Scroll To Top

Fêter Noël après le massacre de Newtown

Publié le 18 Déc 2012 à 12:49 Foi 4 commentaires

Il y a quelques jours, un jeune de vingt ans assassinait vingt-six personnes, dont vingt enfants, dans une école de Newtown aux USA. Pour les familles frappées par ce drame, comment entendre l’annonce d’un Sauveur ? Comment parler de Noël après ce massacre ? Il ne faut pas sous-estimer la force de cette objection, ce sentiment très profond d’injustice qui se retourne contre Dieu : « Seigneur, que faisais-tu à Newtown ce jour là ? » ; « qu’est-ce que ta venue a changé ? ».

Cet événement et les questions qu’il pose nous forcent à considérer Noël un peu différemment. A redécouvrir derrière la joie parfois un peu naïve de Noël les indices d’une certaine gravité. Cet enfant sur le bois d’une mangeoire est le même qui, trente-trois ans plus tard, sera couché sur le bois de la croix. L’ombre de celle-ci se mêle à la lumière de Noël. Le drame a déjà commencé. Quelques jours après, la joie de Noël laissera la place à l’effroi : Joseph et Marie doivent s’enfuir précipitamment en Egypte car Hérode massacre des milliers d’enfants. Déjà, le déchaînement du mal contre cette naissance, contre Dieu, prend la forme d’un massacre d’innocents. Oui, l’enfant Jésus vient naître dans un monde blessé, au cœur d’un combat immense dont l’enjeu est notre salut. Nous ne pouvons comprendre Noël sans regarder la Croix.

La joie de Noël est réelle : le Sauveur vient. Mais elle est aussi grave : Jésus vient non pour supprimer le mal mais pour l’affronter et le vaincre sur la Croix.

Dans ces moments si douloureux – pour les familles de Newtown et pour toutes celles qui souffrent – Noël est pourtant une double consolation.

A Noël, Dieu se fait proche

Il se fait l’un de nous pour que jamais nous ne puissions penser qu’Il est insensible ou indifférent aux drames que nous traversons, aux joies et aux peines qui marquent nos vies. C’est tellement vrai que Jésus ira jusqu’à dire : « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait… ».

Où était Dieu à Newtown ? Il était dans cet enfant assassiné. Il était dans cette mère épleurée, hurlant le nom de son petit disparu. Il était dans ce père qui aurait tout donné pour pouvoir protéger son fils ou sa fille.

Que fait Dieu à Newtown ? Il pleure avec nous. Comme Il a pleuré sur Jérusalem, dont Il aurait tant voulu éviter la ruine. Comme Il a pleuré sur la mort de Lazare, sur cette mort qui n’était pas dans son plan à l’origine. Cette mort qu’Il n’a pas voulue, que le péché a introduite dans le monde. Dieu pleure sur cette liberté si souvent dévoyée : il l’avait offerte à l’homme pour croire et aimer. Elle est aujourd’hui profanée, utilisée pour tuer, blesser, salir, casser… Dieu pleure sur notre fragilité et nos souffrances, Il les connaît bien, Il les a portées un Vendredi Saint.

Dieu pleure avec ceux qui pleurent la mort de ces enfants de Newtown, Dieu pleure le massacre des innocents qui ne cesse de se reproduire depuis 2000 ans… Il n’a pu l’éviter au lendemain de Noël, tout comme aujourd’hui. Avant de nous sauver, Dieu a voulu pleurer.

Que fait Dieu depuis 2000 ans ? Depuis cette nuit de Noël, depuis ce jour du Vendredi Saint, depuis ce matin de Pâques… Dieu nous sauve.

Dieu nous sauve de la désespérance

Il nous sauve de la désespérance en permettant que notre vie sur terre s’ouvre sur la vie éternelle, pour que la Vie ait le dernier mot. Pour que la vie de ces enfants ne se réduise pas à cette ultime souffrance. Pour qu’il y ait des retrouvailles.

Dieu nous sauve de la désespérance, en permettant qu’au cœur de nos enfers terrestres, l’amour soit encore possible. C’est cette enseignante qui au risque de sa vie sauve ses écoliers, ce sont celles qui été tuées en aidant leurs petits élèves à fuir. C’est ce père de famille, dont l’enfant a été tué, qui demande qu’on prie aussi pour la famille du meurtrier. C’était aussi, hier, Maximilien Kolbe à Auschwitz qui offre sa vie pour prendre la place d’un condamné. C’était cet enfant que je connaissais, qui sur son lit d’hôpital, alors que sa fin s’approchait, s’inquiétait encore de ses voisins de chambre et qui a offert sa vie pour que son oncle, non-croyant et lui aussi malade, redécouvre l’amour de Dieu avant de mourir.

Dieu nous sauve de la désespérance, en permettant même qu’il puisse y avoir, au cœur de nos épreuves, une mystérieuse mais réelle fécondité. Le Président Obama le disait, au bord des larmes : « en rentrant chez moi, je vais serrer très fort mes enfants dans mes bras et leur dire que je les aime ».

Si nous pouvions retirer de ces drames au moins ce profond amour de la vie, ce respect de la vie, cette conscience que notre vie fragile est belle et précieuse !

Si nous pouvions en retirer le désir de ne pas remettre sans cesse à plus tard ces gestes et ces paroles de tendresse et de charité qui disent peut-être l’évidence, mais une évidence qu’on redécouvre comme étant un don si fragile !

Voilà la puissance de Dieu. Elle ne vient pas supprimer la liberté de l’homme, même quand cette liberté est profanée pour faire le mal. Elle ne vient pas supprimer le mal et la souffrance, ce lourd héritage du premier péché dont nous faisons d’une façon ou d’une autre l’expérience dans notre vie. La puissance de Dieu vient affronter tout cela, la traverser avec nous et nous offrir cette certitude que ce mal n’aura pas le dernier mot. Nos calvaires, grands ou petits, nos vendredis saints, seront suivis un jour d’un matin de Pâques ! Et cela aussi est déjà en germe à Noël…

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé des paroisses de Saint-Cyr-l’École et de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).