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Cachez cet embryon que je ne saurais voir !

Publié le 11 Déc 2012 à 13:21 Éthique 16 commentaires

Une nouvelle polémique nous a laissé songeurs… ou affligés, tant elle révèle jusqu’où peut aller le refus du réel et les dérives d’une sorte de nouvelle police de la pensée. Prenons le temps de relire ces évènements, pour que le bon sens, mais aussi le goût de la Vérité, reprennent le dessus.

 

Le vote du Sénat

Le 4 décembre dernier, en séance nocturne, quelques sénateurs ont décidé de modifier la loi de bioéthique sans faire de bruit. La recherche sur les embryons (qui provoque bien sûr leur destruction) était interdite jusqu’à présent, même si des dérogations pouvaient être accordées à des conditions strictes. Les sénateurs ont fait sauter ce verrou en décidant d’autoriser cette recherche, tout simplement.

La loi de bioéthique de 2011 avait pourtant averti : il faudra organiser un débat national avant toute modification. Il n’en fut rien. Inquiétant de voir que ceux qui font la loi se considèrent dispensés de la respecter…

Dans les premières semaines de son développement, l’être humain devient ainsi matériau de recherche, dans l’indifférence la plus totale. Seuls les grands groupes de l’industrie pharmaceutique se réjouissent pour des raisons financières : l’embryon humain coûte si peu, moins que l’embryon animal…

Cette recherche est-elle au moins utile ? On annonçait en effet des progrès thérapeutiques spectaculaires…  On n’a jamais rien vu venir. Cette recherche n’a jamais permis de guérir qui que ce soit. Des recherches alternatives existent : sur les cellules souches adultes, sur les cellules de sang de cordon. Ces recherches là sont prometteuses, comme le montre l’attribution du dernier Prix Nobel de Médecine. Elles ne posent pas non plus de problème éthique.

 

La riposte de la Fondation Lejeune

Révoltée devant ce déni de démocratie et le silence médiatique qui l’entoure, la Fondation Jérôme Lejeune lance un site www.vous-trouvez-ca-normal.com dans le but d’informer sur les enjeux de la recherche et la protection de l’embryon. Une campagne de communication accompagne ce lancement. Dans la presse, la Fondation a acheté des encarts publicitaires pour afficher ses visuels, simples et forts : la photo d’une souris, celle d’un embryon et cette phrase : « vous trouvez ça normal ? Pour éviter la recherche sur l’animal on utilise l’embryon humain comme matériau de laboratoire ». Ou encore celle d’une baleine et celle d’un embryon avec ce slogan : « vous trouvez ça normal ? On arme des bateaux pour défendre des baleines alors qu’on laisse les embryons sans défense. »

La polémique du Nouvel Observateur.

C’est cette dernière photo qui va provoquer le scandale. Elle est publiée dans le Nouvel Observateur et bientôt signalée par quelques uns, scandalisés de voir une telle publicité « anti-IVG » dans un journal de gauche. Les réseaux sociaux vont s’enflammer. Très vite, Renaud DELY et Laurent JOFFRIN, respectivement directeur de la rédaction et directeur de la publication, s’empressent de faire repentance : pour eux, il s’agit d’une erreur qui ne se reproduira plus. Répondant aux sommations des nouveaux inquisiteurs, ils présentent leurs excuses publiques pour avoir publié « cette pub d’un lobby aux engagements contraires à nos valeurs ».

 

 

Cette histoire révèle une double difficulté.

La difficulté de se confronter au réel

Aucun argument religieux n’a été avancé, ni aucune revendication. On montre simplement la photo d’un embryon, dont le dictionnaire Larousse – non encore censuré – nous explique qu’il s’agit d’un être humain dans son premier stade de développement. On constate ensuite que la loi n’assure plus désormais à cet être humain la protection qui lui est pourtant due, selon l’article 16 du Code Civil : « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. ». On s’étonne même que certains animaux soient mieux défendus.

Cet état de fait, ce constat objectif, sont déjà jugés manifestement insupportables.  Pourquoi ? Parce qu’ils risquent d’ébranler l’intouchable dogme de l’avortement. Voilà ce qui est intéressant. Ce site et ces visuels ont été lancés à l’occasion de ce vote du Sénat sur la recherche sur les embryons. Ils ne parlent de rien d’autre et ne font à aucun moment allusion à l’avortement. Et pourtant, cette publicité va être immédiatement attaquée comme une « pub anti-IVG ». Car montrer la réalité d’un embryon, c’est « remettre en cause le droit des femmes à disposer de leur corps » comme l’expliquait une des premières internautes à réagir.

L’apparition d’une nouvelle police de la pensée.

« Cachez cet embryon que je ne saurais voir ! » En montrant la réalité d’un embryon, on montre malgré soi la réalité d’une IVG. Or, depuis des années, on a tout fait pour en cacher le caractère dramatique, y compris en taisant les souffrances des femmes qui ont subi un avortement.

Voir le directeur de la Rédaction se soumettre si vite au diktat de quelques « inquisiteurs » et demander pardon d’avoir laisser passer cette photo est très révélateur. Il y a une véritable violence qui s’exerce contre ceux qui osent rappeler le réel, ou qui le rappellent malgré eux. La violence des propos contre ceux qui se sont intéressés au débat que cette publicité offrait, est elle aussi révélatrice. Malheur à celui qui ose interroger ce dogme des temps modernes qu’est devenu le « droit » à l’avortement. Qu’importe le nombre, qu’importe les souffrances, qu’importe le réel d’une vie bien présente… la leçon est claire : que rien ne fragilise ce droit acquis, qu’aucun doute ne puisse germer.  Même s’il faut pour cela taire la vérité scientifique – à savoir qu’un embryon est un être humain –  ou l’occulter, en évitant de la dire ou de la montrer. La liberté d’expression a finalement des limites.

Comprenons-nous bien : nous n’entrons même pas ici dans le débat de fond sur la légitimité ou non de permettre dans certains cas l’avortement. Nous remarquons simplement que ce débat est interdit et que tout ce qui pourrait le susciter doit être effacé, caché, enterré. Même si au départ, il s’agissait d’un autre sujet. Si le réel risque de remettre en cause, ou simplement même d’interroger ce « droit à l’avortement », ou encore plus simplement de nous faire réfléchir à ce que cet acte suppose et entraîne, alors il faut nier le réel ou le recouvrir d’un voile pudique. Etonnante société où l’on peut sans difficulté alerter sur le devenir des baleines, ou militer contre la souffrance animale, mais à condition de ne pas inquiéter les consciences sur ce qu’on fait du plus fragile d’entre nous : l’embryon. Ni de rappeler qu’il est l’un de nous. Ni même de le montrer…

Quitte à vous surprendre, je voudrais citer ici la loi Veil, dépénalisant l’avortement en 1975. Dans son premier article, voici ce que dit la loi : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi ». La loi Veil ne refuse pas le réel : elle reconnaît l’humanité de l’embryon, et le respect qui lui est dû. Elle décrète que ce respect n’est cependant pas absolu, et que dans certains cas, on peut porter atteinte à ce principe. Bien sûr, on peut débattre de cela. On peut y voir une contradiction dramatique. Mais au moins, cette contradiction est assumée.

On voit l’évolution depuis : aujourd’hui, on nous demande de taire ce réel, car on ne supporte plus la contradiction.

Le bon sens

Face aux ravages de l’idéologie – les idées s’imposent sur le réel –  il nous faut appeler le bon sens à la rescousse. Il est encore partagé par beaucoup. Il faut le réhabiliter ! Dire les choses telles qu’elles sont simplement, cela ne veut pas dire tomber dans le simplisme, ou refuser de reconnaître la complexité des situations. Cela veut encore moins dire juger les uns et les autres. Cela veut simplement dire qu’on accepte de se confronter à la réalité, même et surtout si elle nous bouscule ou nous force à reconnaitre nos contradictions et nos arrangements avec notre conscience. Arrangements parfois douloureux, parfois lâches, parfois difficiles. On accepte d’interroger tout ce qu’on présente comme un « progrès sociétal », à la lumière du Bien commun, qui commence par le Bien des plus petits.

Mettre des mots sur cette réalité, la regarder en face. C’est bien souvent ainsi qu’on commence à retrouver sa liberté de pensée, loin de tout magistère médiatique et au delà de toute conspiration du silence. C’est aussi comme cela qu’on apprend peu à peu  à « contempler » le réel, à se laisser instruire par lui et à s’émerveiller devant la Vérité qui s’y révèle.

Pour s’informer d’avantage : www.vous-trouvez-ca-normal.com/je-m-informe

Pour agir : www.vous-trouvez-ca-normal.com/ecrire-a-mon-depute

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).