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Benoît XVI chez les British

Publié le 17 Sep 2010 à 12:14 Église Aucun commentaire

Une fois de plus, un voyage du pape suscite toute sorte de polémiques. Et l’ignorance de certains journalistes n’améliorent pas les choses. Retour sur cette visite importante du Benoît XVI chez nos amis d’Outre manche, et réponse à quelques questions…

1. L’Angleterre est-elle hostile au pape ?

Il ne faut pas oublier que les catholiques sont très minoritaires en Grande-Bretagne : 10% de la population. Il est donc bien peu étonnant qu’un sondage auprès de toute la population nous explique que la venue du pape n’enthousiasme pas l’immense majorité de la population. Les médias essayent quand même de faire croire que là, vraiment, c’est de l’hostilité que rencontre le saint-Père. La question a même été posée au pape dans l’avion. Question à laquelle il a répondu avec humour, lucidité et confiance :

« Je dois dire que je ne suis pas inquiet parce que, quand je suis allé en France, on m’a dit que c’était le pays le plus anticlérical, avec de forts courants anticléricaux et avec un nombre minime de fidèles, quand je suis allé en République tchèque, on m’a dit que ce serait le pays le plus antireligieux, et aussi anti-clérical d’Europe (…)  Ainsi, en France et en République tchèque, j’ai vu et vécu un accueil chaleureux de la communauté catholique, une attention forte des agnostiques, qui sont toutefois en recherche, qui veulent savoir et trouver les valeurs qui font avancer l’humanité, et ont été très attentifs à entendre de moi quelque chose dans ce sens. Et la tolérance et le respect de ceux qui sont anti-catholiques ».

« Actuellement, ajoute le Pape, le Royaume-Uni a sa propre histoire d’anti-catholicisme, c’est évident, mais c’est aussi un pays avec une histoire de tolérance. Je suis sûr que d’un côté ce sera un accueil favorable des catholiques et des croyants, en général, attention de la part de ceux qui cherchent comment avancer dans notre époque, et respect mutuel et tolérance réciproque là où il y a un anti-catholicisme. J’y vais avec un grand courage et avec joie« .

2. Une visite risquée pour le pape ?

La visite n’est pas sans risque. Au delà de quelques excités qui manifestent, on vient d’apprendre que cinq personnes viennent d’être interpellées : elles sont soupçonnées d’avoir préparé un attentat contre le Pape lors de cette visite d’Etat.

3. Que dit la presse britannique ?

Un titre ressortait à l’issue de cette première journée : « he came, he saw and he conquered a nation », sur la une du Heraldscotland.

Elle soulignait l’affluence des fidèles, puisque près de 200.000 personnes sont venues accueillir le Pape, et plus de 70.000 ont assisté à la messe.

4. Qu’a dit le pape sur la pédophilie ?

Dans l’avion, le Pape a répondu à quelques questions des journalistes. Sur la pédophilie, il a redit combien l’attention de l’Eglise se portait avant tout sur les victimes. Il a été bouleversé de découvrir les nombreux crimes commis par des prêtres, et regretté que l’Eglise n’ait pas su mieux réagir pour dénoncer, arrêter ces prêtres et aider les victimes. Il a aussi souligné le souci de l’Eglise d’être encore plus sévère dans la sélection des candidats au sacerdoce.

5. Pourquoi la polémique sur l’entrée payante à la messe ?

Le dernier voyage de Jean-Paul II à Londres avait laissé de lourdes dettes à l’Eglise d’Angleterre. Cette fois-ci, puisqu’il s’agit d’une visite d’Etat, une partie des frais est pris en charge, comme toute visite d’Etat, par le gouvernement britannique. Mais pour alléger les frais de la partie religieuse de ce voyage, les organisateurs ont pensé demander une participation à tous ceux qui voudraient assister à la messe du pape.

L’intention n’est pas illégitime en soi : il faut bien aider l’Eglise anglaise à assurer les frais de telles célébrations. Mais une fois de plus, la communication n’a pas été à la hauteur. C’est assez maladroitement qu’on a présenté les choses, donnant l’impression d’une messe payante, inaccessible aux plus pauvres. Le principe est apparu comme choquant : payer pour aller à la messe, quels que soient ses revenus… Alors qu’en fait, il était prévu bien sûr que seuls ceux qui le pouvaient puissent payer ce droit d’entrée. Bref, erreur de communication, qu’on ne peut en aucun cas imputer au pape. Je pense pour ma part qu’ils auraient dû s’en tenir à l’idée d’une quête qui reste libre, quitte à trouver d’autres sources de financement (mécénat, …).

6. Qu’a dit le pape aux jeunes ?

Lors d’une rencontre avec les jeunes des lycées catholiques, le pape leur a dit que les saints du XXIème siècle étaient parmi eux !

’ »J’aimerais beaucoup vous dire une chose. J’espère que parmi ceux d’entre vous qui m’écoutent aujourd’hui, se trouvent des futurs saints du vingt-et-unième siècle. Ce que Dieu veut plus que tout pour chacun de vous c’est que vous deveniez des saints. Il vous aime beaucoup plus que vous ne pourrez jamais l’imaginer, et il veut ce qu’il y a de meilleur pour vous. Et de loin, la meilleure chose pour vous c’est de grandir en sainteté.

Il se peut que certains d’entre vous n’aient jamais pensé à cela auparavant. Il se peut que certains d’entre vous pensent qu’être un saint ce n’est pas pour eux. Permettez-moi vous expliquer ce que je veux dire. Quand nous sommes jeunes, nous pensons facilement aux personnes que nous respectons, aux personnes que nous admirons, aux personnes à qui nous voulons ressembler. Ce peut être quelqu’un que nous rencontrons dans notre vie de tous les jours et que nous tenons en grande estime. Ou cela pourrait être quelqu’un de connu. Nous vivons dans une culture de la célébrité, et les jeunes sont souvent encouragés à se modeler sur des personnalités du monde du sport ou du spectacle. La question que je vous pose est celle-ci : quelles sont les qualités que vous percevez dans d’autres personnes et que vous souhaiteriez beaucoup avoir vous-mêmes ? Quel type de personne aimeriez-vous être réellement ?

Quand je vous invite à devenir des saints, je vous demande de ne pas vous contenter de la seconde place. Je vous demande de ne pas poursuivre un but limité en ignorant tous les autres. L’argent permet d’être généreux et de faire du bien dans le monde, mais à lui seul, il ne suffit pas à nous rendre heureux. La haute qualification dans l’activité professionnelle est une bonne chose, mais elle ne nous satisfait pas si nous n’avons pas en vue quelque chose de bien plus grand. Elle peut nous rendre célèbre, mais elle ne nous rendra pas heureux. Le bonheur est quelque chose que nous voulons tous, mais un des grands drames de ce monde est que tant de personnes ne le trouvent jamais, parce qu’elles le cherchent là où il n’est pas. La clef du bonheur est très simple – le vrai bonheur se trouve en Dieu. Nous devons avoir le courage de mettre nos espérances les plus profondes en Dieu seul, non pas dans l’argent, dans la carrière, dans les succès de ce monde, ou dans nos relations avec d’autres personnes, mais en Dieu. Lui seul peut satisfaire les exigences profondes de nos cœurs.« 

Le discours intégral se trouve ici

À propos de l'auteur :

Abbé Grosjean

Abbé Grosjean

40 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014) et "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016).