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Ainsi soient-ils : la provoc d’Arte fait pschitt

Publié le 05 Oct 2012 à 12:19 Medias 20 commentaires

Une immersion inédite dans les couloirs de l’Eglise : c’est ainsi qu’Arte présente « Ainsi soient-ils », la série qui est sortie ce 11 octobre. Faut-il craindre le pire ? Nous avons visionné pour vous les huit épisodes.

Les affiches sont partout ou presque : orchestrée par une agence de publicité parisienne, la promotion d’Ainsi soient-ils a fait le choix de la provocation. Les visuels sont sans ambiguïté : une aube, un calice, mais aussi des mains tatouées, une liasse de billets de banque, une main de femme enserrant la taille. C’est le cocktail classique violence/pouvoir/sexe.

Les slogans sont accrocheurs : « Dieu reconnaîtra les siens » ; « vous pouvez faire une croix sur vos jeudis soirs ». Bref, après Golgota Picnic et Piss Christ, on imagine une énième tentative pour salir et choquer.

Caricatures, grisaille et tristesse

Si la réalisation est soignée et les acteurs crédibles (Michel Duchaussoy en cardinal autoritaire et imbu de sa personne est même assez fascinant), on n’y retrouve rien ou pas grand chose de la vraie vie du séminaire. Quel curieux lieu que ce « séminaire des capucins » où les candidats au sacerdoce n’ont ni cours, ni exposés, ni examens, ni mémoires à rendre, ni recherches en bibliothèque !

D’autres inexactitudes apparaissent, certaines frisant la caricature comme cette description d’un pape reclus dans ses appartements et dont le seul souci est d’absorber sans trop de complications sa traditionnelle infusion à la camomille !

On pourrait même rire de certaines scènes si on ne percevait pas qu’au final, un vague mais bien réel sentiment de pesanteur et de grisaille ne nous quitte vraiment jamais.

Les séminaristes d’Ainsi soient-ils ont peu de grandeur, pas de paix ni de joie intérieures. On ne perçoit jamais en eux la radicalité positive, la générosité du don absolu qu’ils s’apprêtent à faire, l’enthousiasme de l’évangile. Le Christ n’est pas leur passion ! Ils s’engagent pour des raisons obscures qu’ils ne perçoivent pas eux-mêmes. Et leurs professeurs, leurs parents, leurs camarades sont autant de spectateurs passifs d’un discernement douloureux.

Oui, le séminaire est un lieu où la vocation s’éprouve. Mais on n’y est pas seul et laissé à soi-même. Les prêtres qui s’y dévouent sont de vrais médiateurs. Des hommes d’études et de prière, alertes, bienveillants, souvent brillants. Pas des angoissés, ni des fatigués de la vie.

Enfermement et ennui

En fait, on pourrait dire d’Ainsi soient-ils la même chose qu’Habemus Papam de Nanni Moretti : une œuvre cinématographique qui montre ce que pourrait être l’Eglise si l’Esprit-Saint n’existait pas. Une société au passé certes prestigieux mais composée d’hommes, enfermés dans leurs angoisses et leurs doutes, qui traînent leurs casseroles et celles des autres avec plus ou moins de dignité et de réussite.

Enfin, autant le dire, Ainsi soient-ils fait surtout partie de ces séries qu’on regarde en faisant beaucoup d’efforts. L’action est lente et laborieuse. L’ennui est omniprésent. C’est peut-être la plus grande critique qu’on puisse lui faire. Car, contrairement à ce que laissait penser sa promotion, cette série n’est ni sacrilège ni blasphématoire. Elle est caricaturale et pesante.

En fait, Ainsi soient-ils manque tout simplement de souffle. C’est lent. C’est ennuyeux. C’est ça Arte ?

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On a aimé :

– quelques répliques : comme par exemple ce « du point de vue de Dieu, tu es un bon investissement ».

– quelques belles scènes : la prière de Raphaël en conseil d’administration ou la confession du Père Fromenger.

On n’a pas aimé du tout, parce que pas crédible :

– le refus du curé de célébrer l’enterrement de Guilhem pour cause de suicide.

– la description de la conférence des évêques de France : cynique, crépusculaire, stalinienne.

Pour aller plus loin, écoutez l’émission de Radio Notre-Dame consacrée à cette série et réalisée avec un supérieur de séminaire et deux séminaristes (des vrais !).

Padreblog était aussi l’invité de Jean-Marc Morandini sur Europe 1, le jeudi 11 octobre, pour débattre de cette émission en présence de son réalisateur. Pour écouter l’émission (à partir de 24′) c’est ici.

A noter enfin, deux très bons apports sur ce sujet :

la tribune du Père Thierry-Dominique Humbrecht, auteur de nombreux ouvrages sur les vocations.

– le site www.ainsisoientils.com


À propos de l'auteur :

Abbé Amar

Abbé Amar

44 ans. Diocèse de Versailles. Licencié en droit et en théologie, il est curé de la paroisse de Limay (78). Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016). Depuis 2013, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).