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Au Brésil, Jésus n’est pas un concept

Publié le 21 Juin 2012 à 20:25 Foi 7 commentaires

Le père Marc de Raimond, originaire du diocèse de Versailles, a été envoyé au Brésil comme prêtre fidei donum, c’est-à-dire « prêté » pour quelques années par son diocèse d’origine, celui de Versailles. En exclusivité pour Padreblog, il présente son ministère et détaille quelques réalités de l’Eglise qui est au Brésil. Une belle occasion pour nos jeunes lecteurs de se préparer à répondre à l’invitation du pape Benoît XVI : dans tout juste un an en effet, les JMJ auront lieu à Rio de Janeiro.

Padreblog : que faut-il savoir du Brésil, de ses habitants et du lieu où vous exercez votre ministère ?

Père Marc de Raimond : Pour appréhender le Brésil, il faut sortir du cliché terriblement réducteur qu’est la trilogie « Rio de Janeiro / Favelas / Copa Cabana » et s’ouvrir aux grands espaces. Imaginez un pays grand comme dix-sept fois la France, qui compte près de deux cents millions d’habitants et dont un tiers du territoire est couvert par l’immense espace Amazonien. C’est sur ce vaste territoire que j’ai été envoyé, dans le diocèse de Conceiçao do Araguaya. Fondé en 1897 par des dominicains français fuyant les lois anticléricales, ces frères prêcheurs n’hésitent pas à s’enfoncer résolument en pleine Amazonie pour venir à la rencontre des indiens Kayapos qui y habitent. J’exerce donc mon ministère dans une région qui a entendu parler de Jésus-Christ pour la première fois il y a tout juste un siècle.

Dans les années 70, les Kayapos ont été rejoints par de nombreux brésiliens extrêmement pauvres, attirés par les programmes d’Etat visant à favoriser l’immigration en Amazonie. On est alors en pleine période de dictature militaire. La junte au pouvoir entend peupler les vastes espaces inhabités de la forêt et répète un slogan qui connaîtra un grand succès : « une terre sans hommes pour des hommes sans terre ». Des propriétés sont alors distribuées gratuitement et les nouveaux propriétaires encouragés à débuter une activité. J’oeuvre au sud de cette région de grande immigration, curé d’une paroisse toute récente, fondée en 2008 : Piçarra.


Ancien aumônier de l’Essec et vicaire dans une paroisse francilienne, vous découvrez une autre dimension ?

P. M de R : oui bien sûr ! Car si ma paroisse est au coeur d’une petite ville fort dynamique de 12 000 habitants, je suis aussi le pasteur d’une trentaine de communautés chrétiennes, sorte de petites communautés de base, isolées dans la campagne amazonienne. Certaines sont à deux heures de route, ou plutôt de piste, de Piçarra. Je les visite toutes une fois par mois et je reste frappé par l’accueil qui m’est réservé : lorsque le prêtre arrive, on cesse toute activité et on accourt pour écouter l’homme de Dieu, le ministre des sacrements, celui qui va prêcher l’Evangile. Le reste du mois, on se réunit régulièrement dans la chapelle, pour lire l’Ecriture et prier. Ces communautés sont très vivantes ; on pourrait dire qu’elles ne sont vraiment pas des assemblées en absence de prêtre mais des assemblées en attente de prêtre.

Une attente qui est une soif de Dieu ?

P. M de R : c’est certainement ce qui me marque le plus. Au Brésil, en tous cas en Amazonie, la question de Dieu n’en est pas une. Jésus n’est pas un concept, c’est une personne. Un être à aimer et à suivre ! A cause de la grande simplicité de tous, de la modestie de vie de chacun, la Foi n’est pas cérébrale : elle est avant tout une adhésion du coeur et un dialogue intérieur. Le visage du Christ orne les portes des camions, il est apposé sur des T-shirts ou des casquettes. On invoque sans cesse Marie, les anges et tous les saints. On aime les processions et les prières publiques. Cela pourrait ressembler à la Foi telle qu’elle est vécue dans certaines régions d’Afrique ou d’Asie, la misère en moins. Cette disponibilité pour tout ce qui touche au spirituel fait hélas le bonheur des nombreuses sectes protestantes qui ont littéralement envahi le pays.

Dans cette perspective, je tente bien simplement dans mes homélies et mes enseignements d’aider mes paroissiens à mieux comprendre ce en quoi ils croient, à avoir une lecture de l’évangile plus spirituelle et à développer un véritable esprit missionnaire qui consiste à inviter ses amis ou ses voisins à découvrir notre communauté catholique.

Comment se préparent les JMJ ?

Les JMJ de 2013 canalisent énormément d’énergies et de dynamisme : je peux affirmer qu’elles sont très attendues. Alors que l’action des sectes évangéliques se fait de plus en plus agressive, elles permettront à tous les catholiques du Brésil d’oser affirmer leur Foi avec fierté et sans complexe. L’Eglise sera certainement renforcée dans son ardeur missionnaire dans le pays et toute l’Amérique du Sud.

Je sais que beaucoup de jeunes d’Europe s’interrogent sur leur participation : Madrid (JMJ 2012) ou Cologne (JMJ 2005) étaient plus proches ! Mais je ne peux que les encourager à répondre à l’invitation de Benoît XVI : à Rio en 2013, nous vivrons tous une expérience assez unique car il n’y a pas de fatigue de la Foi ici. Les JMJistes recevront des catholiques Brésiliens le meilleur d’eux-mêmes : le témoignage d’une Foi vécue au plus profond du coeur, simple et joyeuse.

Propos recueillis par l’abbé Amar

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[Actualisation 23 juin] L’expression “sectes évangéliques” a suscité quelques réactions. Le Père Marc de Raimond s’en explique.

Merci à Padreblog de me donner l’occasion d’un éclairage !

Par cette expression je désigne certaines communautés qui se réclament du mouvement évangélique ; elles ont des attitudes et des procédés sectaires au sens propre du terme.

Elles manifestent d’abord une véritable intolérance et une étroitesse d’esprit, refusent, condamnent, diabolisent le discours de l’Eglise catholique ainsi que ses initiatives, même quand ces dernières n’ont qu’un caractère social et sont à destination des plus pauvres quelle que soit leur appartenance religieuse.

Elles sont également closes sur elles-mêmes et se refusent à tout dialogue avec des doctrines différentes de celles qu’elles professent.

Elles profitent aussi – et d’une façon scandaleuse – de l’humilité des pauvres, de leur soif de Dieu et de leur confiance spontanée envers celui qui parle au nom du Seigneur.

Elles intrumentalisent enfin le nom de Jésus et ses miracles – dont témoignent les évangiles – pour fonder leur « théologie de la prospérité ». Cette théologie conduit parfois les plus crédules (en attente de miracle) progressivement à la ruine, tout en enrichissant les pasteurs de façon ostentatoire.

En ce domaine, la réalité brésilienne n’a pas grand chose à voir avec la réalité protestante voire évangélique telle qu’elle est vécue en Europe. Les pasteurs de ces communautés brésiliennes ne se réclament pas de Luther ou de Calvin, ils ne sont pas porteurs d’une doctrine structurée et cohérente qui permette un dialogue, une rencontre, une prière commune et une ouverture sur le monde… Beaucoup s’auto-proclament pasteurs sans formation aucune et fondent leur petite communauté. Les dérives, tant dans le domaine de l’enseignement que sur le plan financier, ne sont pas difficiles à percevoir pour un regard extérieur.

En séjour en Europe pour quelques jours encore, je suis tout disposé à rencontrer ceux qui le souhaitent (merci d’utiliser le formulaire de contact du site) afin de poursuivre ce débat et cette réflexion. Si tel a pu être le cas, je suis désolé d’avoir heurté certains lecteurs. Loin de moi la prétention de porter un quelconque jugement sur « les évangéliques ». Je ne faisais qu’évoquer mon expérience particulière dans le contexte brésilien.

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