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Prêtre, je vis bien mon célibat : normal ?

Publié le 04 Fév 2011 à 22:52 Église 20 commentaires

140 … ils sont 140 « théologiens » européens à avoir signé un appel réclamant le mariage des prêtres, l’ordination des femmes et l’acceptation par l’Eglise des couples homosexuels.

Evidemment, la presse en parle. De ces 140 là. Pas de ceux qui, beaucoup plus nombreux, ne réclament rien du tout et sont heureux de voir inchangée la discipline de l’Eglise. Il y 400.000 prêtres dans le monde : 140 c’est 0, 035 % d’entre eux … Pas de quoi fouetter un chat !

Il parait même que dans les années 1970, le cardinal Ratzinger « s’interrogeait » sur la question. Vous allez voir. Bientôt on va nous sortir un texte tendant à prouver que Jean-Paul II « s’interrogeait » sur les bons côtés du communisme de l’autre côté du rideau de fer ! Tenez, il me prend l’envie de m’y mettre moi aussi. Si j’avais le temps, je partirais en quête de signatures pour lancer un appel. Un appel en faveur du célibat des prêtres ! Je suis certain de trouver des milliers de soutiens rien que parmi les 20.000 prêtres de France. En fait, j’en ai …. marre ! Marre de chez marre !

A l’heure où un mariage sur trois conduit à un divorce, à l’heure où le mariage lui-même est si attaqué, remis en cause, considéré comme archaïque et obsolète, il y a deux catégories de gens qu’on veut absolument marier : les homos et les prêtres ! Mais f… leur la paix !

Oui, l’Eglise pourrait un jour ordonner des hommes mariés. Je le sais et on ne m’apprend rien ! Jusqu’au 5ème siècle environ les prêtres étaient le plus souvent mariés. Les apôtres l’étaient déjà puisque Simon-Pierre a une belle-mère (le pauvre !).

De nos jours, c’est encore le cas – et de façon habituelle – chez nos frères orientaux. En Occident, les diacres permanents sont également mariés. Plus récemment encore, nous avons accueilli de nombreux prêtres anglicans mariés qui ont rejoint l’Eglise catholique à la suite d’évènements survenus dans la communion anglicane et que leur conscience n’a pu accepter. Comme par exemple (tiens donc ?) l’ordination de femmes prêtres.

Mais tout cela reste mineur. La grande tradition de l’Eglise latine, son grand trésor, c’est le célibat. J’en vois tous les jours la signification et la fécondité. Voire même un argument pastoral.

Il n’y a pas une seule réunion d’aumônerie, une seule discussion avec nos scouts et guides, un seul topo de retraites de Profession de Foi ou de Confirmation où ce sujet n’est pas abordé. A tous les coups on gagne ! Parce que le célibat consacré ne cesse de poser question aux générations d’après mai 68 à qui on a juste dit « sortez couverts ! ».

Le célibat pour le Seigneur proclame que Dieu peut combler un coeur. Profondément. Durablement. Il offre au monde le témoignage d’un engagement total : notre époque n’en a-t-elle pas besoin ?

Non le prêtre n’est pas l’otage du Vatican. Il ne subit pas le diktat de Rome. Son célibat, il l’a choisi personnellement, mûrement réfléchi même – au séminaire – pendant 8 années d’études. 8 ans de fiançailles : on a le temps de s’y faire et de s’y préparer, non ?

Je connais des frères prêtres qui ont remis en cause ce choix. Non pas simplement en signant un appel … mais aussi dans les faits. Par lassitude ? Usure ? Tentation ? Isolement ? Peut-être un peu de tout ça … loin de moi la seule idée de les juger. Lorsqu’on perçoit une règle comme une contrainte et non plus comme une grâce alors on ne tient pas longtemps. Après tout, n’est-ce pas un peu pareil chez les couples ?

Mais l’épreuve (ou l’échec) n’est pas la négation de la vérité et de la beauté d’un engagement. Et je laisse de côté les prétendues « exigences » du corps : manger, boire dormir … oui c’est vital ! Mais on peut vivre sans activité sexuelle …. sinon, moi, je serais mort depuis longtemps !

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’on ne peut pas vivre heureux sans se donner d’une façon ou d’une autre. Voilà ce dont l’homme a d’abord besoin : trouver comment se donner, vivre le don de soi !

Finalement, voilà le sens profond de notre célibat : le prêtre se donne pour témoigner de la joie du don, à travers chaque vocation, et vous y préparer. S’il avait une femme et des enfants, ils auraient légitimement la première place dans son coeur. Avec son célibat, la priorité c’est vous !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019). De 2013 à 2018, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).