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La Pentecôte : une des meilleures choses qui soit arrivée à l’Eglise

Publié le 18 Mai 2018 à 20:00 Foi Aucun commentaire

Vantant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le politologue Thomas Guénolé regrettait dernièrement que la fête de l’Ascension soit fériée. Il oublie comme beaucoup que si l’Etat est laïc et s’en tient à une neutralité minutieuse, parfois tatillonne, notre société, elle, ne l’est pas.

Après l’Ascension, vient donc la Pentecôte. Puis, ce sera le 15 août, fête de l’Assomption de Marie. L’année scolaire reprendra avec Toussaint, Noël … Entretemps, je n’aurai pas manqué d’envoyer à M. Guénolé un cordial message d’amitié le 3 juillet, jour de sa fête, celle d’un apôtre du Christ un peu incrédule !

Mémoire et identité

Les adeptes d’un nouvel intégrisme laïc vont décidément avoir du mal pour effacer 1500 ans d’histoire chrétienne dans notre pays. Un catholicisme qui a fondé ce pays et sa culture. Cet été encore, des dizaines de millions de touristes vont à nouveau venir admirer nos cathédrales et nos églises. Du Mont Saint-Michel à Rocamadour, du Sacré-Cœur de Montmartre à la Bonne Mère de Marseille, mais aussi du fromage à la station de métro, du nom de la moquette à celui de la lessive, du nom de nos rues à ceux de nos villes et de nos villages, tout – ou presque – dans l’hexagone, respire le christianisme. Jean-Luc Mélenchon, mentor de M. Guénolé, ne s’y était pas trompé en portant fièrement un rameau d’olivier à la boutonnière, lors d’un mémorable discours prononcé à Marseille en pleine campagne présidentielle et qui avait justement lieu … le jour du dimanche des rameaux !

« Le liquide amniotique de la France, son ADN, c’est la foi chrétienne » me disait dernièrement le recteur de l’une des mosquées voisines de ma paroisse. Le pire aveugle est décidément toujours celui qui ne veut pas voir. Oui, il y a « des connotations religieuses » dans l’histoire de ce pays. Cela s’appelle un héritage : une identité à transmettre et à faire aimer. Cela déplaira à tous les esprits chagrins qui ne cessent d’alimenter la machine à fabriquer des déracinés. Qui veut pour ce pays des individus qui ne savent pas où aller car ils ne savent pas d’où ils viennent ? Comment intégrer ceux qui nous rejoignent et leur faire aimer notre pays si nous n’aimons pas ou ne connaissons pas notre propre histoire ? Une identité fragile ou amputée n’aide pas à avoir confiance ni à s’ouvrir. Savoir qui on est rend au contraire encore plus libre et solide.

Dans le paysage national, nos clochers et nos églises sont pour beaucoup, croyants ou non-croyants, des lieux de repère et de mémoire. Des lieux où des baptêmes et des communions ont été célébrés, où des parents se sont mariés, où des proches ont été enterrés … Nous avons une responsabilité vis-à-vis de ces édifices trop souvent vides. Réveillons-nous ; redécouvrons ce patrimoine ! Si les Français tiennent à leurs églises, il faudrait d’abord qu’ils en reprennent le chemin, qu’ils se réapproprient la foi de ceux qui les ont construites et qu’ils croisent aussi sur leur route des chrétiens authentiques.

Un militant communiste me confiait dernièrement que l’Eglise catholique le fascinait. On peut comprendre son admiration : une « internationale » de plus d’un milliard de membres avec deux mille ans d’histoire, le même message et le même fonctionnement … ça marque ! Le secret de cette longévité nous vient tout droit de la Pentecôte, l’un des plus beaux évènements qui soit arrivé à l’Eglise.

Un détonateur pour un élan missionnaire

Depuis ce jour, en effet, les chrétiens refusent d’être un club de gens qui restent entre eux. La Pentecôte est la fête où ils se découvrent appelés à prendre la parole. Pour annoncer la foi qui sauve et les fait vivre. Pour servir la dignité de chacun et le bien de tous. Cette dignité, tous – croyants ou non – nous pouvons la reconnaître. Mais les chrétiens puisent dans l’événement de la Pentecôte le devoir impérieux de la proclamer et de la défendre « pour contester les faux semblants et toutes les idolâtries » comme le dit José Bové, ajoutant, un brin malicieux « à partir de là, tu te démerdes » (sic). Depuis la Pentecôte, l’Eglise se fait donc la voix des sans voix, des plus fragiles et des plus pauvres, de l’embryon au vieillard malade, en passant par l’immigré, l’enfant à naître ou à adopter. Certains prêtres paient cet engagement de leur vie, comme récemment en Centrafrique ou au Mexique. Qui sait que dans ce pays, pas moins de 23 prêtres ont été assassinés en à peine six années ? C’est encore l’Esprit de Pentecôte qui leur a donné la force d’être des martyrs, comme hier le Père Hamel ou le Père Popieluszko.

Plus que de se « démerder », les chrétiens comptent surtout sur l’action en eux de l’Esprit de Dieu, le véritable et puissant détonateur de la Pentecôte. Chaque année, en France, des milliers d’entre eux réclament pour cela le sacrement de confirmation, et à des âges très différents. Ce faisant, ils mettent leurs pas à la suite d’un humble charpentier de Nazareth qui a révolutionné le monde. A la suite de ce Dieu fait l’un de nous, pour être proche de tous, nous sommes appelés à poursuivre cette révolution de la charité. Loin de toute violence, cette révolution nous entraîne à prendre soin de ce monde blessé mais aimé. Ce désir de servir ce monde dans ses fragilités et ses grandes aspirations, devrait nous rassembler, croyants et non-croyants. Ce sera une autre belle façon de faire vivre notre héritage commun !

[Tribune publiée dans Le Figaro « Vox » du week-end de Pentecôte, 18 mai 2018]

À propos de l'auteur :

Abbé Amar

Abbé Amar

44 ans. Diocèse de Versailles. Licencié en droit et en théologie, il est curé de la paroisse de Limay (78). Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016). Depuis 2013, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).