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Synode : on se calme !…

Publié le 14 Oct 2014 à 16:19 Église 5 commentaires
synode

Vous n’avez pas pu passer à travers : du Figaro à France info, d’Europe 1 à Itélé, en passant par BFMTV ou Le Monde, tous parlent d’une « révolution » imminente dans l’Eglise. Divorcés-remariés, unions homosexuelles… le Pape serait « enfin » sur le point de rejoindre « la modernité ».

En cause ? La publication d’un document de travail établi à mi-chemin de la première session du synode sur la famille. Qu’en est-il ?

Le Pape a réuni à Rome des experts et des évêques du monde entier pour réfléchir aux défis de l’accompagnement des familles et de la préparation au mariage. C’est ce qu’on appelle un synode. Il aura lieu en deux temps. La première session a lieu en ce moment même, puis dans un an, une deuxième rencontre aura lieu à l’issue de laquelle le Pape publiera, s’il le veut, ses conclusions (probablement sous la forme d’une exhortation apostolique).

Une somme de questions

Avant tout, le but du synode est de progresser sur l’annonce de la Bonne Nouvelle de la famille et du mariage. Comment mieux en promouvoir la beauté et l’exigence ? Comment mieux accompagner les familles et les couples dans les joies et les épreuves qu’ils peuvent connaître ? Comment mieux préparer ceux qui s’apprêtent à fonder leur famille ? Selon les cultures et les pays, des problèmes plus spécifiques sont aussi posés. En Occident, la question de l’accès à la communion des divorcés-remariés et de l’accueil des personnes homosexuelles a focalisé l’attention de beaucoup et celle des médias en particulier.

Le Pape François a aussi beaucoup insisté sur l’importance que l’Eglise manifeste au monde la miséricorde de Dieu. Il a l’intuition que c’est un besoin urgent que chacun se découvre aimé, sans être enfermé dans ses blessures, ses échecs ou ses fautes. L’annonce de l’amour inconditionnel de Dieu pour tous doit être une préoccupation pour tout baptisé. Se savoir aimé rend aussi disponible à accueillir la Vérité.

Amour et vérité

Tout l’enjeu de ce synode est donc de réfléchir à la façon dont l’Eglise concilie deux missions, sans jamais les opposer l’une à l’autre. D’une part annoncer et promouvoir la Vérité sur l’amour et la famille, sur le bien de l’enfant et sur les situations particulières. Et manifester d’autre part à chacun, là où il en est, la bienveillance de Dieu, tout en l’appelant à progresser. L’Eglise ne réduit personne à ses actes, ni à sa situation, ni à son histoire. En cela, elle ne fait que suivre l’exemple de Jésus, qui n’a jamais relativisé le péché mais a aimé les pécheurs.

Le Pape a voulu que les évêques puissent travailler ensemble dans une grande liberté de parole. Du coup, des différences d’approche ont pu se manifester publiquement entre évêques, des prises de position contradictoires, même si tous partagent évidemment la même foi ! Nous ne sommes plus habitués, pour les plus jeunes d’entre nous, à ce genre de débats. Mais il en a été de même à chaque concile, par exemple ! Attention simplement à ne pas prendre des documents de travail forcément provisoires – qui vont continuer à être amendés, discutés, critiqués – pour l’expression définitive du Magistère ou de la pensée du Pape.

Il y a chez certains médias le désir de cliver, d’opposer et de faire du sensationnel en favorisant le scoop, souvent au détriment de la réflexion ou même de la vérité. Certains divisent même les débats des pères synodaux entre une « majorité » et une « opposition » à qui on colle des étiquettes, sans se rendre compte qu’on est bien loin d’une assemblée politique. Les évêques cherchent à progresser ensemble pour mieux servir la vérité et la charité. Le Pape écoute et continuera pendant un an à travailler avant de donner des orientations qui seront portées par tous. En effet, un synode n’est pas un organe de gouvernement au sein de l’Eglise mais un conseil consultatif et de travail auprès du Saint-Père. C’est pourquoi à la fin du synode, ce dernier remet un document au Pape (les conclusions) qu’il utilise comme il veut, le plus souvent sous la forme d’une exhortation apostolique.

Garder un regard de foi

Bref… il est assez comique de voir certains crier victoire ou hurler au contraire à la trahison à partir d’un document de travail, synthèse des travaux d’une première semaine. Si on veut vraiment aller au fond des choses, on peut certes questionner certaines formulations de ce document, trop ambiguës et donc propices comme nous le voyons à des emballements médiatiques bien imprudents. Des évêques le disent déjà à voix haute, et le porte-parole du Vatican a publié un communiqué pour rappeler le caractère provisoire de ce document de travail, en invitant à ne pas lui donner le poids « qui ne lui appartient pas »… (ici)

Mais des médias ont tellement caricaturé le message de l’Eglise qu’ils semblent découvrir la lune en l’écoutant manifester son respect et sa bienveillance des personnes, quelle que soit leur situation ! Il est cependant légitime de leur part d’essayer de deviner les tendances qui se détachent d’une telle assemblée, de s’étonner des manœuvres inévitables, d’expliquer les petites phrases et les grandes déclarations… mais il faut en même temps constater la prière commune, l’unité dans la foi, et le besoin permanent de conversion. Un regard de foi reste nécessaire pour comprendre vraiment ce qu’est l’Eglise…

Quel dommage de voir certains, même au sein de l’Eglise, être tentés de souffler sur les braises, participant ainsi aux pressions exercées sur les pères synodaux et sur le Pape lui-même ! Mais ne soyons pas dupes. Tout cela a toujours existé, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise : ne nous laissons pas troubler.

Notre paix ne repose pas sur les manœuvres et les manipulations… Notre paix repose sur la certitude que l’Esprit-Saint éclaire l’Eglise, qu’Il est promis à Pierre et à ses successeurs pour mener l’Eglise et la garder fidèle à sa mission. Continuons donc de prier humblement pour le Pape François et pour nos évêques. Gardons nos cœurs et nos intelligences disponibles pour accueillir la parole de l’Eglise dans la confiance et l’obéissance, loin de tous nos calculs ou nos revendications. Dans l’Eglise, on ne « revendique » pas, on reçoit. A travers les faiblesses et les efforts des baptisés, y compris de ses consacrés, Dieu conduit son Eglise. Il y a des tempêtes, il y a des blessures, il y a de l’agitation, il y a des conversions. A travers tout cela, l’Eglise continue d’annoncer la « Splendeur de la Vérité » (Saint Jean-Paul II) et de manifester un Dieu d’amour, « Deus caritas est » (Benoît XVI), dans la « joie de l’Evangile » (Pape François), pour les pauvres que nous sommes tous.

Ça fait 2.000 ans que ça dure. Et ça va continuer !

Les Padre

[Mise à jour 17h30 : les évêques eux-mêmes semblent réticents sur ce document et sa publication ; à lire ici]

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À propos de l'auteur :

Padreblog
  • Olé

    Méfiance vis à vis des médias oui, ok on est d’accord. Néanmoins le simple fait que des experts, Évêques ou Cardinaux puissent avoir un soupçon de début de commencement d’acceptation de l’état de « famille homosexuelle » ou « d’union civile » ne me rend pas spécialement optimiste. Si les médias sont effectivement les champions toutes catégories de la désinformation et du clivage, je ne peux pas croire que 100% des articles disent 100% d’idioties. Certaines oppositions semblent très marquées entre plusieurs Cardinaux. Donc on se calme, on garde confiance mais quand même on suivra de près l’issue du Synode !

  • ERAULTS

    Que connaissent les médias de ce que Dieu nous enseigne et nous demande pour qu’un jour nous accédions au Ciel ? Quelle est la proportion de ceux qui ont ouvert la Bible ?

  • Gilles

    Au synode, l’Eglise apprend à regarder un certain nombre de
    problèmes en face. Elle renonce à répéter « tout va pour le mieux puisque
    nous avons toujours raison ». Bien plutôt elle met des mots sur les
    interrogations et les souffrances, sans considérer que les autres – les médias,
    la société déchristianisée – sont forcément la cause de ses difficultés. Par
    ailleurs, elle admet que nulle tendance théologique n’est propriétaire de
    l’Evangile, et que le désaccord sur certains points est normal et peut être
    productif. Est-ce vraiment une mauvaise nouvelle ?

  • Pierre

    Non, non, on ne se calme pas !

    Chers Padre, je crois deviner à travers vos propos que vous n’êtes guère favorable à une évolution des pratiques de l’Eglise en matière d’accueil fait aux homosexuels et d’accès à l’Eucharistie des divorcés-remariés.

    Je tiens quand même à vous rappeler qu’à l’issue du synode sur la famille une majorité de cardinaux se sont prononcés en faveur de ce que nous sommes nombreux à attendre. Vous dites que « dans l’Eglise on ne revendique pas, on reçoit ». On reçoit de Dieu, certes, mais l’Eglise, c’est aussi chacun d’entre nous et nous avons tous le DEVOIR de proclamer haut et fort ce que nous voulons quand nous estimons que c’est juste et que c’est parfaitement en ligne avec le message de l’Evangile.

    Pendant longtemps, ceux qui soutenaient qu’il était injuste d’interdire aux divorcés remariés d’accéder à l’Eucharistie se sont sentis seuls. Maintenant, la muraille des opposants se fissure. Nombreux sont les prêtres, les évêques et les cardinaux qui nous soutiennent publiquement. Cela nous fait chaud au coeur.

  • Jean-Pierre

    Lorsqu’un protestant cite textuellement une Parole de Jésus, comme par exemple : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la Chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son Sang, vous n’aurez pas la Vie en vous (la Vie dans la Grace de Dieu, laquelle nous mérite la Vie éternelle). Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang a la Vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour (évidemment que nous ressusciterons tous, ce qu’il faut comprendre : « Je le ressusciterai à la Vie éternelle »). En effet, ma Chair est la vraie Nourriture, et mon Sang est la vraie Boisson. Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » (Jn 6, 51-58)

    Remarquons que Jésus répète quatre fois, pour bien insister et faire comprendre, « ma Chair et mon Sang », et qu’il revient maintes fois sur ce même sujet ailleurs dans les Évangiles. Alors, que va tenter d’expliquer le bon preacher protestant à son assemblé ? « On vient de lire l’Évangile, mais voici maintenant ce que le Seigneur a vraiment voulu nous dire… » Voilà un parfait exemple de ce qu’est une opinion personnelle… Ensuite, à « l’eucharistie » (qu’ils ont rebaptisé « le repas du Seigneur », en remplaçant aussi le mot Chair par pain) ils dégustent tous ensemble un « snack » (!) composé d’un biscuit et d’un verre de jus de raisin…! Voilà une bien triste parodie, une moquerie, et une caricature du
    Jeudi Saint ! Et du Christ.

    Que dit clairement saint Paul à propos des Catholiques qui s’avancent pour recevoir le Corps du Christ en état de péché : « C’est pourquoi quiconque mangera ce Pain ou boira le Calice du Seigneur indignement (en état de péché), sera coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur. Que l’homme s’éprouve donc lui-même, et qu’ainsi il mange de ce Pain et boive de ce Calice. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le Corps du Seigneur. » (1 Co 11, 27-29)

    Remarquons bien que cet avertissement ne s’applique pas aux tristes protestants hérétiques qui mangent des biscuits, mais bien aux seuls Catholiques qui osent communier au Corps du Christ en état de péchés. Je me souvient de ce qu’avait dit un prêtre avant le mariage de l’une de mes nièce : « Comme je connais bien votre famille, il n’y aura pas de Communion à ton mariage. » Il est évident qu’il connaissait très bien la situation d’adultère et d’unions libres généralisée de notre famille… quoi d’autre ? Ça prend un prêtre courageux pour agir ainsi.

    Alors, à force de nous faire « sous » entendre continuellement dans des « documents de travail provisoires » que les divorcés-remariés, devraient être admis sans confession à l’Eucharistie, ce n’est qu’une question de temps car ça se fera à l’usure. (Je ne raconterai pas ici l’histoire de la grenouille dans la marmite, c’est bien connu) Ensuite, ce sera au tour des séparés-accotés, ou encore des couples non mariés en union libre, ou pire encore, des couples homosexuelles – ça s’en vient.

    Maintenant, comment doivent le comprendre – et l’accepter – tous les couples « réguliers » (il faut bien maintenant les cataloguer) qui, contre vents et marées, sont demeuré fidèles à leur union et à Dieu ? Fidèle à leur promesse d’indissolubilité de leur mariage jusqu’à la
    mort ?

    Si l’on accepte tous les couples « irréguliers » à l’Eucharistie, au Corps et au Sang du Christ, c’est 1 Co 11, 27-29 cité plus haut qui s’applique. Point.

    Puisse que tous ces « irréguliers » réclament quelque chose à se mettre dans la bouche au moment de l’Eucharistie (si encore ils viennent à la Messe), je propose donc que l’on leur offre, comme pour les protestants, un biscuit et un verre de jus de raisin. De toutes façons, depuis Vatican II notre messe catholique a été protestantisée à outrance.

    Alors, s’il vous plait, ne touchez pas à la seule « chose » qui demeure véritable, inviolable et authentique à la Messe, soit le Corps et le Sang du Christ.

    Ce ne sera pas sans conséquence éternelle.