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Présidentielles : les évêques prennent la parole

Publié le 05 Oct 2011 à 22:04 Politique Un commentaire

Avant même la fin de la primaire socialiste, et l’entrée officielle en campagne des autres candidats, les évêques de France s’invitent dans le débat politique pour 2012. Ils viennent de publier un texte offrant treize critères de discernement pour les catholiques, mais aussi pour tous les hommes de bonne volonté qui auront à élire le prochain président de la République.

Pourquoi parler si tôt ? Pour parler plus librement, sans être prisonnier d’une campagne qui s’annonce difficile et violente. Ainsi, les critères énoncés ne seront pas instrumentalisés par un camp contre l’autre, mais viennent éclairer, en amont, ceux qui préparent les programmes et les français qui les liront.

Padreblog vous propose un décryptage de ce texte important dans le débat politique.

Que faut il retenir de ce texte ? Les évêques commencent par souligner trois évolutions qui sont loin d’être anodines :

  • Le développement des techniques scientifiques, qui suscite de nouveaux désirs et pose cette question essentielle : ce qui est techniquement possible est-il pour autant toujours moralement souhaitable ? Le progrès scientifique doit s’accompagner d’un progrès éthique, sous peine de se retourner contre l’homme.
  • Nous vivons désormais dans une société qui est de moins en moins homogène culturellement. Comment maintenir le lien social ? Comment accueillir tout en maintenant l’identité du pays et la capacité de vivre ensemble ?
  • L’individualisme s’exprime de plus en plus à travers les revendications diverses et variées des lobbys et catégories particulières. Comment ne pas perdre de vue le bien commun, qui n’est pas l’addition des avantages particuliers [1]? Face à cet « éclatement des références éthiques », la loi a un poids moral plus lourd : elle joue le rôle de référence morale et « ne peut simplement suivre l’évolution des mœurs ». C’est la responsabilité des élus de ne pas l’oublier et d’avoir le courage de résister à la pression des intérêts particuliers.

Dans ce contexte, les évêques prennent le temps de rappeler l’importance de la fonction politique. Aussi bien de l’engagement des élus que du vote des électeurs. Il faut remarquer que s’ils sont certes exigeants avec les hommes et les femmes politiques, nos évêques refusent d’entretenir le climat de défiance vis-à-vis de la politique. Proposer des critères de discernement, c’est reconnaître aussi l’importance de ce processus démocratique qu’est une élection, de la participation de chacun aux destinées de notre pays et de la responsabilité de ceux qui seront élus.

Viennent ensuite les 13 critères de discernement, variés et concrets (vie naissante, famille, éducation, jeunesse, banlieues et cités, environnement, économie et justice, coopération internationale et immigration, handicap, fin de vie, patrimoine et culture, Europe, laïcité et vie en société) que je vous laisse découvrir en téléchargeant le document ci-dessous. On ne sera pas étonné d’y retrouver les fameux « points non-négociables » dont parlait le Cardinal Ratzinger dans sa note sur l’engagement des catholiques en politique. S’il fallait relever certains points, qui risquent de faire parler un peu plus, je m’arrêterais par exemple sur ceux là :

  • L’aide aux familles. Les évêques rappellent qu’il n’est pas injuste d’aider économiquement la famille quand elle est fondée sur l’union durable de l’homme et de la femme, car « à travers les enfants qu’elle porte et qu’elle éduque, c’est l’avenir et la stabilité de la société qui sont en jeu ». Polémique du « gender » oblige, les évêques insistent sur le caractère « fondateur et structurant de tout le devenir humain » de la différence sexuelle de l’homme et de la femme. Le mariage homosexuel serait ainsi une remise en cause profonde du choix de société, de civilisation, que nous avons fait depuis toujours. L’écoute et la compréhension du désir sincère de ceux qui le réclament ne doivent pas le faire oublier.
  • Le respect de la vie. Après les lois de bioéthique, les évêques reviennent sur la nécessité de refuser toute instrumentalisation de l’embryon, mais rappellent aussi que l’avortement doit rester en débat, car « il ne peut jamais être présenté comme une solution pour les mères en difficulté ». C’est essentiel de voir que nos évêques, même 30 ans après la loi Veil, refusent de considérer l’avortement comme un « droit acquis » ou une « solution » acceptable. De même, l’euthanasie sera elle aussi toujours « une fausse solution au drame de la souffrance, une solution indigne de l’homme » pour reprendre les mots de Benoît XVI. L’Etat doit bien plutôt continuer à développer les soins palliatifs au service de tous ceux qui en ont besoin.
  • L’immigration : les évêques rappellent les deux points indissociables de la doctrine catholique sur ce sujet difficile : le droit d’émigrer doit être reconnu à tout homme, « même s’il est regrettable que tous ne puissent survivre dans leurs pays ». Le droit de chaque pays de réguler les migrations est légitime, même s’il ne peut se traduire par une fermeture pure et simple des frontières. Cette régulation est nécessaire pour permettre une véritable intégration de ceux qui entrent. Le discours de l’Eglise ne peut donc être caricaturé comme il l’est trop souvent sur cette question. Il ne fait que donner ces deux critères et laisse chaque électeur discerner en conscience les solutions concrètes proposées, ou la façon dont chaque parti place le curseur et tient en compte ces deux critères.
  • Laïcité : les évêques rappellent le contenu de la loi de 1905. Si l’Etat ne subventionne ni ne reconnaît aucun culte, il est d’abord précisé qu’il se doit d’assurer la liberté de conscience et de garantir le libre exercice des cultes. Cette liberté nécessite une conception « ouverte » de la laïcité, et un dialogue permanent. Les difficultés rencontrées avec les pratiques de certains musulmans ne doivent pas aboutir à « stigmatiser les religions dans notre pays », et « au refus de toute expression religieuse publique ». Les évêques condamnent le climat d’intolérance à l’égard de l’Eglise Catholique et rappellent que « les catholiques n’entendent pas être des citoyens interdits de parole dans la société démocratique ».

Au final, un texte clair, qui rappelle la vision de l’homme que veut promouvoir l’Eglise, tout en laissant chacun exercer avec sérieux son discernement. L’Eglise ne donne pas de « consignes de vote », ni des « recettes de cuisine » ou du « prêt à penser ». Elle éclaire les consciences et participe au débat public, partageant ce service du Bien commun avec tous ceux qui s’engagent dans la cité.

Candidats et électeurs sauront trouver dans ce texte un fil rouge pour mener leur action, nourrir leur réflexion et faire leur choix. Les catholiques sauront recevoir ces critères de discernement et les faire leurs, au moment de choisir leur bulletin de vote.

Ils pourront aussi relire avec intérêt le magnifique discours du Pape devant les parlementaires allemands, au Bundestag, le 22 septembre dernier. Un discours sur la vie politique qui restera – selon tous les commentateurs – dans les annales du Pontificat. (à lire ici)

Texte des évêques : ici

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).