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Noël : une nuit si particulière

Publié le 21 Déc 2017 à 13:30 Foi Aucun commentaire

Cette nuit est riche en contrastes. Ténèbres et lumière cohabitent, semblent même s’affronter !

Ténèbres de la violence d’abord. Ce soir encore, partout dans le monde, tant d’innocents sont victimes de la folie des hommes. Ici même, les soldats en armes devant nos églises nous rappellent que nous sommes en guerre. Qui l’aurait imaginé il y a à peine dix ans ? Comment ne pas nous sentir plus proches des chrétiens persécutés qui, cette nuit encore, risquent vraiment leur vie ou leur liberté pour pratiquer leur foi, en Orient ou ailleurs ?

Le poids du deuil se fait également lourd car nos défunts nous manquent. Leur place vide sur le banc de l’église, à la table de fête, ravive en nous la douleur de la séparation. L’ombre de la maladie en inquiète beaucoup, sans oublier ceux qui – sur leur lit d’hôpital ou dans la rue – trouvent cette nuit si longue !

Les ténèbres ne sont pas qu’extérieures. Beaucoup connaissent l’épreuve du doute, les blessures de l’amour, la solitude ou les espoirs déçus, les soucis du travail, la précarité ou l’inquiétude pour l’avenir, les pardons si difficiles à donner, le dialogue compliqué à renouer, le temps qui manque pour l’essentiel, la fatigue ou la culpabilité, les séparations qu’on aurait voulu éviter, les conflits en famille… Nos cœurs sont partagés et inquiets, même si cette nuit nous essayons de le cacher.

Et pourtant… au cœur de ces ténèbres, si lourds soient-ils, vient briller une lumière. Pour en découvrir le secret, il faut entrer. Suivre ces chrétiens qui partout dans le monde, se rassemblent pour célébrer la Nativité. Avec eux, venir s’agenouiller quelques instants dans ces églises plus ou moins chauffées… devant l’Enfant.

Cette nuit-là, toutes les générations se retrouvent devant la crèche. Même les moins pratiquants sont là, pas seulement pour faire plaisir aux grands-parents ! Beaucoup pressentent qu’ils devaient tout simplement venir, qu’il « fallait être là » pour ne pas manquer « quelque chose ». Etonnante et mystérieuse attraction qu’exerce sur nous la crèche ! Chacun est venu s’approcher de la lumière qui en émane pour goûter et partager un peu de la joie paisible qu’on y trouve.

Pourtant, qui ne connaît pas par cœur cette histoire vieille de 2017 ans ? N’est-ce pas qu’un santon, une simple figurine ? Mais cet enfant déposé sur la paille porte un si grand mystère. L’air de rien, on s’arrête, on le regarde, on médite… Il fait de nous des contemplatifs, au moins pour un moment. Même les cœurs les plus blasés s’ouvrent. Le tête-à-tête devient cœur-à-cœur. Miracle de la crèche auprès de laquelle petits et puissants, riches et pauvres, jeunes et vieux semblent retrouver leur capacité d’émerveillement.

Dehors, la nuit est sombre. Dedans, la clarté nous attire. Pourquoi le temps d’une messe, d’une prière ou d’un silence, sommes-nous ramenés à l’essentiel ? Pourquoi cette nuit opère-t-elle une telle communion humaine et spirituelle ? La crèche ne laisse personne indifférent, pour peu qu’on accepte de fendre l’armure. Cet enfant nous étonne et nous questionne : « Pour toi, qui suis-je ? »… Il nous remet face à une question essentielle sur laquelle se fonde toute vie : il y a plus de 2000 ans, Dieu s’est-il vraiment fait l’un de nous ? Le Tout-Puissant s’est-il fait petit enfant ? Mystère inouï d’un Dieu capable de revêtir notre humanité si fragile et si blessée, sans rien perdre de sa divinité, pour l’assumer et la restaurer dans toute sa beauté. Si c’est vrai, alors l’histoire du monde en est bouleversée ! Alors plus rien ne sera comme avant car Dieu se fait petit enfant pour que l’homme redevienne grand !

Les ténèbres n’ont pas disparu le soir de Noël. Mais cette nuit-là a vu se lever une lumière devant laquelle ils ne peuvent désormais que reculer. Si Dieu est venu jusqu’à nous, alors le Mal a perdu. Il est vaincu par un Amour capable d’une audace inouïe : Dieu se fait enfant pour donner sa vie sur une croix 33 années plus tard. La joie de la crèche n’est pas insouciante ; elle est mêlée de gravité, car cet enfant sera demain le Crucifié puis le Ressuscité. La crèche nous dit déjà qu’Il ne nous a pas aimés à moitié. N’est-ce pas là la raison de cette joie mystérieuse en cette nuit, malgré tous nos soucis ? Chacun se comprend aimé, tel qu’il est.

Voilà le secret de la crèche qui, au fond, parle aux cœurs simples d’une chose très sérieuse : cet Enfant vient nous sauver de la désespérance. Les épreuves que chacun peut connaître, nos péchés et nos blessures, nos fragilités et nos limites, jusqu’à l’épreuve ultime de la mort, tout cela l’Enfant vient le porter, pour en être victorieux, et nous entraîner dans cette victoire. La crèche console ceux qui s’en approchent, non parce qu’elle nous ferait « oublier » les ténèbres, mais parce qu’au cœur de ces ténèbres, elle nous rappelle l’audace d’un Amour venu jusqu’à nous, d’un Dieu qui est pour toujours avec nous, pour que nous puissions un jour aller jusqu’à Lui.

[Tribune publiée dans le FigaroVox du 22 décembre 2017].

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À propos de l'auteur :

Abbé Grosjean

39 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014) et "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016).