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La vie amoureuse des prêtres

Publié le 21 Mar 2012 à 02:53 Medias 14 commentaires

Malaise… c’est le mot qui revient sur les lèvres de beaucoup après la récente et pitoyable émission « La vie amoureuse des prêtres » (parue sur France 2 dernièrement).

A dire vrai, ce n’est pas sans hésiter que nous revenons sur ces images, préoccupés de faire involontairement la publicité d’une émission qui n’en mérite aucune. Cette hésitation explique le délai de notre réaction ; elle a néanmoins permis de prendre du recul et de partager aujourd’hui quelques convictions.

Manipulation et parti pris

Dès l’introduction du reportage, la thèse officielle est annoncée : le célibat est d’un autre âge, il est d’ordre disciplinaire, imposé par un diktat de Rome, où l’autorité se fait rétrograde et oppressante. Toute transgression vaudra exclusion. C’est un premier mensonge… sur fond d’émotion télévisuelle. Ces hommes ne s’étaient-ils pas engagés, en toute liberté et connaissance de cause, après six années de discernement ? S’ils ne tiennent pas leur engagement, et qu’ils sont donc infidèles à la parole donnée, quel crédit accorder à leur témoignage ? Où est le vrai « tabou » dont on nous rebat les oreilles tout au long de l’émission ? Certainement pas dans les amalgames et fausses vérités ressorties pour étayer la thèse officielle. On y entend par exemple que la moitié des prêtres vivraient une double vie. Mais d’où sortent ces chiffres ? Soyons sérieux ! La vie des prêtres est transparente ; on est ici dans la quasi-calomnie et, en tous cas, très loin du journalisme professionnel ! Mgr Ulrich, en première ligne sur cette affaire, monte courageusement au créneau sans oublier de faire part de sa douleur. On peut même rendre hommage à la discrétion maternelle et respectueuse de l’Eglise pour des fils qui ne lui sont plus fidèles.

Beauté du célibat et valeur de l’engagement

La vérité, c’est que dans un monde déboussolé, où l’on doit même redonner la définition du mariage et expliquer le caractère fondamental de la plus petite cellule vitale de la société qu’est la famille, le célibat est une force. Il n’est ni mépris de la chair ni aversion de la sexualité mais un choix libre, exigeant et fécond. Padreblog en avait déjà parlé. La confession publique de ces hommes devant les caméras est pour nous l’aveu d’une infidélité : un peu de pudeur et de discrétion auraient été plus honnêtes. Et disons-le : savoir que des chrétiens puissent applaudir à la « sincérité » d’un tel choix fait mal …

Signe de contradiction

L’émission a paradoxalement un avantage : celui de montrer qu’au 21ème siècle, le célibat est un témoignage et un signe de contradiction, plutôt qu’un décalage social. Il s’agit ni plus ni moins de l’anticipation du Royaume de Dieu : une annonce des noces éternelles où le Bien-Aimé comblera les cœurs de tous. Il est aussi une force de conversion et un réel témoignage. Le prêtre n’est ni un fonctionnaire, ni un permanent en pastorale, ni un acteur de lien social. Il est un « autre Christ » ; l’expression claque d’ailleurs brutalement dans le reportage. C’est peut-être le seul moment où une théologie authentiquement catholique est mentionnée. Autre Christ donc, c’est-à-dire configuré à Lui jusque dans l’offrande de soi, avec son corps, donné tout à tous.

Univocité des médias

Disons-le : ce reportage est exhibitionniste. Il préfère faire la part belle à des « soldats perdus » plutôt qu’aux milliers de prêtres heureux et fidèles. Il n’aborde encore moins l’enseignement de Jean-Paul II, récent et moderne, sur le mariage et la sexualité humaine. Cette exhibition est malsaine et manipule l’opinion. On attendait mieux d’une chaîne du service public ! Il faut du coup être honnête et se réjouir d’une autre émission de la même chaîne. En avril 2011, l’émission « Dans les yeux d’Olivier » sur les mystères de la Foi avait notamment permis de présenter la vie consacrée des religieuses du Pesquié : le rayonnement de leur joie et la radicalité de leur célibat crevait l’écran.

Soutien de la communauté

Le prêtre n’est pas un homme tombé du ciel, une météorite étrangère qui doit vivre « pur au milieu des impurs ». Il est nommé dans une communauté pour l’accompagner et la guider… et son équilibre vient aussi du lien que sa communauté établit avec lui. Prions pour nos prêtres, ceux qui sont fidèles et ceux qui sont infidèles. Tous ont été appelés et ordonnés pour nous servir. Prions aussi pour nos évêques qui ont la garde du troupeau !

NB : cet article a fait l’objet d’une chronique sur Radio Notre-Dame (100.7 fm) dans l’émission « le BlogNote » du 08/03/2012.

Illustration : « Leon Morin Prêtre » un film de Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo, 1961

À propos de l'auteur :

Abbé Seguin

Abbé Seguin

Après avoir commencé des études de médecine, il est ordonné prêtre pour le diocèse de Paris en 1995 par le Cardinal Lustiger. Vicaire en paroisse (Saint-Séverin et Saint-Etienne du Mont), aumônier de grands établissements parisiens (Louis-le-Grand, Stanislas) et de routiers scouts, il a été pendant 7 ans aumônier général de Saint-Jean de Passy. Il est désormais à Rome à l’Institut Jean-Paul II pour la famille et le mariage.