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Attentat contre les chrétiens à Bagdad : qu’en pensent les musulmans de France ?

Publié le 07 Nov 2010 à 12:27 Société Aucun commentaire

Les musulmans de France sont profondément choqués par l’attentat qui a eu lieu, il y a juste une semaine, dans une église de Bagdad : des terroristes se revendiquant de la mouvance islamiste d’Al Quaïda ont ouvert le feu sur des paroissiens rassemblés pour la messe dominicale. Face à cette horreur, les représentants des musulmans de France sont intervenus pour condamner clairement cet acte odieux.

Mohammed Moussaoui, président du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) :

« Le massacre qui s’est produit en Irak constitue une violation totale des principes de la religion musulmane, et nous le condamnons fermement et totalement. De plus, un crime qui survient dans un lieu de culte possède un caractère encore plus scandaleux. Même en temps de guerre, les sanctuaires de paix doivent être épargnés par ces attaques. Nous considérons comme très grave et préoccupant que les chrétiens d’Irak soient aujourd’hui obligés de fuir ; la communauté internationale doit les protéger. Les groupuscules islamistes doivent cesser de ternir l’image de l’islam en se référant à la religion musulmane pour justifier leurs actions »

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris :

« Nous nous élevons avec horreur et tristesse pour condamner le massacre de Chrétiens irakiens survenu dimanche soir dans l’Eglise Notre Dame du Salut à Bagdad, et nous nous associons par le coeur et la prière à la souffrance de familles éplorées et aussi durement touchées par ces actes sanguinaires », a déclaré M. Boubakeur. Selon lui, « l’objectif de ces fanatiques ne vise qu’à créer la mésentente et l’hostilité entre les Chrétiens et les Musulmans qui, de par le monde, luttent pour une fraternité spirituelle et une éradication profonde de la violence du coeur des hommes ».

« Une messe en plein coeur de Bagdad s’est terminée en carnage dimanche soir lorsqu’un groupe d’Al-Qaïda a pénétré dans la cathédrale syriaque catholique, tuant deux prêtres et 35 fidèles, et en blessant 56 autres ». Après avoir rappelé qu’en son temps l’Emir Abdelkader « avait vaillamment protégé les Chrétiens de Damas contre de tels massacres perpétrés par les fanatiques » (ndlr, troubles confessionnels de 1860), M. Boubakeur, estime que « les musulmans d’aujourd’hui ne peuvent tolérer que de telles agressions terroristes et sanglantes puissent se produire contre les Chrétiens vivant en terre d’islam ».

Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, président du Conseil pour les relations inter-religieuses de la conférence des Evêques de France a lui aussi voulu distinguer islam et islamisme, refusant de voir dans les musulmans « nos ennemis ». Il a appelé à oeuvrer pour que la liberté religieuse soit reconnue partout :

« Président du Conseil pour les relations inter-religieuses de la conférence des Evêques de France, je suis très choqué de l’attaque et du massacre des chrétiens Irakiens catholiques de rite Syriaque, le dimanche 31 octobre 2010 dans l’Eglise Notre-Dame du Salut à Bagdad.

Aucune justification ne peut être trouvée à cet acte ignoble, vis à vis de personnes innocentes qui ne sont en aucun cas responsables de la situation du pays. Les autorités musulmanes en France condamnent vigoureusement ces actes insensés. S’attaquer à des personnes réunies en prière dans un lieu de culte, quelle que soit la religion, est un acte destructeur de l’humanité et une négation de Dieu ».

De même les autorités catholiques, comme le souligne le Cardinal Vingt-Trois, rappellent que les musulmans ne sont pas nos ennemis. Les difficultés en Irak ou ailleurs, ne viennent pas de conflits inter-religieux mais ont une origine politique, que les gouvernants ont la responsabilité de faire avancer : le respect de la liberté de conscience, le respect de la liberté religieuse. Des tendances actuelles veulent rendre les religions responsables des conflits qui existent dans le monde. Il s’agit d’une instrumentalisation des religions au profit de la volonté de puissance de certains.

Ne nous laissons pas piéger par la peur. Continuons de tisser là où nous sommes, au cœur même des difficultés rencontrées, des liens de fraternité et de paix avec les croyants des autres religions.

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016), "Donner sa vie" (Artège 2018), "Etre prêt" (Artège, 2021).