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Loi santé : quelle humanité ?

Publié le 15 Avr 2015 à 09:23 Éthique 20 commentaires

Mauvaises nouvelles pour la vie… La Loi santé a été adoptée à l’Assemblée Nationale. Elle a pour but de « moderniser notre système de santé ». Mais derrière les mesures se cachent de dangereuses menaces pour la dignité de la personne. Revue de détail et points de repères, en espérant que le passage de cette loi au Sénat la modifie de fond en comble.

Avortement : banalisation et précipitation

Commencer à réfléchir serait un frein, « infantilisant et stigmatisant » a dit une députée. Du coup, l’un des derniers verrous qui pouvait encore aider les femmes à choisir la vie vient de sauter. Il ne s’est trouvé que 22 députés pour s’opposer à la suppression du délai de sept jours entre deux rendez-vous préalables à tout avortement. Ce délai permettait aussi aux mères, trop souvent abandonnées face à l’annonce d’une naissance si difficile à assumer, d’en parler aux pères concernés, de trouver de l’aide, de prendre du recul. Désormais, comme le souligne preuves à l’appui Jean-Pierre Denis du journal « La Vie », pour un crédit bancaire, pour acheter une nouvelle voiture ou pour refaire son nez, on peut réfléchir. Mais pas pour avorter.

La culture de mort dénoncée par saint Jean-Paul II dans Evangelium Vitae se répand ainsi toujours plus. Elle repose sur deux logiques :

– la première, c’est de banaliser toujours plus l’avortement. Pourtant, lors des débats de 1974, Simone Veil déclarait elle-même : « aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement (…). C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame ». Faire de l’avortement un acte anodin et sans conséquences, c’est nier la réalité. Les femmes qui ont eu recours un jour à cette intervention savent et sauront toujours que ce n’est pas une opération comme une autre. C’est une blessure à laquelle nous autres chrétiens ne pouvons rester insensibles. Comme on ne peut non plus rester insensible à la détresse de ces mères, désormais empêchées de prendre du recul et à qui on ne propose aucune autre alternative que de supprimer l’enfant qu’elles portent. Plus seules que jamais, ces femmes auront encore plus besoin de notre compassion et de notre soutien pour faire face à l’urgence. Des œuvres comme la « Maison de Tom Pouce » trouvent encore plus leur justification.

– l’autre logique, c’est de consacrer légalement un mensonge : faire croire qu’un embryon est un amas de cellules et non un être vivant à respecter comme une personne. Or, aucun scientifique de renom n’osera écrire que l’embryon n’est pas un être humain. Il faut protéger le petit homme, « le petit d’homme » disait le Pr Jérôme Lejeune dans un procès retentissant au cours duquel il avait pu affirmer que l’embryon est un être humain. Dès la fusion des gamètes en effet, dès la conception, toute l’information génétique humaine et la structure moléculaire du zygote sont données. C’est la raison pour laquelle, on ne peut pas non plus faire de la recherche sur l’embryon qui devient alors un objet. Un être humain ne peut pas être utilisé par d’autres et pour d’autres.

Salles de shoot : la fausse compassion

C’est la dernière trouvaille en matière d’accompagnement d’un fléau qui enchaîne des jeunes et brise des vies : la salle de shoot. L’Etat organise la misère humaine : au lieu d’aider les drogués à s’en sortir, on va les aider à se droguer mieux. Ainsi, les injections seront « supervisées » et effectuées dans de bonnes conditions sanitaires et d’hygiène en présence d’un personnel formé. Il sera aussi possible d’y échanger les seringues. Par contre, la drogue ne sera pas fournie aux usagers.

Pour faire passer la chose, on utilise deux procédés assez classiques :

– l’expérimentation : pour six ans, le temps d’endormir les consciences. On pense peut-être qu’après quelques années d’expérience, les gens auront oublié ou se seront habitués ?

– le changement de nom : c’est vrai que « salles de shoot » ne passe pas très bien. On évoque donc des « salles de consommation à moindre risque » ; ça sonne mieux, non ? C’est comme « bébé de la deuxième chance » au lieu de « bébé-médicament » ou « nounou prénatale » au lieu de « mère porteuse ».

Mais ce qui est choquant, c’est qu’on assiste à une tragique inversion des valeurs, qui fait d’ailleurs réagir nos évêques : « la loi doit poser des limites et non pas proposer des transgressions. Le risque d’émettre un mauvais signal, notamment, à destination des jeunes ne peut pas être couru ainsi (…) Les efforts de l’Etat doivent plutôt porter sur deux volets : la prévention et l’accompagnement des personnes dépendantes ».

Ce projet banalise la drogue et prône la déresponsabilisation des consommateurs. Or, les acteurs qui accompagnent les toxicomanes savent que les seuls remèdes sont le sevrage et la désintoxication. La salle de shoot ne peut pas être une étape vers celle-ci. Au contraire, en mettant à disposition des toxicomanes un matériel stérilisé et gratuit, on rend le personnel médical complice d’une addiction. On se donne bonne conscience en se disant que tout cela se passe dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité qu’ailleurs, mais – au final – on collabore à une œuvre de mort. Pour se faire comprendre, le député de Vendée Yannick Moreau a osé une comparaison très parlante : « la salle de shoot, c’est comme un changement de classe à bord du Titanic : au lieu de se droguer en fond de cale, on le fait en première classe ! ».

Au fond, ce projet de salles de shoot, c’est proposer aux usagers de continuer à se détruire à petit feu tout en préparant les pansements. Dans les évangiles, on ne voit jamais le Christ enfermer quelqu’un dans son mal, mais au contraire d’ouvrir à la conversion, à puiser au fond de son âme la force de se relever et de repartir. Or la vraie charité et la vraie compassion n’est-elle pas d’aider les drogués à s’en sortir, et non de les aider à se droguer mieux ? Là aussi, des œuvres existent. Il faut les soutenir.

Don d’organes : liberté et générosité sacrifiées

Le don d’organes est rendu quasiment automatique. De fait, à moins que vous n’ayez explicitement déclaré et manifesté votre désir de ne pas être donneur, il est désormais possible de venir prélever sur votre cadavre votre foie, votre cœur ou vos reins.

Pour nous, chrétiens, c’est inverser la logique du don qui veut toujours qu’il soit libre et volontaire. Avec cette mesure, le corps humain tombe dans le domaine public. C’est une appropriation collective et sociale des corps qui fait heureusement réagir, bien au delà des cercles de l’Eglise, comme par exemple des représentants du corps médical qui s’alarment : « on ne donne plus le choix ; on se sert » disent-ils.

L’Eglise n’est pas contre le don d’organes. On avait même découvert que Joseph Ratzinger lui-même, le futur Benoît XVI, avait une carte de donneur. Mais une mesure visant à présumer le consentement de tous est une violence faite aux familles, au moment où elles vivent un deuil, avec ce qu’il peut parfois avoir de brutal, d’imprévu ou de révoltant. « Après tout, une fois mort, peu importe ce qu’on fera de mon corps ! » penseront certains. Mais se passer de la consultation de la famille accentuerait une tendance qui priverait le prélèvement d’organes de sa logique solidaire : le désir d’un don volontaire. C’est sacrifier la liberté et la dignité personnelles au profit d’un mythe dangereux : celui de la santé parfaite.

Toutes ces tentatives de déshumanisation se déroulent sous nos yeux. Elles ne doivent pas nous décourager, bien au contraire. Le chrétien est un disciple passionné de l’espérance et du pardon. Il sait que le Christ s’est fait notre serviteur, notre esclave, qu’il s’est mis du côté du plus petit, le pape François nous le rappelle souvent. Ce monde attend notre témoignage : puissions-nous, au nom des petits et des plus faibles qui sont silencieux, être la voix des sans-voix. Celle qui réveille les consciences et les cœurs ! « Triste France… » diront certains. Mais refusons de rester dans cette attitude négative et décidons de parler de tout cela autour de nous pour alerter, en parler, éveiller les consciences, expliquer sans cesse !

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À propos de l'auteur :

Abbé Amar

43 ans. Diocèse de Versailles. Licencié en droit, Master de théologie, il est curé de la paroisse de Limay-Vexin (78). Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016). Depuis 2013, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).

  • Chantal Megglé

    Le plus incroyable dans tout ça, c’est que la loi ait été votée assez largement, alors que la majorité à une courte tête d’avance à l’Assemblée Nationale. Ce qui veut dire que les députés de droite aussi étaient favorables à ce texte. Et c’est ce qui me navrent le plus. Je veux dire par là que nous nous faisons de belles illusions quand nous pensons que tous ces textes, y compris la loi sur le MPT pourraient être abrogés…
    Triste France où les enfants, ou les futurs enfants à naître sont maltraités. Triste France où les toxicomanes sont autorisés désormais à détruire leur santé dans des salles prévues pour ça. Triste France où les médecins pourront maintenant prélever les organes de vos proches décédés sans même vous demander ce que vous en pensez. Triste France ! Mais je le refuse à rester dans cette attitude négative et je décide de parler de tout ça autour de moi pour aviver la conscience de « mes » jeunes. En parler. Éveiller les consciences. Expliquer sans cesse. Voilà je crois une attitude qui permet d’avancer …

  • Annick Rousseau

    Je ne sais si l’on peut commenter de telles propositions
    On a l’impression d’être dans un mauvais rêve,dont on va se réveiller meurtris et ahuris.
    Et tout se passe comme par derrière le dos des
    Français, annoncé par quelques esprits mal formés,et sans souci du respect non simplement des vivants mais des morts…mais de tout être ,
    dans tous ses actes.
    Il y a de quoi être complètement horrifié .
    Nous le sommes.

  • Tous des renégats ,aucuns respect de la famille
    Ni de l’être humain.aussi bien droite que gauche
    Dégoûtée de tous ces gouvernants.
    Que le Dieu de miséricorde et d’Amour nous vienne vite en aide au secours!!!!!

  • Grandpierre François-Xavier

    Bonjour,
    Je comprends votre position par rapport aux salles de shoot, j’ai eu la même lorsqu’on nous a soutenue ce projet en école d’éducateur spécialisé. Cependant, l’affaire est plus complexe que cela car le seuvrage par la simple volonté et très difficile à acquérir (plus que pour la cigarette) et les cures de désintoxications ne fonctionnent que très rarement.
    Il existe une troisième alternative que vous ne soulignait pas dans l’article pour arrêter une consommation régulière de drogue. Il s’agit de passer par des drogues de substitution. Ces drogues contiennent les mêmes agents actifs qui poussent au manque mais elles ne provoquent pas de sensations hallucinogènes par exemple. En utilisant ces drogues de substitution, vous comprendrait alors que l’usager peut mettre de côté sa propre drogue et donc ses effets les plus nocifs (notamment au niveau des neurones). Étant donné que la drogue de substitution n’accorde pas les effets escompté, la personne mettra plus de sens et plus de conviction à mettre un terme à sa dépendance.
    Ainsi, le projet de mettre en place de salle de shoot, consiste à accompagner les personnes par des professionnels formés pour les aider à passer à une drogue de substitution puis à l’arrêt total de consommation.
    Ce processus a déjà fait ses preuves dans certains pays scandinaves et se répand peu à peu.
    Prions pour ces personnes qui sont en grande détresse et agissons!

  • Thib

    Bonjour Père,
    Je ne comprends votre position sur le don d’organes. Certes, avec la nouvelle loi, on ne pourra plus vraiment parler de « don » en tant que tel puisqu’il sera automatique sauf en cas de refus. Néanmoins, si cela peut permettre de sauver une vie, pourquoi s’y opposer ?
    L’Eglise nous enseigne-t-elle pas que nous aurons un corps céleste au paradis et que, quelle que soit notre vie sur terre, un cul de jatte retrouvera ses jambes et un aveugle la vue ?
    Ainsi, dans la souffrance d’un deuil, notamment lorsque celui-ci est soudain, la question délicate du don d’organes du défunt est embarrassante. En prenant les devant, le médecin pourrait sauver une vie sans intervenir auprès de la famille.

    Connaissant une personne ayant bénéficié d’une greffe, mon jugement est sûrement biaisé, mais il me semble que la vie d’un malade prime sur l’apparence physique d’un mort.

    Merci de votre réponse

    • Guy Besnard

      Le problème éthique du prélèvement d’organes sur donneur décédé est lié aux contraintes techniques de sa réussite (l’organisme doit être encore vivant au moment du prélèvement) et donc aux critères de décès cérébral.
      En pratique, on sera poussé à accélérer un peu les choses pour ne pas abîmer ou gaspiller une greffe, ce qui pourrait coûter très cher notamment au receveur.

  • Stephane

    Si je partage d’autres points de vue exprimés dans votre article, celui sur les salles de shoot me rend perplexe.
    Vous parlez de culture de mort.
    Mais la vraie culture de mort, serait plutôt la consommation de drogue injectable, dans la rue, des toilettes, au coin d’un immeuble. Le sordide s’ajoute à la crasse.
    Sans oublier le désespoir qui meut ce geste.

    On peut résumer ces salles, «en salles de shoot»… Effectivement il y aura des shoots.
    Mais la réalité de «salles de consommation à moindre risque» est inscrite dans leur action.

    D’abord il de rencontrer des hommes et des femmes, souvent en déshérence… Déshérence de leur condition humaine, de leur qualité et de leur patrimoine / héritage qui pourraient les projeter vers un avenir autre. Donc le terme de déshérence est choisi à bon escient.
    Il s’agit de refaire du lien social, avec ceux et celles qui n’en ont que très peu.

    Secondairement, mais tout aussi important, il s’agit de limiter les contaminations par différents germes (VIH, hépatite…), par des conditions d’hygiène respectées, et une éducation à les respecter.
    Et en parallèle, cela nous protège tous… en évitant que seringues et aiguilles se retrouve sur la voie publique.

    Pour des personnes déjà en difficultés avec une substance toxique et une consommation désordonnées, une contamination par un virus, serait encore plus problématique (examens à suivre, respect et compliance aux traitements…).

    Tout cela s’accompagne aussi de messages positifs vers l’idée du sevrage.
    Parfois, pour commencer une démarche en ce sens, il faudra dix, vingt, ou trente… regards, paroles, discussions, rencontres. L’essentiel est de croire en l’autre et en ses capacités.

    Donc par ces quelques arguments, vous voyez que nous sommes très loin d’une culture de mort.

    Ainsi je trouve dommage de ne pas manifester un peu d’audace en saisissant cette complexité, qui dépasse l’expression «salle de shoot».

    Bien au contraire, j’arrive, de façon brève, à vous démontrer tout le contraire (en connaissant un peu le sujet).

    Il s’agit d’ACCOMPAGNER LA VIE, dans toutes ses vicissitudes.

    • jo

      Stéphane : Je comprend ce que vous voulez dire lorsque vous parlez de rencontre avec les drogués… Mais vraiment, il me semble impossible de nous rendre complice de la drogue: il y a d’autre moyen de les aider, celui-ci n’en est pas un qui soit acceptable. Lorsque l’on connaît les ravages de la drogue, l’idée même d’organiser sa diffusion est révoltante.
      Le même principe avait été utilisé pour l’avortement: on nous disait que c’était pour éviter les catastrophes des avortements clandestins. Résultat? chaque année plus de victimes… L’enfer est pavé de bonnes intentions.

    • Denis

      Personnellement je suis très septique devant cet angélisme en faveur des salles de shoot ! Ces salles sont un peu les maisons closes de la drogue ! Je doute qu’elles soient plus salubres que les bordels .

  • Je vous lis avec beaucoup d’attention, d’intérêt, mais le candidat Hollande « Moi président » et toutes ses promesses nous ne serions pas où nous en sommes, et ce n’est pas fini…

    Triste, France, oui, très triste France, fille aînée de l’Eglise….

    Vous donner mon sentiment sur chacun de sujets évoqués ci-dessus serait long et peut être fastidieux pour certains, aussi je vous rappelle ces quelques mots de Jésus: « Là où 2 ou 3 prient ensemble, je suis au milieu d’eux ». Prions, prions, je crois à la force et l’efficacité de la prière, à la communion des saints. Confions notre triste France à Marie afin qu’elle intercède pour nous

    « Vous allez recevoir une FORCE, celle de l’Esprit Saint, qui descendra sur vous, alors vous serez mes témoins » (Ac. 1-8). Soyons témoins de notre Foi et crions sur tous les toits notre désaccord avec « Moi Président »…

  • Denis

    Non seulement l’Etat glouton nous prive quasiment de pouvoir transmettre notre maigre patrimoine quand il y en a à nos enfants mais en sus il se permettra de dépecer nos dépouilles sans vergogne sous prétexte de faire des greffes ! Nous sommes en plein cauchemar !

  • OROU Raymond

    J’ai lu l’article avec beaucoup d’attention et d’intérêt et je bénis le Seigneur pour toutes vos publications mon Pèrr et les differentes réactions des frères et soeurs. Mon souhait est que vous puissiez répondre souvent aux differentes questions posées.
    Je partage entièrement l’idée de Colombe et je propose qu’on puisse organiser par exemple une neuvaine sur hozana ou notre dame du web sur ces intentions car oui c’est maintenant le jour favorable,oui cest maintenant le jour du salut oú nous seront exaucés si nous élevons la voix vers le PERE d’un seul coeur.

  • XavDeb

    Désolé mon père, mais je trouve votre commentaire du don d’organe automatique franchement léger et faible intellectuellement.

    Le danger de cette mesure n’est pas d’abord de priver le donateur de sa logique solidaire, comprenez : la beauté du don.

    Non, cette loi est la plus grave de notre civilisation moderne. mais elle demande certes de sérieux renfort d’anthropologie (ce qui définit une civilisation est précisément l’attention porté au corps des morts), de philosophie (je suis mon corps) et de théologie (non, nous ne sommes pas une âme enfermée dans un corps).

    Il a fallu détruire dans les pensée ces trois fondamentaux pour aboutir à cette loi incroyable qui nous dépossède de nos propres corps

  • Runvald

    Quel dommage, dans un texte bien construit, d’utiliser des approximations… qui pourraient laisser penser à une partialité (voire une « désinformation ») et donc un article militant plutôt qu’à une analyse construite… (mais peut-être est-ce le cas ?)

    Sur l’IVG :

    D’accord pour dénoncer l’attitude abjecte qui consiste -quelqu’en soit le sujet d’ailleurs- a empêcher le peuple (et plus particulièrement les personnes directement concernées) de réfléchir…

    Cependant, à propos de la phrase « faire croire qu’un embryon est un amas de cellules et non un être vivant à respecter comme une personne. », je crois qu’il y a là une confusion importante.
    L’embryon -qui n’a pas ses principaux organes de formés- est distingué du foetus.
    Le mot « embryon » est d’ailleurs utilisé dans le langage courant dans d’autres domaines (on parle « d’embryon de projet » par exemple pour désigner un projet qui à peine ébauché) alors que ce n’est pas le cas du foetus…
    Et, si la « pilule du lendemain » consiste à empêcher la nidation d’un embryon (à un stade où il s’agit bel et bien d’un « amas » de cellules, groupées mais non formées), un IVG à 10 ou 12 semaine consiste à retirer un foetus, être organisés et aux principaux organes formés (et tout au plus, un embryon « tardif » si aux alentours de 6-8 semaines)

    Ensuite, et quoiqu’il en soit, si « aucun scientifique de renom n’osera écrire que l’embryon n’est pas un être humain. », encore faut-il s’entendre pour savoir ce que l’on met derrière le terme « être humain »…
    S’agit-il d’un être vivant appartenant à l’espèce humaine ?
    Ou bien d’un individu, doté d’une personnalité, d’une individualité ?
    Dans le premier cas, s’arrêter à cette définition supposerait l’interdiction -puisqu’il en est question par la suite- du don d’organe puisque celui-ci s’effectue sur un individu déclaré décédé mais sur un corps qui est, lui, globalement bel et bien vivant -a l’exception donc de la partie cérébrale- (du moins pour quelques instants et sous réserve de rester « branché »). Et donc sur un « être humain ».
    Dans le second cas, cela pose la question de la définition de l’individu / de l’individualité. (dans le cas du don d’organe, c’est bien cette notion qui est utilisé : corps encore vivant mais individu, personnalité, personne humaine décédée)

    Sur le don d’organe :

    Affirmer sans autre précisions :
    « à moins que vous n’ayez explicitement déclaré et manifesté votre désir de ne pas être donneur, il est désormais possible de venir prélever sur votre cadavre votre foie, votre cœur ou vos reins. »
    N’a rien de choquant pour celui qui n’est pas interpellé par les pratiques actuelles…

    En effet, ce que vous décrivez là, c’est DEJA la pratique actuelle : toute personne est présumée donneuse sauf à être inscrit sur le registre national des refus, seul moyen ferme et indiscutable d’affirmer son opposition au don.
    La différence est qu’aujourd’hui, il n’y a aucun moyen d’affirmer de façon ferme et indiscutable sa volonté de donner… Et la famille se trouve toujours interrogée. Or, ce questionnement a lieu à un moment particulièrement douloureux et ce d’autant plus que les donneurs potentiels sont souvent issus de morts violentes et inattendues, et que cette question est posé dans l’environnement froid d’un hôpital (le prélèvement devant se faire rapidement et le consentement donné, donc, rapidement; il n’y a que peu de temps de « laisser le temps » à la famille et de trouver un autre lieu pour en discuter)
    Résultat : malgré des statistiques qui indiquent que les français sont très largement favorable au don, beaucoup sont refusés parce que, sous le choc, mal informée, mal préparées, les familles refusent !

    Sans doute d’autres moyens aurait été possibles, tels que donner une valeur légale à la carte de donneur (qui n’a pas cette valeur légale et n’est qu’une « aide à la décision » pour la famille).

    Mais n’empêche: affirmer qu’on serait « désormais » présumé donneur est une désinformation puisque c’est DEJA le cas.
    Ce qui change, c’est que la famille ne serait plus systématiquement interrogée, mais seulement « informée »…

    Notons aussi qu’il est envisagé que le registre national des refus ne soit plus le seul moyen exclusif d’exprimer son refus d’être donneur, mais qu’il n’en serait désormais que le « principal ». Un « simple » décret à venir donnant les autres modalités possibles d’exprimer son refus (un décret à venir avant la loi, puisque celle-ci entre en application en 2018 alors que le décret doit arriver avant 2017)
    Donc, s’il n’est plus possible aux autres de prendre des décisions à notre place (après tout, cela n’incite-t-il pas à la responsabilité de soi-même ?), les moyens d’exprimer sa volonté seront facilités.

    Je ne dis pas que la loi votée est parfaite ou idéale.
    Je tenais néanmoins à apporter un peu de modérations à des propos qui, tant d’un côté que de l’autre, ont tendance à être binaires et/ou caricaturaux…

  • Abbé Amar

    Merci à tous pour vos nombreux commentaires et vos apports fort intéressants !
    On touche de près, selon moi, la difficulté d’un billet sur le web. Il faut faire court afin d’être lu in extenso.
    En rédigeant, je me suis auto censuré afin de rester bref et de garder la dynamique du propos.
    Pour autant, il me semble que les liens ouvrent à la réflexion… sans parler de vos commentaires ! Bref, une belle expérience de web 2.0 ! Cordialement, Abbé PA

  • Solenn

    Bonjour monsieur l’abbé et merci pour ce billet.

    Toutefois je me joins aux remarques faites précédemment concernant le don d’organe. Dans l’état actuel des choses, à moins que la personne décédée ait explicitement fait connaître son souhait à ses proches, c’est la famille qui décide.
    Or, la famille n’est pas toujours dans un état émotionnel suffisamment stable pour prendre une décision raisonnée. Et par ailleurs, dans le cas du décès d’un adolescent ou d’un jeune majeur, la question ne s’est probablement jamais posée. Faites l’expérience autour de vous et demandez à des parents d’ado s’ils savent quelle est la position de leur enfant au sujet du don d’organe.

    Il est bon que la loi soit assez contraignante pour que les citoyens se posent la question, à tout âge (car on meurt à tout âge) et expriment leur refus de manière claire.

  • Bonjour,

    Avec cette loi :

    – l’avortement n’est plus considéré comme un acte grave qui met fin à une grossesse, et donc à une vie. En en facilitant la réalisation dans l’immédiateté, elle le ravale implicitement au rang d’une méthode de contraception, alors que c’est un acte bien plus lourd sur le plan médical (il y a des risques de complication dans tout acte chirurgical ou d’anesthésie) et psychologique.

    – On passe du « don » d’organe à un « prélèvement obligatoire », sur un citoyen privé de la possibilité de s’exprimer sur son propre corps dont il est alors dépossédé. Déposséder le citoyen de son corps… ça a toujours quelque chose de totalitaire. Par ailleurs… Sachant que la majorité des greffons sont prélevés sur des personnes techniquement encore en vie, mais considérées comme en « coma dépassé » ou « mort cérébrale », la question qui me vient en tête est de savoir si cette loi s’appliquera aussi dans ces situations où le patient maintenu en vie mourrait alors en étant dépecé vivant, se voyant ainsi refusé le droit d’être maintenu en vie et ce, sans que la famille ne soit sollicitée? Autre question : les personnes qui s’inscriraient sur le fichier nationnal pour signifier qu’elles refuseraient d’être privées d’une chance de se remettre d’un coma profond en étant dépecées vivantes… Seront-elles en rétorsion déboutées de toute demande de greffes d’organe dont elles auraient besoin au nom d’une justice déviante?

    – Pour les salles de shoot… Au delà du simple problème éthique que pose la question de l’usage de drogues, et celle de la charité que nous devons avoir pour les personnes qui sont engluées dans cet esclavage… Les deux années que j’ai passées à travailler auprès de grands toxicomanes très désinsérés m’ont conduit à constater que ceux ci restent souvent très méfiants face à tout cadre institutionnel de soins ou d’aide sociale. Et je ne suis pas convaincu que ces fameuses salles de shoot les attireront tant que cela… Car il y a derrière un désir de l’Etat à leur adresse et que c’est là toujours quelque chose d’inquiétant pour eux. Où alors pendant les périodes les plus froides de l’hiver, peut être viendront ils plus facilement parce qu’il faut bien un abrit? Est-ce que cela débouchera sur une accroche de soin à ce moment là? J’ai des doutes.

    Certes on pourra dire que si ça permettait à deux ou trois d’entre eux de rebondir chaque hiver ça serait déjà bien pour eux… Mais en tant que contribuables nous pouvons nous interroger sur la pertinence de certains investissements publics dont les coûts sont très disproportionnés par rapport au gains attendus… En tenant compte aussi des problèmes de sécurité éventuels que ce genre de lieux peut aussi poser aux riverains.

    La prévention auprès des jeunes… La lutte contre l’entrée de produits sur le territoire pour raréfier l’offre et conduire les consommateurs à vouloir s’en passer… ça me semble plus efficace en terme de dépenses publiques.

    Et puis… Depuis les années 1980 les crédits n’ont cessé de diminuer pour les centre de consultation médico-psychologiques… Or… Les personnes qui s’enfoncent dans des toxicomanies lourdes ne le font pas pour rien. Il y a à la base de chaque processus toxicomaniaque une fragilité psychique profonde et ancienne, souvent repérée dès l’enfance.

    Combien de temps de délai pour voir un psy dans les dispensaires publics? Entre 6 mois et un an en moyenne… Et encore, si vous êtes très motivé et que vous harcelez le secrétariat au téléphone! Dans certaines villes de région parisienne de plusieurs dizaines de milliers d’habitants, vous n’avaient qu’un psychiatre et un mi-temps de psychologue dans les consultations gratuites!

    Et si on donnait aux gens le moyen de se soigner ou de soigner leurs enfants avant qu’ils ne se « soignent » eux-mêmes avec des drogues?

    Mais non… Comme toujours, on prend le problème à l’envers en faisant semblant de soigner les conséquences de problèmes qu’on ne cherche pas à régler an amont.