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Le Pape au pays des Cristeros

Publié le 26 Mar 2012 à 15:20 Église 8 commentaires

Vendredi 23 mars, le Pape Benoît XVI est arrivé au Mexique, pour un voyage de quelques jours qui doit le mener ensuite à Cuba. C’est l’occasion de se rappeler que le Mexique est un pays marqué par une histoire religieuse paradoxale : deuxième pays catholique au monde, avec 96 millions de fidèles, il a pourtant connu une persécution antireligieuse très dure, au début du XXème siècle. Le gouvernement de l’époque, notoirement athée et franc-maçon, a mis en place une constitution anticléricale qui servira de base à une persécution légale à partir de 1924. Un épisode trop peu connu de l’histoire s’ouvre alors, avec la révolte spontanée des fidèles catholiques, pour défendre leur foi. Les « Cristeros » et tout le Mexique payeront très cher cette insurrection, qui fera pas moins de 90.000 morts. Parmi eux, Jean-Paul II a canonisé 34 prêtres et laïcs, reconnus officiellement martyrs, dont le jeune José Luis Sanchez del Rio, assassiné le 10 février 1928 à l’âge de 14 ans, après avoir été torturé. La révolte prendra fin officiellement en 1929, quand le gouvernement redonnera la liberté de culte aux Mexicains. Mais les pressions, une persécution insidieuse et les assassinats continueront jusqu’en 1940, date de l’élection d’un président catholique à la tête du Mexique. Il y avait au début de la répression 4.500 prêtres au Mexique, il n’y en aura plus que 335 en 1934 …

Cette histoire a laissé des traces …y compris dans la constitution mexicaine actuelle, toujours marquée par un fort laïcisme. Dans un discours officiel devant les autorités civiles, le Cardinal Bertone, le « 1er ministre du Pape », n’a pas manqué de rappeler  l’importance de reconnaître la liberté religieuse des individus, qui fait partie des droits fondamentaux de l’homme.

Mais le voyage du Pape ne s’est pas réduit à cette question, bien au contraire. Accueilli par un pays blessé par la crise, la pauvreté, la corruption et surtout par la violence et le crime organisé liés au trafic de drogue (plus de 50.000 morts en 5 ans), le Pape a déclaré venir « comme pèlerin de la foi, de l’espérance et de la charité » pour aider les fidèles « à dépasser la fatigue de la foi et récupérer la joie d’être chrétiens ».

Une façon de rappeler que la conversion personnelle, et le christianisme, vécu de façon authentique, pouvaient être le levain dans la pâte capable de transformer toute une société, là où « les stratégies humaines ne suffisent pas pour nous sauver ». La foi, l’espérance et la charité sont le moteur du profond et réel du changement qu’attend le peuple mexicain. Ainsi l’année de la Foi, voulue par Benoît XVI, permettra d’offrir par un approfondissement réel de la foi de chacun, des fruits de justice, de paix et de charité pour tous. Benoît XVI souligne ce qui est vrai pour nous tous : quand nous résistons à « la tentation d’une foi superficielle et routinière, parfois fragmentaire et incohérente », et que « nous ne faisons rien passer avant le Seigneur » nous permettons que « le mal n’ait pas le dernier mot de l’Histoire ».

Un message attendu et entendu si on en juge les observateurs, surpris de la ferveur suscitée par ce voyage de Benoît XVI. A son arrivée, la foule l’attendait dans une liesse indescriptible, tout au long des 34 km qui séparaient l’aéroport de la ville de Léon ! C’est un véritable « triomphe », qui fait s’exprimer ainsi l’envoyé du Figaro, à l’issue du voyage, sur le réseau Tweeter  :« Benoit XVI va quitter le Mexique pour Cuba. Il a fait un tabac. Incroyable liesse populaire. A la Jean-Paul II ! Du jamais vu dans ce pontificat ».

Souhaitons que le déplacement du Pape à Cuba, dans un contexte bien différent, porte tout autant de fruits.

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).