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Eglise et médias : une courte histoire d’amour ?

Publié le 28 Avr 2011 à 19:15 Medias Aucun commentaire

Challenges, L’Express, Le Monde, Libération, France Info, BFM tv, RMC … la liste ne cesse de s’allonger depuis dix jours. Il semble même qu’on n’ait jamais autant parlé des cathos ! Il faut dire que le calendrier fait bien les choses : entre Pâques et la béatification de Jean-Paul II, la fenêtre de tir médiatique est optimale. Mais le plus intéressant est ailleurs.

Car les journalistes ne font pas que parler des oeufs en chocolat ou de la dernière bénédiction urbi et orbi du pape. « Catho pride », « nouveau pouvoir des cathos », « réveil »… les titres sont souvent étonnants, élogieux, surprenants même. En tout cas, étonnamment bienveillants de la part d’organes de presse qui nous ont plutôt habitué à des offensives répétées.

Témoins pragmatiques et décomplexés

Dans un mouvement d’ensemble, différents reportages nous font découvrir (enfin !) une nouvelle génération de chrétiens décomplexés et bien dans le monde. Qui sont « pros » dans la forme comme dans le fond. Qui utilisent avec compétence et dynamisme les instruments de communication modernes. « En face », même si on ne partage pas les mêmes valeurs, cela force le respect et l’attention. Au final, l’auditeur, le téléspectateur ou le lecteur ont le sentiment d’une Eglise tonique, vivante et réactive. Plutôt bien non ?

Serait-ce le signe d’un renouveau entre l’Eglise et les médias ? Espérons-le ! En évitant de penser que ce renouveau puisse être lié à une élection qui approche : le vote des catholiques fait souvent l’objet de quelques tentatives de séduction. Mais en tout cas, ça bouge ! Et on parle de nous.

Je ne me plaindrais pas qu’on oublie le désastreux cliché du « Jésus revient » dans le film la « Vie est un long fleuve tranquille ». Non les cathos ne sont pas des bisounours ! Ils savent que les enjeux actuels sont graves. Et la liste est longue : recherche sur l’embryon, bébé médicament, homoparentalité, pass-contraception, amnésie historique sur les racines chrétiennes de l’Europe, laïcité qui devient laïcisme, euthanasie… sans oublier les provocations sous prétexte « d’art », qu’on ne se permettra qu’avec les symboles chrétiens bien sûr ! Tout ça rien que sur le continent européen. Car il faudrait aussi parler du reste du monde et par exemple des persécutions anti-chrétiennes en Irak, au Pakistan, en Inde ou en Egypte !

Pour peser sur ces questions, les veillées de prière ne suffisent pas. Il faut oser dire, clamer, assumer nos convictions. Et utiliser les moyens (moraux) du monde, le langage du monde pour le faire savoir. Nous investir de toutes les questions qui touchent l’homme, son devenir, ses origines, son épanouissement. Peser dans les débats lorsqu’ils ont lieu.

Pour un catholicisme de proposition

Lobbying ? Soyons sérieux ! L’Eglise n’a pas d’intérêts à défendre et de droits acquis à revendiquer. Devant la une de l’Express qui titrait « le nouveau pouvoir des cathos », Mgr Podvin le porte parole des évêques de France qui est sur tous les plateaux en ce moment, se dit… amusé. Honoré aussi qu’on prête tant d’influence et de pouvoir aux catholiques. De fait, là on est en plein fantasme. Nicolas Sarkozy n’a pas encore de Raspoutine !

La vérité c’est que les cathos ne critiquent pas : ils sont sans cesse en train de construire et de proposer. Ils ont des contre projets crédibles et le font savoir. Une vision sociale. En matière de bioéthique, par exemple ils sont même les seuls. Ils ne suscitent plus l’indifférence, et c’est mieux comme ça. On ne s’intéresse pas à celui qui ne gêne pas, ou ne fait pas réfléchir.

Alors oui on parle de nous. Trop peut-être. Tant pis. Après tout, ces médias viennent nous chercher. On râle quand ils nous ignorent ; faudrait-il râler quand ils souhaitent parler de nous ? Faudrait-il que la génération Benoît XVI devienne celle qui soit fatiguée d’assumer ? Prenons la parole, rendons compte de l’espérance qui est en nous. Chacun selon ses compétences et ses charismes : dans un blog, une piste de kart, un cd de variétés !

On fera des erreurs ? On prendra des coups ? Sûrement. Ce n’est pas grave. Car en fait, nous pourrions aimer l’adversité : elle nous oblige à pratiquer la charité dans la vérité. Et à donner le meilleur de nous-même. 

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019) et de divers spectacles (Jean-Paul II, Charles de Foucauld, Madame Elisabeth). De 2013 à 2018, il anime l'émission "Un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame. Depuis sept. 2019, il répond à "Pourquoi Padre ?" sur KTOtv.