre leur libido. » je pense que vous poussez le bouchon un peu trop loin ;-)
En effet, en précisant d’abord que je suis marié et père de quatre enfants, je pense vraiment qu’il n’y a pas d’énergie spécifiquement sexuelle ou plutôt sexuée. L’homme comme la femme et à stricte égalité avec elle, possède une énergie non spécifiquement sexuelle (dans le sport par exemple) ainsi qu’une libido non spécifiquement sexuée (à potentialité égale donc non sexuée, et là je m’appuie sur des témoignages de femmes lors de réunions de couples) - parfois (d’autant plus souvent que l’on est jeune ;-) ) même des pulsions sexuelles, identiques quant à leur nature et à leur intensité, qu’ils (elles) ont du mal à réfréner, à canaliser, à réorienter ou à sublimer dans le cas des prêtres et des religieuses.
Vous avez raison de dire que notre société hyper sexualisée dans ses publicités, dans la mode, au cinéma et à la télévision est totalement et de plus en plus génitalisée. C’est une volonté que je qualifierai de perverse, conçue et volontairement pensée par des sociétés philosophiques bien connues, qui veulent prendre le pouvoir à l’échelle mondiale (Cf. les livres très explicites sur ce sujet de Mgr Michel Schooyans) à l’image de Satan en Eden, que de vouloir en permanence tenter les humains, et d’autant plus les Chrétiens, qui sont sur ces questions, des empêcheurs de tourner en rond :woohoo: , afin que ces derniers chutent, et que tous consomment du sexe dans sa forme la plus animale possible afin de nous éloigner de notre modèle initial : Dieu.
Je pense enfin que Dieu, qui nous a créés à son image et à sa ressemblance, désire pour notre plus grand bonheur que les hommes et les femmes qui ont pour vocation de s’épouser, doivent le faire à l’image et à la ressemblance de l’Amour que Dieu a eu depuis 2 000 ans, a actuellement, et aura toujours, à l’égard de son épouse : l’Eglise. La façon dont Dieu aime l’Eglise et donc dont l’homme doit aimer sa femme étant merveilleusemen t décrite au travers du Cantique des Cantiques.
Bien cordialement,
Alexis
Tout d’abord bravo à tous les deux. Les paroles furent claires et sans faux fuyant ce qui est rare à la télé surtout sur ce sujet si « touchy » !
Pour l’animateur :
Quand il a dit : « chasteté, ces mots qui font peur » : je trouve cela stupide et déplacé ! En quoi une vertu ferait-elle peur ? Je crois que cet homme devrait se poser des questions sur ses valeurs, sur sa foi ? Mais, au fait en a-t-il une ?
Pour les reportages annexes au débat :
Bravo à Mgr Aillet pour ce qu’il a dit et surtout la clarté et la délicatesse avec laquelle il l’a dit.
Le reportage sur la supposée homosexualité de St Sébastien était stupide et complètement déplacée et même quelque peu perverse. On ne peut tout de même pas reprocher à un artiste qui est l’artisan du beau d’essayer de peindre un saint qui a donné sa vie pour le Christ comme un homme beau ! Jésus n’est-il pas le plus bel homme que le monde ait jamais connu ?
François Cheng, dans une conférence aux Bernardins « Envisager, dévisager la beauté », a très magnifiquement démontré ce lien indéfectible entre beauté, bonté, et sainteté. Je vous renvoie à son discours lumineux.
biblio.domuni.eu/articleshum/delabeaute/index.htm
Pour l’Abbé Grosjean :
1) Quand vous dite : « l’Eglise ne veut pas réprimer les tendances homosexuelles » vous auriez dû ajouter : « Elle veut que les personnes homosexuelles les dépassent, les subliment, transcendent de la même manière que l’Eglise veut que les personne adultères dépassent subliment transcendent leur tendances infidèles »
2) Votre expression « esclavage du désir » est très bonne car elle vaut pour tout le monde. Personnellement j’aurais dit « esclavage de la concupiscence » car tout Chr étien doit avoir une âme de désir pour contempler Dieu « face à face »
Pour Philippe :
1) Un immense merci d’avoir osé dire que les personnes homosexuelles étaient, parfois, souvent ( ?) homophobes ! Et bravo pour votre courage.
2) Quand vous dite : « Je suis libre, je peux défiler à la gay pride », je ne suis pas d’accord. Dans gay pride, il y a le mot pride = orgueil en français. L’orgueil est un péché capital. Cela n’a rien à voir avec l’homosexualité . Le Chrétien quel qu’il soit doit fuir l’orgueil et c’est bien parce ce que on sent instinctivement l’orgueil des gays prides que les Catholiques les condamnent. Si il y en avait, les hétéro-prides devraient être pareillement condamnées.
3) Quand vous comparez, l’Eglise, la messe à l’auberge, cela est plus que limite ! Car on peut penser positivement à l’auberge d’Emmaüs comme négativement à l’auberge espagnole. Auberge : concept ambivalent à manier prudemment !
A nouveau, toutes mes félicitations à vous deux.
Bien cordialement,
Alexis
C'est fou comme, en 24 heures, les avis sont exprimés et se déchaînent! C'est bon signe : ce numéro de "Dieu Merci!" ne laisse pas indifférent, et tant mieux. L'une des programmatrices de l'émission m'a même téléphoné personnellement le soir de l'enregistrement, juste pour me dire un grand merci, et aussi pour me dire que "le père Grosjean et moi avions littéralement 'bluffé' toute l'équipe". Pendant l'enregistrement, apparemment, c'était le silence complet en régie... :P Ça fait bien plaisir!
Par rapport à ton dernier message, merci pour tout ce que tu dis de vrai. Petit bémol : je te trouve un peu sévère et injuste quand tu parle d'Alexandre Meyer (le présentateur). S'il te plaît, modère un peu tes propos, et fies-toi au réel. Pour l'avoir rencontré en vrai, je peux t'assurer qu'humainement et spirituellement , c'est un homme bon comme du bon pain, plein d'humour (c'est lui qui taquinait le plus les autres sur le plateau et en loges : maquilleuses, caméramen, invités...). De quel droit pouvons-nous juger/jauger la foi des autres? Dieu seul est habilité à le faire.
Bien amicalement.
Philippe
P.S. : "Pride" ne veut pas dire "orgueil" mais "fierté". Et perso, je n'ai pas dit qu'il fallait être fier d'être homo ni justifier la GayPride, mais juste qu'il fallait la comprendre (c'est quand même pas pareil!^^). C'est d'ailleurs pour cette raison que le seul moment qui m'a déçu dans l'émission, et dans lequel je ne me suis pas reconnu, c'est "L'Autre Son de cloche" : si j'avais eu l'occasion de voir ce reportage avant l'émission, si j'avais eu un droit de regard sur les propos qui y étaient tenus (à la limite de l'homophobie), j'aurais tiré les oreilles de son concepteur... :whistle:
J'ai regardé l'émission Dieu merci. Pour moi, cette émission n'était qu'un élément d'un plan de communication pour réhabiliter l'Eglise avec "les personnes homosexuelles". De nombreuses choses m'ont fait sursauté et malheureusement , il n'y avait personne pour exposer des contre arguments. Parfis j'ai l'impression que l'Eglise tente d'évoluer mais ce n'est que de la poudre aux yeux. Il serait temps de s'ouvrir à ceux qui la compose, et par là j'entends les croyants-quidam ...
Merci beaucoup d'avoir regardé l'émission. C'est toujours agréable d'avoir des avis, parfois des critiques négatives.
Je suis un peu étonné de lire ta réaction cependant, car cette émission est une grande première, contrairement à ce que tu laisses entendre. Jamais je n'ai vu de débat pacifié sur l'homosexualité, à la télé (et pourtant, j'en ai vu beaucoup, des émissions sur le sujet!^^). Je n'ai jamais vu non plus de plateau-télé où un prêtre et un homme homo puissent s'écouter et se respecter vraiment. Ma présence en elle-même était révolutionnaire , d'ailleurs (Tu ne peux pas t'imaginer le mal que les concepteurs de l'émission ont eu à trouver un autre intervenant ET homo ET catho qui accepte de se montrer à visage découvert à la télé, et surtout, qui aime à la fois la communauté homo ET l'institution catholique romaine : ils n'en ont pas trouvé d'autre, d'ailleurs lol!).
Je ne suis pas d'accord avec ceux qui pensent qu'un débat doit forcément être synonyme de conflit. Un débat, c'est un dialogue, une réflexion collective, entre personnes qui sont à la fois en désaccord sur certaines idées et en accord sur d'autres : ce n'est pas un concert inaudible entre deux camps forcément opposés et qui ne proposent pas de réflexion collective. J'entends d'ailleurs certains amis trouver l'émission "plate" et "consensuelle" du simple fait que le père Grosjean, les deux animateurs, et moi, allions globalement dans le même sens (toi, tu parles d'ailleurs de "poudre aux yeux", de faux progressisme, d'absence de "contre-arguments", d'une émission dans le droit fil d'un "plan" de communication propagandiste catho... comme ceux qui croient à la théorie paranoïaque du complot. Ne manquerais-tu pas de confiance en l'Église, par hasard? :silly: ). Je ne partage pas cette idée, en tout cas. Déjà, des personnes ont le droit d'être d'accord, sans pour autant se rassurer les uns les autres, et se brosser dans le sens du poil (tu remarqueras d'ailleurs que les accords formulés n'étaient justement pas de la simple répétition des arguments de l'autre, mais à chaque fois une reformulation qui apportait des éclairages nouveaux : à la fois nous étions d'accord avec notre interlocuteur ET nous le déplacions avec nos propres idées). S'il n'y a pas eu de contre-argument entre nous (Mais le faut-il vraiment? Voulais-tu absolument une guerre? du sang, de la chique et du mollard?^^), je pense en revanche que les contre-arguments se trouvaient dans nos réponses individuelles mêmes, à savoir dans les nuances que chacun apportait (par exemple les nuances lexicales que j'ai données sur les mots "homosexuel" ou "homophobie" étaient très oxymoriques; par exemple la différence que j'ai faite entre "mieux" et "meilleur" était hiérarchisante et conflictuelle aussi ; par exemple le rappel du père Grosjean que l'amour va de pair avec l'exigence, c'est plein d'oppositions et d'ouverture à la fois ; par exemple l'insistance sur la liberté par rapport aux actes et aux désirs, c'est séparant et libérant, très nuancé et plein; etc.). En somme, toutes nos réponses étaient imprégnées de ces contre-arguments que tu crois absents. Tout le débat était mi-figue mi-raisin. C'est pour ça que, je le répète, cette émission reste pour moi très osée et révolutionnaire . D'ailleurs, si elle était aussi plate et consensuelle que tu le dis, susciterait-elle en 48 heures autant de réflexions, de réactions? (Tu verrais ma boîte mail... :whistle: ) Je ne pense pas. ;-) Susciterait-elle la force que tu as mise pour écrire ton mail?...
Le père Grosjean et moi, nous nous sommes bien complétés à l'antenne, alors qu'on n'a pas été "briefés" avant l'émission, et qu'on ne se connaissait pas du tout avant (j'avais vu le père Grosjean une seule fois en vrai, lors d'une de ses conférences, mais on ne s'était pas parlés directement. Il avait juste été touché par ma "Lettre à Paula" qu'il avait vu circuler sur Facebook, et qu'il a mis en ligne sur Padreblog. Là encore, il n'y a aucune "stratégie", "machination", "propagande récupératrice" ni "collaboration" suspectes :P )
Enfin, tu trouves que cette émission est habituelle, qu'elle ne sort pas du discours fermé de l'Église : Je peux t'assurer que des idées complètement inédites ont été prononcées, et que ça ne s'est jamais fait auparavant. Par exemple, l'avis ecclésial du père Grosjean sur l'entrée des séminaristes homos, personne ne s'est risqué à le donner devant des caméras avant lui ; le rapprochement - inconnu du grand public - que je fais entre personne homosexuelle soi-disant "assumée" et personne homophobe, c'est explosif, vrai, et pas du temps politiquement correct - je n'ai pas eu le temps de développer le sujet, mais j'aurais de quoi faire une émission de 5 heures rien que sur ça! - ; l'appel assuré du père Grosjean à la continence, même des prêtres cathos dans le secret d'un confessionnal, n'ont pas le courage de le prononcer!^^). Je t'invite donc à regarder à nouveau cette émission, pour mieux en comprendre la nouveauté, l'audace, pour mieux l'aimer.
Bien amicalement.
Philippe Ariño
P.S. : Sur ce que tu dis par rapport à certaines choses qui t'ont choqué pendant l'émission, je suis d'accord avec toi : à certains moments, je ne me suis pas reconnu dans ce qui a été montré non plus. Et tu as raison de le dire! L'émission n'était pas parfaite, et elle peut être sûrement améliorée.
Sois béni.
Philippe
Bon courage à tous ceux qui même ces combats, je prie pour vous.
Il est facile de se sentir pas tellement à sa place quand comme tu le dit, on a le choix entre le sacerdoce ou le mariage. J'ai même entendu des religieux affirmer que le célibat non consacré n'était pas une vocation pour l'Eglise... je trouve ça absolument affreux que l'on puisse dire que tous ceux qui ne sont ni mariés, ni dans les ordres, sont dans un entre-deux dangereux dans lequel ils ne peuvent pas s'accomplir. Et à mon avis, cela ne concerne pas que les personnes à tendance homosexuelle!
Je trouve que ce serait bien si des discours comme le tien, des véritables réflexions sur l'être humain dans toutes ses fragilités incarnées puissent être menées dans les séminaires...
Caroline
www.araigneedudesert.fr/page/lettre-a-soeur-paula.html
- par rapport au fait d'accepter dans un séminaire / monastère / couvent une personne ayant des "tendances homosexuelles", je suis très surprise que le point le plus évident n'entre pas en ligne de compte dans la discussion : si on ne met pas un homme à tendance homosexuelle au milieu d'hommes consacrés à Dieu (ou idem pour une femme), c'est de toutes façons en premier lieu pour la même raison que les couvents ne sont pas mixtes : pour aider à la continence et à la chasteté, pour la paix des âmes de tous! On ne laisse pas entrer dans un couvent une personne dont on sait qu'elle peut représenter un risque de séduction pour les autres ou souffrir un risque de séduction sexuelle elle-même. Ce n'est pas forcément pour rejeter l'accès à l'état religieux. Je suppose que si un homme ayant ces tendances voulait être religieux et ermite, on l'y autoriserait. N'est-ce pas évident?
Je crois que cela mettrait d'ailleurs merveilleusemen t en valeur le tour de force que la Grâce vous permet de réussir en vous montrant le chemin d'une plus grande sainteté à partir de ce que vous reconnaissez comme une faiblesse, une grosse pierre d'achoppement moral pour beaucoup…?
Car d’une part, la Gay Pride n’est pas réductible à des actes mauvais : il y a des personnes humaines derrière, il y a des vécus derrière, il y a des âmes belles et à respecter derrière, il y a des sincérités et des combats (Et, pour avoir connu plusieurs Gay Pride, je sais aussi par expérience que ce sont des événements plus inutiles que mauvais ; j’ai beau trouver la plupart de leurs slogans simplistes et navrants, à côté de ça, j’ai vécu de beaux moments d’amitié, de fête, pendant celles-ci ; la Gay Pride a les bénéfices d’un carnaval gentillet, alors pourquoi les lui retirer ?; je ne suis pas pour la suppression de la Gay Pride, mais au contraire pour qu’on lui donne du sens).
Je préfère le choix des mots dans le plus grand souci d'exactitude et de vérité que par concession à une interprétation possible. Le Christ a souffert de mauvaises interprétations mais il n'a pas fait de concessions.
Sur l'éducation, ce n'est pas une question d'éteindre la télé : nous n'en avons d'ailleurs pas! Mais les enfants des autres l'ont, et les marchands de journaux affichent les couvertures à sensation, il y a aussi des enfants qui vivent près du trajet de la GP etc. Je maintiens que pour le bien des petits, qui sont des faibles de notre société, les questions sexuelles et éthiques devraient être traitées en cercles plus privés, pas dans la rue. Quant au droit d'expression, une manifestation d'idées n'a pas besoin d'être aussi VISUELLE.
Merci beaucoup toutefois pour votre sincérité! vous êtes courageux!
j'apprécie votre façon de présenter l'homosexualité, et aussi votre façon de la vivre dans la foi.
Mais ayant fait le choix de la continence pour Dieu, vous ne mentionnez jamais dans vos articles et écrits une autre dimension de la vie homosexuelle, celle des couples homos chrétiens. Je suis un trentenaire heureux d'être en couple depuis bientôt 10 ans, et vivant sa foi dans le respect de mon compagnon et ayant à coeur d'avoir une vie spirituelle nourrie.
Je ne vis pas dans la continence bien sur, mais dans la chasteté, dans le vrai sens du terme. Je pratique les sacrements tache de mettre en action l'amour de Dieu à travers l'amour de mes frères et soeurs.
Cette vie en couple, homosexuelle, ne me rend pas malheureux et ne m'a jamais empêché de me sentir dans l'Eglise.
Dear friends ! I’ve just translated the « Letter to Sister Paula » in English and in spanish ! :-) If you know some latino or spanish people which could be interested about it, It’s got to be done ! ^^ (www.araigneedudesert.fr/page/letter-to-paula.html)