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RATP : l’incompréhensible neutralité

Publié le 01 Avr 2015 à 23:07 Société, Vidéos 8 commentaires

[Vidéo] En pleine Semaine sainte, la polémique ne pouvait passer inaperçue. Mgr Jean-Michel Di Falco révèle que la RATP a exigé que soit retirée la mention « au profit des Chrétiens d’Orient » sur les affiches annonçant le prochain concert du groupe « Les Prêtres ».

Aux premières demandes d’explication, le groupe répond par le principe de « laïcité ». La bêtise de l’argument va jusqu’à mettre en colère le député Joël Giraud, dont le Parti Radical de Gauche est pourtant connu pour sa vision souvent restrictive de la laïcité. Ce député vient au secours de son évêque en dénonçant une décision de la RATP qui relève selon lui d’un véritable « intégrisme laïc ».

Les réseaux sociaux s’enflamment et la RATP promet une nouvelle réaction, en lien avec sa régie publicitaire Métrobus. Cette nouvelle réaction est encore pire et révèle au choix une ignorance crasse de la situation ou un mépris incroyable des minorités persécutées dont il est question.

Si la RATP a exigé que soit supprimée la mention des Chrétiens d’Orient, c’est parce que « la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit » selon leur communiqué commun. « Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de position antagonistes sur notre territoire ». Annoncer que ce concert était offert au profit des chrétiens d’Orient est « une information se situant dans le contexte d’un conflit armé à l’étranger et (…) le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l’affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s’appliquer. »

Vous avez bien lu. Pour la RATP, les chrétiens d’Orient sont juste un camp face à l’autre, un camp pour lequel on ne peut pas prendre parti. Alors que la France, par la voix de Laurent Fabius, se démène à l’ONU pour que cesse le génocide dont sont victimes les minorités d’Irak et d’ailleurs, alors que le Président de la République a reçu des chrétiens obligés de fuir leur pays pour ne pas être massacrés par Daesh, la RATP – elle – refuse de choisir. Entre Daesh et ses victimes, elle veut rester « neutre ».

Sur le plateau de LCI, j’ai eu l’occasion de dire que cette neutralité est impossible. Elle est une complicité avec celui qui massacre, contre l’innocent qui est massacré. Elle rappelle celle de Ponce Pilate et de tous ceux qui l’ont suivi depuis deux mille ans, se lavant les mains des massacres commis et fermant les yeux sur le sort des victimes, pour ne pas faire de vagues ni perdre leur poste. Cette neutralité est indigne d’un groupe comme la RATP. Elle révolte sans aucun doute nombre de ses agents qui ont pleuré avec tous nos compatriotes les victimes de l’horreur terroriste. Cette neutralité-là est une insulte à la France, qui a toujours mis sa fierté à défendre les droits de l’homme, particulièrement ceux des minorités persécutées, partout dans le monde. Plutôt que de reconnaître humblement et simplement une erreur d’appréciation, la RATP s’enfonce et finit par justifier l’injustifiable. Quel aveuglement et quel mépris a-t-il fallu à celui qui a donné l’ordre de rayer cette mention des chrétiens d’Orient ? Et à ceux qui ont rédigé ce communiqué ? En invoquant le principe de « neutralité », pensaient-ils faire taire la voix des persécutés, réduire au silence la communauté chrétienne et, au-delà des chrétiens, tous ceux qui sont légitimement émus par le sort des minorités martyrisées en Orient ?

Pierre Mongin, président de la RATP, se retrouve ce jour devant trois questions auxquelles il doit répondre :

– valide-t-il ce communiqué ou reconnaît-il une erreur bien regrettable, mais du coup pardonnable ?

– pense-t-il qu’on puisse être « neutre » devant le massacre des chrétiens persécutés ? Entre Daesh et ses victimes, la RATP peut-elle revendiquer un principe de neutralité ?

– serait-ce le mot « chrétiens » qui gêne certains, comme pourrait le laisser penser, dans un premier temps, le recours à l’argument de la laïcité ?

Il faut espérer qu’il aura à cœur de nous rassurer et de réparer ce scandale, avant qu’il ne vienne ternir pour nous tous la joie de Pâques !

 [Cette tribune a été publiée dans Le Figaro « Vox » du 1er avril 2015]