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Pourquoi être à Notre Dame de Paris le 8 décembre ?

Publié le 19 Nov 2011 à 18:23 Église 14 commentaires

Le communiqué a été publié mercredi 16 novembre sur le site internet du diocèse de Paris. Quatre lignes qui sont en fait un véritable évènement.

« Alors que le spectacle Gólgota Picnic, programmé à Paris à partir du 8 décembre prochain, insulte la personne du Christ en croix, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, invite jeudi 8 décembre à 20h ceux qui le veulent à une veillée de prière à Notre-Dame de Paris au cours de laquelle seront proposées une méditation de la Passion du Christ et la vénération de la sainte couronne d’épines » (source : site du Diocèse de Paris).

Certains de ceux qui avaient pourtant regretté l’absence d’interventions épiscopales lors de la pièce de Castellucci semblent faire la fine bouche ou au moins hésiter à répondre positivement à l’appel du Cardinal. D’autres au contraire – sans doute mal à l’aise avec les mobilisations passées et surtout avec l’image qu’en donnent les médias – ne savent pas très bien si cette fois-ci « il faut y aller ».
Voici quelques réponses à ces interrogations.

Une initiative exceptionnelle

Prenons d’abord conscience du caractère exceptionnel de l’initiative.
C’est sans doute la première fois depuis très longtemps qu’un archevêque de Paris organise une veillée à Notre-Dame, en réponse à un spectacle jugé offensant. Exceptionnel, car un évènement officiel organisé à Notre-Dame de Paris a toujours une portée nationale : cette cathédrale est le lieu des célébrations officielles, aux heures joyeuses ou douloureuses du pays. Le choix d’organiser une veillée dans ce lieu est donc un signal public très fort. Appeler les chrétiens à prier à Notre-Dame, ce n’est pas « se cacher » ou renouer avec « la pastorale de l’enfouissement », comme on peut le lire sur certains forums. Mais bien de donner une dimension nationale, publique et médiatique à l’expression de la peine et de la foi de ceux qui prieront ce soir là.

L’unité autour de la Croix

Le Cardinal Vingt-Trois a ensuite voulu que soient exposées les reliques de la Passion et en particulier la sainte couronne d’épines ; tout cela un soir de fête mariale, où la figure de Marie Immaculée aurait pu paraître plus légitime. Devant un spectacle qui est jugé insultant pour le Christ en croix, nous sommes invités à contempler le mystère de la Croix. Devant le dénigrement de l’Amour qui s’offre sur le Golgotha, nous sommes invités à y monter à notre tour, pour nous tenir dans la prière, vénérant ces souvenirs si concrets de la Passion. Cette relique nous rassemblera au delà des formes liturgiques. L’unité retrouvée devant la croix sera le plus beau témoignage à offrir au monde.

Pourquoi cet appel maintenant ?

Pourquoi agir maintenant et pas avant ? Parce qu’il y avait débat d’interprétation. Et également débat sur les intentions de Castellucci. Ce débat a traversé toutes les sensibilités, évêques compris, preuve qu’il était légitime. Comme l’annonçait dès septembre Mgr Podvin porte-parole de la conférence des évêques de France, avec Golgota Picnic, Garcia manifeste la volonté explicite de blesser, de dénigrer et de détruire gratuitement les représentations chrétiennes auxquelles nous sommes si attachées. La réponse n’est donc pas la même. Monseigneur Vingt-Trois entend la douleur des catholiques et leur besoin de l’exprimer. Dans son rôle de pasteur, il nous offre le moyen ajusté de le faire et nous accompagne personnellement, exprimant lui-même – publiquement – sa réprobation devant l’offense gratuite faite au Christ. Certains l’accusent de vouloir « prendre le train en marche ». L’argument est spécieux… car on ne parle pas de la même pièce. Mais il est vrai que face aux différents modes de mobilisation proposés et aux discours de certaines associations, face aux risques de caricature – ou de détournement de la bonne volonté des manifestants – face à la tentation de faire de notre douleur un combat et de nous y enfermer, nos évêques ont repris la main pour nous aider à discerner dans le tumulte ambiant l’attitude la plus juste face à ce spectacle et aux provocations à venir.
Comment ne pas s’en réjouir ?

Appel au bon sens

Certains critiquaient les évêques qui ne se manifestaient pas. Maintenant qu’ils agissent, ils murmurent encore en les soupçonnant de le faire avec de mauvaises intentions ! On n’en finit pas… Quoique fassent nos évêques, il y en a toujours qui ne savent plus se réjouir et même qui ne le veulent pas. Nous voulons penser que ceux-là sont une petite minorité et que les jeunes générations, celles qui ont été réveillées par le pape cet été à Madrid en particulier, sauront dépasser ces blocages avec bon sens et simplicité ! Au delà des maladresses réciproques et des blessures occasionnées, nombreux sont ceux qui veulent avancer derrière leurs chefs légitimes, les évêques donnés par le Pape, évêques qu’ils n’ont de cesse de respecter. Il faut que, le 8 décembre, Notre-Dame de Paris soit le lieu de la réconciliation, de la prière et de l’intercession afin que puisse germer un fruit de conversion de ces semaines douloureuses. Car, au fond, l’essentiel est là. Une fois que nous aurons exprimé notre douleur et prié dans ce lieu de paix sans nourrir l’affrontement, il faudra offrir la meilleure réponse sur le long terme à Golgota Picnic : le témoignage d’une foi renouvelée, priante, aimante, servante et missionnaire ! Le reste passera…

Les Padre

NB : nous reviendrons bientôt sur l‘initiative lancée par un collectif de laïcs de proposer une fleur blanche devant le théâtre : un geste sobre, pacifique et silencieux, impossible à caricaturer, pour exprimer avant la veillée, notre peine et notre appel au respect mutuel.

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).