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On ne peut gouverner sans écouter !

Publié le 27 Mar 2013 à 08:32 Politique 11 commentaires

« On ne peut gouverner sans écouter  » : ce sont les mots prononcés par Mgr Podvin, porte-parole des Evêques de France, au soir du dimanche 24 mars. Ils résonnent comme un avertissement solennel lancé au gouvernement et au Président de la République. Pourquoi ?

Comme prêtres, nous ne rêvons pas de mettre le pouvoir en difficulté : l’Eglise a toujours encouragé ses fidèles à reconnaître l’autorité légitime en place et à se comporter en citoyens exemplaires. Le Vendredi Saint, l’Eglise nous fait même prier solennellement pour ceux qui nous gouvernent. Mais comme prêtres, avec nos évêques, nous sommes inquiets pour notre pays.

Inquiétude

Le débat ne nous fait pas peur. Il est légitime. Nos évêques l’ont demandé à plusieurs reprises. Non pas un débat partisan (parfois de nuit) ou des auditions truquées, mais des Etats Généraux de la Famille qui nous auraient permis d’approfondir tous ensemble, citoyens croyants et non-croyants, ce thème essentiel pour la vie de notre pays.

Le gouvernement n’a pas voulu organiser ce débat. Il fallait aller vite, l’opinion publique était en train de se réveiller. Déjà, les français se déclaraient majoritairement défavorables à l’adoption pour les couples de même sexe. Les trois grandes religions ont demandé ce débat et alerté le pouvoir sur les conséquences de la loi Taubira : priver des enfants de la complémentarité Père/Mère c’est un risque et une injustice. Les pédopsychiatres, les juristes, les élus, les associations familiales … tous ont réclamé un débat de fond. Le gouvernement a répondu qu’il aurait lieu à l’Assemblée. On a eu le droit à un affrontement partisan. A part quelques voix libres des consignes de leur parti, ce fut une guerre de tranchée.

Nous sommes inquiets car notre pays ne semble pas capable de débattre sur ce qu’il a de plus cher : sa jeunesse, ses familles, ses enfants. Il aurait été tout à l’honneur de nos responsables politiques de rendre possible ce débat, de l’encourager et de le mener avec dignité, à l’écoute de tous. Ils ne l’ont pas voulu. Au contraire, on a cherché à caricaturer les opposants au projet de loi de Madame Taubira. On a voulu nous culpabiliser en nous accusant d’homophobie, nous faire taire et nous ignorer. Un ministre a même voulu nous empêcher d’en parler dans nos lycées catholiques, pendant qu’une autre en faisait la promotion dans un collège public !

Un mouvement qu’on ne peut ignorer

Le 17 novembre, à la surprise générale, un élan semble naître dans la rue. Il est confirmé le 13 janvier par cette immense foule pacifique, joyeuse, bienveillante qui est venue de toute la France pour réclamer qu’on prenne en compte les droits de l’enfant. Ordre est donné de minimiser. Le chiffre de la police est tellement ridicule qu’il se retourne contre elle. Le Préfet doit se justifier sans réussir à convaincre. Sous la pression, le Président finit par recevoir trois représentants pendant 20 minutes.

Et puis plus rien… Une pétition de 700.000 signatures arrive au C.E.S.E : elle est refusée.  La même tactique est utilisée : on fait le dos rond, on laisse passer, on oublie et les médias tournent la page. Ils ne l’auraient fait pour aucun autre sujet.

Ce 24 mars, le monde politique et médiatique tablait sur l’essoufflement du mouvement. Le Préfet n’annonçait pas plus de 100.000 manifestants et prévoyait l’espace en fonction.

Mais ce jour-là, une foule encore plus nombreuse que le 13 janvier descendait dans la rue. Cette fois, le ton était plus ferme et plus déterminé. La colère nourrie de toutes les injustices passées était palpable, à fleur de peau. Surtout quand tant et tant de familles venues souvent de loin, avec tous les sacrifices financiers que cela suppose, découvraient que l’espace alloué ne suffisait naturellement pas pour leur permettre de manifester.

La foule a débordé, oui.

Il ne s’agissait pas d’agitateurs d’extrême droite – ils ne sont venus qu’après la dispersion de la manifestation officielle et n’auront été qu’une infime minorité. C’était la foule des manifestants parqués, comprimés, étouffés qui voulaient juste exercer son droit à manifester. La foule de ceux qui n’étaient pas prévus. La foule de ceux que la Préfecture de Police n’avait pas voulu voir. La foule de ceux que les médias n’attendaient pas. Eux aussi avaient le droit de manifester. Ils ont été repoussés de façon violente. N’importe quel policier ou gendarme sait bien que le gaz lacrymogène envoyé sur une foule n’atteint pas seulement le premier rang d’adultes, mais bien tous les enfants, familles, personnes âgées qui sont derrière. Les forces de l’ordre avaient reçu des ordres de ceux qui n’avaient pas prévu, anticipé, accepté qu’un élan nouveau se soit levé et que cet élan était populaire, au sens le plus beau du mot.

Exaspération

La réponse à cette foule immense ?

Encore une fois, absurde. Inouïe. Qu’on en juge : le Ministre de l’Intérieur se sera concentré sur les éléments de langage fourni par son cabinet pour expliquer la différence technique entre gaz lacrymo et bombes aérosol, celles-ci ayant été utilisées par des policiers « agressés ». Les enfants atteints apprécieront… De lui, ou du Premier Ministre, pas un mot de compassion pour d’éventuels dommages collatéraux. Pas un mot de respect pour la foule immense et pacifique et pour ses convictions défendues sans violence. Le rapporteur de la loi au Sénat, Jean-Pierre Michel, se contentait d’insulter et de dénigrer les manifestants sur Twitter. La Présidence faisait savoir par un conseiller que rien ne changerait. Basta. Circulez.

Oui, nous sommes inquiets.

Car nous pressentons combien ce mépris nourrit l’exaspération et la colère.

Nous sommes inquiets car nous ne comprenons pas qu’aucun geste de compréhension ne vienne de celui qui voulait « rassembler » notre pays et qui est le Président de tous les français.

Nous sommes inquiets car le fossé se creuse de façon irrémédiable et nous avons l’impression d’assister à une fuite en avant de ceux qui nous gouvernent, là où il faudrait de l’écoute, de la concertation, de la sagesse et de la hauteur.

Prisonniers ?

De qui sont-ils ainsi prisonniers pour qu’une telle foule ne pèse pas assez dans leur décision ? De quoi sont-ils prisonniers pour que l’immense clameur de nos familles ne soit pas entendue ? De quoi ou de qui ont-ils peur pour chercher à ignorer, décrédibiliser ou caricaturer cette foule pacifique qui vient défendre, non pas ses intérêts ni même son emploi, mais les enfants et les familles. De quelle idéologie sont-ils imprégnés pour faire de cette complémentarité des sexes non plus une richesse qui nous ouvre à l’autre mais une limite à transgresser ? De quel aveuglement sont-ils atteints pour ne plus voir la complémentarité Père/Mère comme bien un précieux à protéger et à offrir à tout enfant, à chaque fois que cela est possible ? Que poursuivent-ils vraiment comme but non avoué ?

Notre appel

Le Président de la République va prendre la parole jeudi soir.

Comme prêtres, témoins de ce que nous avons vu et entendu, soucieux de servir la paix et le bien commun, nous espérons qu’il saura trouver les mots pour reconnaître et respecter ces centaines de milliers de français. Ils ne sont pas des citoyens de seconde zone, qu’on aurait le droit de diffamer ou de caricaturer. Ils ont droit d’être reconnus et écoutés par leur Président.

Qu’au delà des désaccords, notre Président se fasse rassembleur et remette du respect, là où ses ministres n’ont pas su sortir du déni et du manque de considération, trop bousculés par l’ampleur d’une mobilisation qu’ils n’avaient pas prévue et qu’ils ne comprennent pas.

Que le Président se fasse artisan de paix.

Que le Président se fasse défenseur des plus petits, des droits de l’enfant, de la parité au sein de la Famille pour le bien de l’enfant.

Que le Président reconnaisse ces français qui étaient dimanche dans la rue comme des citoyens qui ont le droit au respect. Qu’il les considère.

Que le Président ait le courage de suspendre ce projet de loi qui divise. Qu’il ait le courage et l’honnêteté qu’il demandait au Premier Ministre de l’époque en 2006, après les manifestations contre le CPE, pourtant déjà voté :

« Quand il y a des milliers et des milliers de citoyens, jeunes ou moins jeunes (…) mobilisés, à quoi sert d’attendre la prochaine manifestation ? (…). Il suffirait d’un mot, un seul, que le pouvoir hésite à prononcer : l’abrogation. Quand on a fait une erreur, il faut savoir l’effacer »

Que le Président se montre libre pour être un rempart à la violence. Il y a une grande violence dans le mépris du peuple et le déni de sa mobilisation quand cela vient des plus hauts responsables politiques. Notre pays n’a pas besoin de cette violence en ce moment. Il souffre déjà assez. Il a besoin de se rassembler. De se retrouver. En particulier, autour de la Famille, valeur refuge qu’il ne faut plus fragiliser.

Monsieur le Président, nous vous le redisons  :  « gouverner, c’est aussi écouter ».

Les Padre

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).