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Non, on n’ira pas tous au paradis

Publié le 25 Nov 2021 à 09:50 Foi Aucun commentaire

Pour ceux qui ne sont pas satisfaits par une théologie des fins dernières plus inspirée par Michel Polnareff que par la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église, Padreblog est allé à la rencontre du Père Jean-Marc Bot, prêtre du diocèse de Versailles, auteur d’ouvrages de références sur ce qui nous arrivera dans la vie éternelle : Le paradis – Goûter la joie éternelleLe purgatoire – Traverser le feu de l’amour ; L’enfer – affronter le désespoir (Éditions Emmanuel). Soyons clairs : on n’ira pas tous au paradis. Voilà pourquoi.

Padreblog : Souvent pendant les obsèques, on entend des phrases comme « Le Seigneur ne retiendra de la vie du défunt que ce qui est bon ; le reste, il le pardonnera. » Pourquoi le catholicisme contemporain a-t-il tant de mal à parler de la justice de Dieu ?

Père Jean-Marc Bot : Si les chrétiens veulent annoncer la bonne nouvelle dans ce monde désaxé ils doivent abandonner toute vision « bisounours » de la réalité sociale. Avec Rimbaud, poète résolument moderne, ils se diront : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul » (Une saison en enfer). La grâce qui coûte doit l’emporter sur la grâce à bon marché.

Quand on étudie la notion de justice, on comprend qu’il ne peut y avoir de demi-mesure en la matière. Soit il n’y aura jamais de justice, et c’est un constat désespérant ; soit il y aura une justice totale, absolue, couvrant tous les temps et tous les lieux, et cette justice n’est pas de ce monde. S’il est impossible que l’injustice soit la conclusion ultime de l’histoire, alors Dieu seul détient la réponse. C’est ce raisonnement que Benoit XVI a développé dans son encyclique Spe Salvi (n°43). Ce qui lui fait dire : « Je suis convaincu que la question de la justice constitue l’argument essentiel, en tout cas l’argument le plus fort, en faveur de la foi en la vie éternelle ».

Il y a aussi ceux qui parlent de l’enfer comme d’une possibilité : puisque Dieu respecte la liberté humaine, l’homme doit pouvoir le refuser. Peut-on se satisfaire d’une telle conception ?

Ceux qui pensent que l’enfer est impossible confondent leur désir avec la réalité, tout comme les théologiens qui imaginent l’enfer comme une possibilité virtuelle. A mon avis, l’enfer est non seulement possible mais déjà réel. Pour ceux qui acceptent simplement la Révélation, conformément à la Tradition et à la science des saints : tous les hommes ne seront pas sauvés, même si nous sommes incapables d’identifier les damnés. Le concile de Quierzy, en 853, dit ceci : « Dieu tout-puissant veut que tous les hommes sans exception « soient sauvés » (1Tm 2,4), bien que tous ne soient pas sauvés. Que certains se sauvent, c’est le don de celui qui sauve ; que certains se perdent, c’est le salaire de ceux qui se perdent ». Malheureusement il y en a « beaucoup » qui se perdent, comme le révèle Jésus dans l’Evangile (Lc 13,24), et comme l’a confirmé la Vierge Marie, dans ses apparitions aux enfants de Fatima, le 19 août 1917.

Peut-être a-t-on du mal à comprendre le processus qui conduit l’homme à se couper de Dieu au long de sa vie. Pouvez-vous nous le décrire concrètement ?

Le processus qui conduit à se couper de Dieu est surtout celui qui conduit à se couper du prochain. Le second commandement, appelé « règle d’or », suffit à Jésus pour sa mise en scène du Jugement dernier (Mt 25,31-46). Que l’on reconnaisse Dieu ou non, ce qui compte pour le salut éternel se résume en deux vertus : amour de la vérité et vérité de l’amour. Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour vrai, non sur la connaissance. Dans cette dimension universelle, la banalité du mal rend évident que le chemin de l’enfer n’est pas réservé aux pires dictateurs. Puisqu’il est pavé de bonnes intentions, beaucoup de monstruosités se cachent sous le masque de la vie ordinaire. Il suffit de suivre l’actualité judiciaire pour en détecter quelques-unes…

L’enfer dont parle Jésus est le développement maximum du péché, le péché « au carré » en quelque sorte. On appelle péché mortel la faute grave commise en pleine conscience et avec entière responsabilité. Quelle que soit la gravité de la faute, elle peut être pardonnée moyennant un repentir sincère. Mais sans repentir, arrivée à un point de non-retour, elle se fige en « faute éternelle » (Mc 3,29), impardonnable. La mort spirituelle consiste alors à étouffer la voix profonde de la conscience dans laquelle l’Esprit Saint souffle en permanence : « Fais le bien, évite le mal ». 

Concrètement deux types d’attitudes mènent à cette perversion : le désespoir noir et le désespoir blanc. Le premier se dit, plaidant coupable : « Je ne me le pardonnerai jamais ». Le second, plaidant non coupable : « Je n’ai de leçon à recevoir de personne ». Auto-condamnation ou autojustification, Dieu se heurte ici à un huis-clos bétonné. Voilà la pire injure que l’on puisse lui faire : désespérer de sa Miséricorde ; ce que Jésus appelle « le blasphème contre l’Esprit Saint ». L’interruption volontaire de la Grâce inaugure la seconde mort. « C’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot « enfer » » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1033). Le châtiment qui s’ensuit, dans l’au-delà, s’accompagne d’un perpétuel remords, avec la rage d’une existence ratée, sans le moindre repentir. 

Dernière question : comment une conception équilibrée de l’enfer peut-elle nous aider à vivre notre vie avec plus de sérieux et plus de fécondité ?

La foi en la révélation du plus terrible mystère nous plonge dans l’humilité. En nous mettant à l’école des saints, nous envisageons le risque de perdition d’abord pour nous-même. La promesse du bonheur éternel au ciel, livrée à notre liberté cheminant au bord du gouffre, nous stimule pour avancer avec exigence, vigilance et gravité, sur la voie du plus grand amour.

Par rapport aux autres, nous nous abstenons de porter des jugements derniers sur les personnes, car nous ne connaissons pas le secret des cœurs. Mais il nous revient de porter des jugements avant-derniers sur les actes mauvais. Notre responsabilité est de contribuer au salut de tous. La charité nous presse de prier chaque jour pour ceux qui ne croient pas, qui n’espèrent pas, qui n’aiment pas, qui ne prient pas. Et l’espérance nous guide pour offrir autour de nous davantage de lumière sur l’enjeu final, tellement vertigineux, de notre vie terrestre. 

[Propos recueillis par le père Jean-Baptiste Bienvenu]

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