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L’euthanasie, une mauvaise réponse à de vraies questions

Publié le 11 Juin 2014 à 13:13 Éthique 4 commentaires
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Padreblog est heureux de pouvoir donner la parole à un médecin confronté dans son quotidien à la souffrance et à la mort. Le Docteur C., médecin urgentiste, père de famille, partage avec nous son sentiment sur l’euthanasie : selon lui, elle est une réponse aveuglante qui occulte de vraies questions.

Padreblog : que diriez-vous à ceux qui accusent les chrétiens de glorifier la souffrance ?

Docteur C. : c’est absurde. La souffrance est insupportable pour tout le monde ! Tant pour celui qui souffre que pour ceux qui l’entourent. La souffrance désarme et déforme. Elle désarme car rien ne l’explique et ne la justifie. Et elle déforme car elle change le visage et le corps au point d’en déformer la personne toute entière, en la rendant parfois méconnaissable.

En fait, on peut dire que la souffrance est une maladie contagieuse. Elle fait souffrir bien au-delà du malade lui-même. Elle emporte avec lui sa famille et l’ensemble des soignants. Mais c’est la souffrance qu’il faut combattre. Bref, c’est la souffrance qu’il faut tuer : pas le malade !

Padreblog : supprimons la souffrance et tout est réglé ?

Dr. C : non. Il y a aussi une autre bataille à mener : celle de la solitude. Car même entouré, même aimé, celui qui souffre reste bien seul. Seul à mesurer ce mal qui le ronge, seul à le porter intensément dans sa chair, seul à vivre profondément cette injustice. Mais à bien y regarder, l’accompagnant vit lui aussi cette solitude. Qu’on soit soignant ou membre de la famille, on reste seul face à la peur de mal faire, seul face à ses maladresses, seul face à cette injustice qui affecte l’être aimé. Seul, enfin, face à notre impuissance et aux limites de notre humanité.

C’est bien cette double solitude qu’il faut combattre, celle du souffrant et celle de son accompagnant. Tuer le malade en rajoutera même une troisième : l’absence de l’être aimé.

Padreblog : on a l’impression que l’euthanasie est une question moderne, qu’on ne se posait pas avant. Pourquoi ?

Dr. C  : parce que ce monde a peur ! Plus qu’hier, notre époque est rongée par deux maux : l’individualisme et la toute puissance. L’ombre de la mort plane au-dessus de nos têtes, sans qu’aucun de nous n’ait de maîtrise sur le « quand » et le « comment ». Personne ne parvient à maîtriser la fin de sa vie. Cela nous remet à notre juste place et à notre condition réelle : celle de notre faiblesse et de notre dépendance. Cela nous est difficilement supportable. On nous fait croire que donner la mort serait une preuve d’amour. Or c’est une inversion de l’amour, et même une inversion de l’étymologie. Car « euthanasie » veut dire « mourir bien », c’est-à-dire entouré, aimé, aidé et accompagné.

Padreblog : quelle action concrète nous conseillez-vous ? Quel engagement?

Dr. C : d’abord, celui de l’attention à l’autre. Celui de l’intérêt porté à nos proches et au souci du souffrant. Visitons nos malades, accompagnons-les, relayons-nous à leurs côtés, ouvrons-leur nos portes, associons-les à nos sourires et à nos joies ! Mobilisons nos énergies auprès de nos parents et grands-parents, portons sur nos épaules une partie de leur âge et de leurs rides ! Ensuite, et plus que jamais, l’engagement de la formation. Mais pas une formation académique qui pourrait être fastidieuse. Apprenons simplement à remettre les mots à leur juste place et à en comprendre le sens. Par exemple, « l’exception d’euthanasie » est un pied dans la porte. Et un suicide « assisté », même joliment habillé dans des centres aseptisés, reste un suicide donc un échec.

Pour chercher à minimiser les inquiétudes suscitées par l’euthanasie, on a parlé de «situations d’exception» , évoqué des garde-fous, des décisions collégiales, etc. Pour être franc, ces soit-disant garanties m’inquiètent plus qu’elles ne me rassurent. Non pas que je refuse les décisions collégiales – ou que je doute de la sagesse des personnels soignants – mais parce que l’expérience des dernières années montre que d’étape en étape, d’acquis en acquis, on transforme sournoisement un recours exceptionnel en un droit. Le médecin que je suis se refuse à voir « l’exception d’euthanasie» devenir le « dû » de demain.
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