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Catholique et français toujours ?

Publié le 27 Nov 2015 à 13:00 Société 16 commentaires

Il fut un temps où brandir un drapeau tricolore et chanter la Marseillaise n’était toléré qu’au stade. Mais ça, c’était avant… Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, du moins que des barbares nous attaquent en plein Paris, ce funeste vendredi 13.

En à peine vingt-quatre heures, Facebook a versé dans un patriotisme digne de la fin du 19ème siècle, c’est-à-dire le plus cocardier qui soit. On a réalisé ce jour-là que ce réseau social rassemblait deux sortes de personnes : celles qui ne s’y connectent qu’une seule fois par semaine et qui n’étaient donc pas au courant et celles qui, face au tsunami tricolore, faisaient de la résistance… pour encore quelques heures. En ce jour d’hommage national, de nombreux drapeaux flottent aux fenêtres et pas seulement sur les bâtiments officiels.

Mais il y a mieux (ou pire ?). Le soir du 15 novembre, le cardinal archevêque de Paris préside une messe « à l’intention des victimes et de leurs proches et pour la France ». La cathédrale est comble ; le parvis est noir de monde. Le glas sonne, majestueux et solennel. Derrière la statue de la Vierge au pilier – celle de Claudel ! – en incrustation, nos trois couleurs nationales. Au premier rang, Madame le maire de Paris, un ancien Président de la République et plusieurs personnalités politiques de premier plan. A l’offertoire, comme à son habitude, le titulaire des grandes orgues improvise. Et, en à peine quelques accords (bien ronflants…. !), interprète une Marseillaise pas très discrète. La vidéo est encore en ligne.

Je ne suis pas historien. Mais c’est sans doute la première fois que l’hymne national fait office de musique liturgique. Pensez donc qu’à l’offertoire d’une messe catholique, c’est la musique d’un chant révolutionnaire qui a résonné, un chant qui implore qu’un sang impur abreuve nos sillons ! On ne pourra pas dire que cet offertoire-là n’était pas sacrificiel ! Tout cela s’est fait dans le consensus le plus unanime. Le comte de Chambord a dû se retourner dans sa tombe.

Chrétien et patriote ?

Derrière l’anecdote, se dessine certainement ce que des (fumeux) théoriciens du bon sens et du réel appelleraient « un nouveau paradigme ». Et ce paradigme, le voici : christianisme et patriotisme font à nouveau bon ménage. Jadis, nos parents chantaient : « ô Marie, ô mère chérie, garde au cœur des Français la foi des anciens jours ! Entends du haut du ciel, ce cri de la patrie : catholique et français toujours ! ». Le cantique, pas très subtil il faut l’avouer, fait sourire. La partition qui l’accompagne n’est d’ailleurs pas non plus très fouillée, c’est peu de le dire… Après tout, des générations entières ont chanté bien avant « Dieu sauve le Roi » (ou bien « l’Empereur », au gré du régime en place) accompagné des flonflons des fanfares, à grand renfort de cuivres et de tambours. La musique patriotique ressemble souvent au vin de table : du gros rouge qui tache.

Dans d’autres pays, on n’a pas du tout ce genre de complexe. Aux USA, Barack Obama – qui a prêté serment sur la bible – termine très souvent ses discours par un « God bless America ». Au Royaume-Uni, on implore Dieu afin qu’il sauve la reine. On ne fait pas mieux chez nos voisins helvètes (« Suisse, espère en Dieu toujours ! »), en Russie (« Tu es seule au monde ! Tu es unique ! Terre natale gardée par Dieu »), en Norvège (« Norvégien, dans tes maisons et tes cabanes, remercie ton grand Dieu ! ») ou en Afrique du Sud (« Que Dieu entende nos prières
 et nous bénisse, nous ses enfants d’Afrique »). Saint Jean-Paul II lui-même cultivait pour sa Pologne natale une sorte de lien charnel qui n’était pas sans surprendre. Certains l’ont même trouvé un peu contre-nature, à l’heure de la mondialisation et du village global.

Deux cadeaux

Il faut reconnaître que les Français d’aujourd’hui traînent quelques fardeaux : le clergé du 20ème siècle a souvent prêché un christianisme un peu hors sol. Après tout, « notre cité se trouve dans les cieux » dit saint Paul aux Philippiens (3, 20). Et du coup, pas ici ! De ce fait, une certaine méfiance pèse sur le patriotisme, encore accentuée par le poids de l’histoire et de ses heurts. Comment la seule Révolution française a-t-elle par exemple été soldée chez les cathos ?

Mais, dans les larmes et le sang, les terroristes du vendredi 13 nous ont paradoxalement fait deux beaux cadeaux. Celui de l’unité nationale d’abord, cette réalité toujours fragile et sans cesse à construire. Mais plus encore, ils nous obligent à savoir qui nous sommes, ce que nous voulons défendre et construire. Ici et là, des voix s’élèvent sans complexe et sans esprit partisan. Elles nous parlent de l’avenir de ce pays où nous ne faisons pas qu’habiter mais que nous construisons, siècle après siècle. Ce pays a son histoire, son ADN, son identité. Or, un pays qui ne sait pas d’où il vient, ne peut savoir où il va. Dans un vademecum qui sent à plein nez soit l’aveuglement, soit l’idéologie (ou les deux !), l’Association des Maires de France (AMF) montre qu’elle n’y a rien compris : à l’entendre, les crèches de Noël doivent disparaitre de l’espace public afin de favoriser le vivre ensemble ! Peut-être demain nous demandera-t-on de renoncer aussi à la mixité et puis – qui sait ? –  après demain à la démocratie ? Or, ce n’est pas en renonçant à nos valeurs, à notre identité et à nos racines que nous renforcerons le vivre ensemble. Moins nous sommes fermes sur nos valeurs, plus les radicaux considèrent avoir le champ libre pour répandre leur vision totalitaire du monde.

Donner à la France un supplément d’âme

En fait, l’AMF veut nous imposer une nouvelle équation : plus de laïcisme signifie pour elle moins de radicalisme. L’emploi massif du hashtag #prayforParis lui a donné tort. Plus de christianisme appelle bien au contraire plus de patriotisme !

Que nous apporte l’enfant Jésus de la crèche et, avec lui, le christianisme qui a façonné la culture occidentale ? Ce nouveau-né de Bethléem, qui semble tant déranger, vient non seulement nous révéler l’amour de Dieu pour le monde mais aussi nous apporter un regard nouveau sur l’homme raisonnable, icône d’un Dieu rationnel. Les paroles prophétiques de Benoît XVI à Ratisbonne [sur la motivation religieuse de la violence, en septembre 2006] résonnent encore à nos oreilles…

Plutôt que de cacher ou d’enfouir les racines chrétiennes de la France, ne faudrait-il pas – plus que jamais – les retrouver et les mettre à jour ? Elles lui donneront ce supplément d’âme dont notre pays a tant besoin !

 

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À propos de l'auteur :

Abbé Amar

43 ans. Diocèse de Versailles. Licencié en droit, Master de théologie, il est curé de la paroisse de Limay-Vexin (78). Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016). Depuis 2013, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).

  • Pierre Minnaert

    L’amour
    de la patrie n’est pas le nationalisme, c’est la même chose que celui
    de son village, l’attachement à son enfance, à des souvenirs, à une
    communauté et une culture. L’amour de sa patrie n’a en lui même rien de condamnable, comme tout amour il relève du choix libre de chacun.

    En revanche la patrie n’est pas une valeur, pas pas plus que la famille ou le travail. La fidélité, la loyauté, la liberté sont des valeurs. La patrie est une construction historique qui n’a pas le même sens partout, qui est une création assez récente à l’échelle de l’histoire, elle ne concerne pas l’Église, l’Église se voudrait patriote elle retomberait dans les dérives que l’on vit pendant la guerre de 14-18 ou Dieu était pour les uns français et pour les autres allemands. De même que l’on ne voit pas pourquoi au XVe siècle Dieu se serait mêlé du conflits entre la France et l’Angleterre.

    Quant à ce pays, il est historiquement et culturellement chrétien, et il l’est probablement encore pour longtemps, mais ses citoyens bénéficient du seul régime qui garantit leur liberté de conscience et leur égalité, c’est à dire la laïcité.

    On dit que De Gaulle ne communiait pas quand il était à la messe en tant que Président de la République car si l’homme de Gaulle avait une religion le Président de tous les Français n’avait pas à en avoir. Il serait choquant que l’on l’invoquât Dieu dans les cérémonies officielles alors qu’une part de nos concitoyen est athée ou polythéistes.

    Les crèches dans les mairies ne me choquent pas, peut-être aurais-je une autre réaction si j’avais une autre religion, mais elles ne me choquent pas parce que je pense que Noël est aujourd’hui dans ce pays plus une des fêtes de fin d’années qu’une fête chrétienne et que la crèche fait partie de ce folklore de fin d’année sans signification religieuse.

    On peut le déplorer en tant que croyants mais c’est la seule raison qui peut rendre une crèche acceptable dans un bâtiment public. Les impôts de mes concitoyens n’ont en aucun cas à financer la croyance d’une partie de la population alors qu’ils en confessent une autre ou estiment que c’est une absurdité.

    • RH

      « Il serait choquant que l’on l’invoquât Dieu dans les cérémonies officielles alors qu’une part de nos concitoyen est athée ou polythéistes. »

      Faut il mieux choquer Dieu ou choquer les hommes ?

      A Noel prochain, lorsque toute la famille sera réunie, si votre frère est fâché avec son Père, personne ne devra parler à ce Père pour ne pas choquer son fils brouillé.

      Super ambiance.

      Passez quand même un joyeux Noël !

      « L’erreur dominante, le crime capital de ce siècle c’est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu » (Cardinal Pie)

      « Le salut de la France ne peut être obtenu que par la reconnaissance du règne du Christ sur la nation » (St Pie X)

  • JeanGuiraud

    « « ô Marie, ô mère chérie, garde au cœur des Français la foi des
    anciens jours ! Entends du haut du ciel, ce cri de la patrie :
    catholique et français toujours ! ». Le cantique, pas très subtil il faut l’avouer, fait sourire. »
    En avril 1917, ce chant a résonné sous les voutes de Notre Dame de Paris, lors de la messe des conscrits de l’année… à 19 ans, mon grand-oncle y assistait et le chant ne l’a pas fait sourire… à la Toussaint 1917, il chantait ce même cantique, au front, sur les tombes de ses camarades, il ne souriait toujours pas… le 29 mars 1918, vendredi saint, il disparaissait au combat. Il a définitivement arrêté de sourire…
    Alors désolé, mais personnellement ce cantique ne me fait pas sourire, il m’émeut profondément car il symbolise le sacrifice de tant de chrétiens pour une patrie qui, pourtant, les rejetait assez violemment (y compris durant le conflit : la pseudo « union sacrée » n’étant qu’une invention post-conflit)

    • RH

      Oui, ce qui fait sourire c’est plutôt les trois quarts des chants neuneus qu’on se tape à la messe du coin tous les dimanches, autant sur la mélodie que sur les paroles… Auxquelles s’ajoute une mémère qui mouline des bras pour ajouter le ridicule visuel qui manquait…

      Et attention, rire sur nos ancêtres ça peut faire bobo… certains groupes de rock par exemple rigolent sur leurs ancêtres qui croyaient en Satan et en font des chansons…

      • xmg

        Choisissez mieux votre paroisse, ou alors investissez-vous dans l’animation liturgique ! Il n’y a pas que des mémères et des chants neuneu partout, loin s’en faut ; et depuis vingt ans les chants des communautés nouvelles ont sacrément renouvelé le répertoire !

        • RH

          Si on est dans une grande ville on peut choisir sa messe oui… Mais est-ce bien normal d’en arriver à devoir choisir sa messe ??

          Bref vu la pauvreté liturgique navrante de la plupart des paroisses depuis 40 ans, se foutre de la gueule d’un chant d’autrefois questionne quand même au niveau santé mentale, avec tout le respect dû à l’abbé.

          Si j’étais un jeune en quête de spiritualité, entre une mosquée et l’église du coin, ya pas photo. A l’époque de ce chant, je pense qu’il n’y avait pas photo non plus, mais dans l’autre sens !

        • Jean-Michel

          RH est le genre de type qui n’a pas mis les pieds dans une église depuis son baptême et qui reste avec des clichés typiquement d’athées

          • RH

            Comme disait un prêtre que j’aime bien: « Les athées, j’y crois pas. »
            ;o)

        • pascal guillot

          ne pensez-vous pas que le terme « animation » est en soi un problème ?

      • JeanGuiraud

        Eh bien, je dois être un spécimen rare car les chants neuneus des années 70 évoquent tellement mon enfance qu’il m’arrive de les regretter ! Evenou shalom.. pendant la communion et Allez vous en sur les places… pour l’envoi… nostalgie de l’enfance que vous voudrez bien excuser 😉

        • RH

          J’aime beaucoup Evenou shalom, mais plutôt autour d’un feu de camp le soir, ou en pélé pour se rebooster !

        • pascal guillot

          Le linguiste, psychanalyste et jésuite Michel de Certeau invitait, après mai 68, à penser (à panser ?) la question de la parole libérée à un moment où le langage était (déjà) en crise … alors oui Jean Guiraud ô combien vous dites juste… il faut lire les sites des organistes pour entendre ce malheur. J’en connais d’ailleurs, et non des moindres, qui n’aspirent plus à accompagner les messes.

  • Jean-Michel

    C’est curieux ce que vous dites là mon père ,et tellement vrai.
    brandir un drapeau français et chanter l’hymne national était curieusement mal vu en France, avant les attaques des suppôts diaboliques .
    Etonnant car ce phénomène avec cette fameuse date était mal vu comme si nos compatriotes avaient une certaine honte d’être français,et ceci est inédit dans le monde, aussi en période normale, simplement aux USA, en Belgique, en Allemagne il y a des drapeaux de partout, aux balcons, aux fenêtres, et même sur le toit des voitures particulières en Allemagne !

    https://kochenindeutschland.wordpress.com/tag/german-flag/

    ceci serait mal vu en France ,où la voiture serait vite vandalisée croyant avoir affaire à des pseudo nationalistes, voire facistes.

    On peut bien sûr être patriotes et catholiques, l’un n’en interdisant pas l’autre, d’ailleurs le Seigneur Jésus n’a t il pas prit part et cause pour la France en demandant par l’archange Michel de boutter « l’anglois » hors de France qui était la fille ainée de l’Eglise à Jeanne d’Arc?

    fille ainée de l’Eglise?

    c’est vrai qu’aujourd’hui c’est plus devenu la fille ainée de l’athéisme!

    casser du pape, du catholique, et du croyant est aujourd’hui tendance et largement dans les têtes, les moqueries blasphématoires ,type crussifix dans de l’urine, des pseudo pièces de théatre « Golgota pic nic ,où la passion du Christ est ridiculisée et le visage du Christ bombardé de peinture, il faut bien que l’art s’exprime!!
    mais pas de crèches dans les mairies, ça choque les petits yeux sensibles des athées, par contre la nuit du ramadan à la mairie de paris ça oui, c’est normal cqfd.

  • Jean-Jacques

    Bel article. Il est en effet regrettable qu’en France, le fait de se référer à Dieu lorsqu’on est un responsable politique, soit « tabou ». 1905 est passé par là…

  • Stéphane Testa

    Liberté : Dieu nous laisse libre, Égalité : Jésus parmi nous, Fraternité : de l’Esprit Saint…Il faudrait rappeler plus souvent nos racines chrétiennes, et surtout en être fiers !

  • Ronnie Jour De Fête

    Je suis née au Mexique. Le Mexique est un pays catholique, et là bas, tous les lundis, on fait l’honneur au drapeau Mexicain et au pays. Je ne vois pas en quoi c’est mal d’être patriote et catholique. Alors soyons français et cathos!