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PMA sans père : droit ou injustice ?

Publié le 27 Juin 2017 à 23:47 Éthique Aucun commentaire
PMA

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) ou aide médicale à la procréation (AMP) aux couples de femmes et aux femmes seules. Cet avis contredit l’avis rendu par ce même conseil il y a dix ans.

Ce qui, hier, était jugé injuste et non-éthique est donc déclaré aujourd’hui légitime. Le CCNE confirme pour l’instant son opposition à la gestation pour autrui (GPA) mais montre bien qu’il est incapable de résister à l’air du temps. Demain, n’en doutons pas, la GPA trouvera à son tour ses défenseurs. Cette PMA sans père – car il faut bien nommer les choses si on veut les discerner – est-elle une revendication légitime ou une injustice ? Quelles interrogations pose-t-elle ? Que doit maintenant faire le politique ?

Notons dès le départ que certains membres du CCNE n’ont pas voté cette nouvelle transgression, certainement au nom du principe de précaution et pour d’autres raisons que nous formulons ici. En effet, l’ensemble du CCNE pointe bien les risques d’une telle ouverture, avant, hélas, que la majorité de ses membres ne finisse par y consentir. Il est intéressant pour cela de prendre le temps de lire l’avis dans son intégralité.

Droit à l’enfant ou droit de l’enfant ?

Le désir d’engendrer et d’aimer est certainement l’un des plus beaux qui soit. On peut entendre le désir d’enfants de ces couples de femmes ou de ces femmes seules, et ce désir est sincère. Mais tout désir sincère est-il pour autant légitime ? Ce qui est techniquement possible est-il pour autant éthique et légitime ? La loi doit-elle répondre à tous les désirs, dès lors qu’ils sont sincères, pour ne pas avoir à juger les modes de vie ou les personnes ? Faut-il reconnaître un droit à l’enfant pour tous ?

Nous pensons qu’il ne peut pas y avoir un « droit à l’enfant ». L’enfant ne peut être l’objet d’un droit mais toujours un sujet. Il y a donc uniquement « les droits de l’enfant ». Ce sont eux qui doivent être défendus et protégés par la loi, parce que ces enfants ne peuvent pas le faire eux-mêmes. La vraie question est donc : quel est le mieux pour l’enfant ? Est-ce juste pour lui ? Cette question doit rester première. Nous pensons que le désir d’engendrer et que la souffrance de ne pouvoir le faire n’autorisent pas de transgresser l’intérêt des plus fragiles. Vers quelle société allons-nous si l’on peut fabriquer l’homme, le priver de ses origines et de ses relations les plus essentielles ?

La complémentarité père-mère : accessoire ou structurante ?

Deux visions de l’homme et de la femme s’affrontent.

Pour les uns, l’altérité homme/femme dans le couple, la complémentarité père/mère qui en résulte, ne sont pas structurantes pour l’enfant mais simplement accessoires. On ne le prive de rien en le faisant naître dans un couple sans cette complémentarité. Pour les autres, cette complémentarité père/mère est évidemment structurante. Elle est une richesse dont il serait injuste de priver l’enfant. La présence d’une figure paternelle – même adoptive – est précieuse pour la construction de celui-ci.

Il y a même un paradoxe. Persuadés que l’homme et la femme apportent chacun une contribution unique et irremplaçable en tant qu’homme et en tant que femme, on se bat pour que la parité progresse un peu partout : au gouvernement, à l’Assemblée nationale ou dans l’entreprise. Il est décidément étonnant de voir cette complémentarité père/mère considérée définitivement comme accessoire ! La famille serait donc le seul lieu où la parité ne serait pas reconnue comme précieuse ? Le CCNE reconnaît que cet effacement complet du père dans la filiation pose une vraie difficulté.

Il existe bien sûr des familles monoparentales, de plus en plus nombreuses. Il est vrai que beaucoup d’enfants grandissent sans la présence d’un père ou d’une mère, pour des raisons multiples (décès, séparation, divorce…). Il est aussi vrai que beaucoup font face avec courage et s’en sortent bien. Il faut admirer ces pères ou ces mères qui élèvent seuls leurs enfants, essayant de leur mieux de pallier ce manque. Mais tous le disent, les enfants comme les parents seuls : quand il manque un père ou une mère, même si on essaye de compenser, il y a toujours un manque. C’est une chose d’affronter avec courage des situations qui sont la conséquence d’évènements souvent non choisis. C’en est une autre d’instituer de nouvelles situations fondées sur ce manque. Pourquoi choisir de priver en amont un enfant de la présence d’un père ?

La médecine instrumentalisée ?

La PMA pose déjà des questions éthiques très difficiles, parce qu’elle dissocie union et procréation. Elle permet surtout  la création d’embryons surnuméraires, qu’on garde congelés dans l’éventualité de nouvelles implantations. Le sort de ces embryons humains congelés nous met dans une impasse éthique vraiment douloureuse pour tous.

Mais, comme le note le CCNE dans son avis, on respectait jusqu’à présent le rôle de la médecine qui est celui de guérir ou de pallier des pathologies. La PMA était donc proposée à des couples homme/femme en âge de procréer et souffrant d’infertilité. Voilà qu’on exige maintenant de la médecine qu’elle réponde à des demandes sociétales. Or, l’infertilité de l’union de deux hommes ou de deux femmes ne résulte pas d’une pathologie. L’incapacité de procréer d’une femme seule ou ayant dépassé l’âge de procréer ne résulte pas d’une maladie. Si l’on peut entendre la souffrance de deux personnes homosexuelles de ne pas pouvoir donner la vie, il ne semble pour autant pas juste de prendre le risque de créer une nouvelle souffrance : priver un enfant de son père. On ne peut demander à la médecine de mettre sur le même plan l’infertilité liée à une pathologie entre un homme et une femme, et l’infertilité naturelle de l’union de deux femmes ou de deux hommes. Il y a là une grave transgression, qui induit un profond changement de regard sur la nature, sur nos identités et sur les limites qu’elles portent. Pourquoi la science devrait-elle cautionner ce que la nature a rendu impossible ?

Rassembler ou à nouveau diviser ?

Cet avis n’est heureusement que consultatif. Le président Emmanuel Macron avait dit durant sa campagne qu’il l’attendait, même s’il s’était annoncé favorable à la « PMA pour toutes » au nom de l’égalité. Cet argument n’est pas juste, car il nie la différence entre l’infertilité naturelle entre deux femmes ou d’une femme seule, et l’infertilité résultant d’une pathologie entre un homme et une femme. Surtout, cet argument annonce logiquement la GPA. En effet, toujours au nom de l’égalité, on voit mal pourquoi on se contenterait de répondre au désir d’enfant des couples de femmes ou de femmes seules, en oubliant ce même désir tout aussi sincère chez les couples d’hommes ou chez des hommes seuls.

Le rôle et la grandeur du politique est de savoir prendre du recul et de la hauteur vis-à-vis des sincérités individuelles et des situations particulières afin de discerner et de servir le bien commun authentique, mais aussi pour défendre les droits des plus faibles. Celui qui risque d’être le grand absent de ces débats, c’est bien sûr l’enfant. Le politique est là pour résister aux pressions et mettre, ici comme ailleurs, des limites aux revendications des uns et des autres, dans le but de protéger les intérêts des plus fragiles. La loi existe pour réguler les désirs afin que la volonté du plus fort ne l’emporte pas sur le droit du plus faible.

Il faut rappeler au président de la République qu’il est aussi le président des plus petits. Comme l’écrivent onze membres du CCNE, « la société, et tout particulièrement les enfants, quelle que soit leur plasticité, avaient, à l’heure actuelle, un besoin pressant de sécurité et de stabilité, qu’au regard des incertitudes soulevées par l’ouverture de l’AMP à toutes les femmes, le maintien d’un statu quo apparait un moindre risque ». Le doute devrait toujours profiter au plus fragile, donc à l’enfant. Le principe de précaution rappelé partout ailleurs devrait ici être prioritaire, dès lors qu’on traite du devenir des enfants.

Notre appel

La société française n’a-t-elle pas plutôt besoin de se rassembler que de se diviser à nouveau si douloureusement ? Monsieur le Président, pour cela, faites du social, pas du sociétal ! Un pays fragilisé comme le nôtre ne peut pas se permettre de nouvelles transgressions éthiques si profondes, qui touchent à nouveau aux fondements mêmes de notre anthropologie et donc de notre capacité à vivre ensemble. Le respect inconditionnel des personnes n’impose pas l’acceptation de toutes ces transgressions, comme si cela était « évident » ou dans le sens de l’histoire. Les membres du CCNE le reconnaissent eux-mêmes : on peut légitimement être opposé à cet avis.

Nous avons entendu pendant la campagne votre désir de réconcilier les Français. Légiférer sur ces sujets si délicats et si profonds risque de les diviser encore davantage, vous le pressentez certainement. L’urgence n’est pas là. L’urgence, c’est l’éducation, l’emploi pour tous, la lutte contre la précarité, le soutien des familles – en particulier celles qui peinent – la guerre contre le terrorisme, la reconstruction d’un bien commun et d’une fierté nationale. Pour tout cela, nous serons avec vous pour encourager ce qui va dans le bon sens et nous en réjouir. Comme chrétiens, nous voulons participer à réconcilier le pays, nous voulons servir sa paix et son unité. Monsieur le Président, permettez que cela soit le seul combat que nous ayons à mener dans les années qui viennent.

[Pour aller plus loin, et mieux comprendre les enjeux éthiques posés par cette autorisation, le remarquable document de l’évêque de Tarbes-Loures est à lire].

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À propos de l'auteur :

Abbé Grosjean

39 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014) et "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016).