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Retour sur une vidéo

Publié le 28 Août 2021 à 21:27 Éthique Aucun commentaire

Un prêtre du diocèse de Sens-Auxerre, star du réseau TikTok, publiait dernièrement deux vidéos affirmant que l’homosexualité n’est pas un problème à la fois dans la Bible et la doctrine catholique. À ce jour, ses vidéos ont été vues plus d’un million de fois et les réactions sont nombreuses, le plus souvent favorables à cette prise de position personnelle.

Un second prêtre, le dominicain Paul Adrien d’Hardemare lui-même assez investi sur Youtube, entreprend alors de lui répondre. Cordialement, il rappelle l’enseignement de l’Église, tel qu’il est explicité notamment dans le catéchisme, par exemple au § 2357 (voir ici). Sur notre page Facebook, nous relayons cette seconde vidéo (lien) tant elle nous semble en phase avec l’enseignement de l’Église. Nous y ajoutons ce petit commentaire : « Les deux récentes vidéos du père Matthieu sur le sujet de l’homosexualité posent véritablement problème. Merci au frère Paul Adrien d’avoir pris le temps d’y répondre, tout en restant sur la ligne de crête adoptée depuis longtemps par l’Église, au nom du Christ : exigence ET bienveillance, vérité ET charité ».

Aussitôt, c’est une avalanche de commentaires. Ceux-ci ne soutiennent pas tous, loin de là, la position défendue par le père Paul Adrien. Nombreux sont ceux qui contestent la position de l’Église « au nom de l’amour » et reprochent plus ou moins charitablement à Padreblog d’avoir relayé cette vidéo. Ici et là, peut-être aussi parce que certains commentaires sont probablement rédigés par des personnes loin de l’Église, on devine parfois même un reproche : une homophobie latente chez les catholiques ou une homosexualité refoulée de certains ecclésiastiques. Tout cela fait réfléchir.

La doctrine, rien que la doctrine, toute la doctrine

Nous sommes catholiques et pas protestants. Cela veut dire entre autres que nous croyons que la révélation chrétienne repose sur trois piliers essentiels, un peu comme un bon vieux tabouret à trois pieds : la Bible, le Magistère, la Tradition. Ces piliers sont tous les trois nécessaires à la stabilité de l’Église et pour garantir la solidité de la doctrine.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois (ni la dernière !) que des prêtres disent des erreurs. Seul le pape est infaillible, et encore seulement quand il enseigne solennellement la foi et la morale en communion avec les évêques du monde entier. Je me souviens d’un vieux professeur de séminaire qui expliquait cette doctrine en inventant cette histoire : « Si un jour le pape apparaissait au balcon de Saint-Pierre de Rome et voulait proclamer que Jésus-Christ n’est pas le fils de Dieu, alors… il s’étoufferait en le disant ! ».

Plus sérieusement, la doctrine catholique reste la doctrine catholique. Et en ce domaine, nous avons une boussole fiable et précieuse : le Catéchisme de l’Église catholique. Qui possède ce livre chez lui ? Qui a le réflexe de le consulter (il est aussi intégralement en ligne ici) lorsqu’il est chahuté par une prise de position d’un chrétien fût-il ecclésiastique ? En paroisse, le succès des séances de catéchisme pour adultes est pour les curés un réel motif de joie qui les laissent également songeurs. Car de nombreux catholiques pratiquants – y compris des prêtres – ont laissé tomber des pans entiers de la doctrine chrétienne, soit par ignorance, soit par tiédeur, soit par peur devant la propagande souvent agressive de nos adversaires. En 1994 déjà, le pape Jean-Paul II s’en inquiétait : « Un test s’impose pour les fils de l’Église : à quel point ne sont-ils pas eux-mêmes atteints par l’atmosphère de sécularisme et de relativisme éthique ? » (Tertio millenio adveniente § 36 ; source). Qu’il est fatiguant de ramer à contre-courant ! Qu’il est dur d’être au nom du Christ un signe de contradiction pour ce monde ! Qu’il est difficile de rester un catholique authentique, sans dilution ni compromission ! En ce domaine, n’avons-nous pas tous un examen de conscience à poser ? Quand et où (en famille, entre amis, en classe ou au bureau) avons-nous préféré ne rien dire, ou bien nous taire, ou encore affadir le message par prudence… ou par peur ? Sur Internet, beaucoup d’entre nous se lâchent – parfois derrière un pseudo confortable – mais dans la vraie vie, ne sommes-nous pas plus timorés ?

On le voit, ce qui n’était au départ qu’une affaire de vidéos nous oblige à nous positionner : être catholique, ce n’est pas faire son marché, choisir ceci et refuser cela. Le Christ lui-même était clivant, et nous sommes tous invités à recevoir la doctrine catholique dans son ensemble. C’est l’Église qui a la vocation d’énoncer cette doctrine et non pas l’un ou l’autre de ses membres. Voilà le service qu’elle offre à ce monde : un discours en vérité, loin des modes de pensée, de la pression des opinions médiatiques, des intérêts partisans et de la loi des majorités mouvantes. Un discours qui ne change pas (n’en déplaise à certains chrétiens, voire à certains prêtres) car la vérité ne change pas.

Vérité et charité

Ce positionnement est délicat, parfois courageux. Des hommes comme saint Jean Baptiste (dont nous célébrons le martyre aujourd’hui 29 août) ou encore saint Thomas More, exécutés pour avoir osé affirmer la simple vérité d’un mariage, le savent mieux que quiconque. C’est tout aussi difficile de nos jours, vu la violence des réseaux sociaux et le fait que nous sommes souvent nous-mêmes la cible d’insultes et de caricatures. Mais notre témoignage ne sera pas crédible si nous nous comportons comme tout le monde. Là comme ailleurs, on doit attendre un peu plus des chrétiens que nous sommes. Cela peut demander d’abord un travail pour comprendre l’intelligence du Magistère (par exemple en écoutant ce podcast), mais aussi un véritable héroïsme pour le tenir et enfin une vraie charité pour le proposer avec délicatesse et attention aux personnes.

Le chemin du Ciel n’est pas une autoroute large et spacieuse. C’est même plutôt le contraire : « Elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent » proclame l’évangile (Matthieu 7, 14). Mais le chrétien est celui qui prend le tout de cet évangile, même s’il n’arrive pas à en vivre tous les jours l’intégralité. Cela prend du temps, cela nécessite de revenir sans cesse à ses résolutions, d’essayer de faire mieux qu’hier et peut-être moins bien que demain. Mais ce n’est pas parce que le chemin est ardu et parfois parsemé de chutes, qu’il est mauvais pour moi. Cela ne veut pas dire non plus qu’il est impossible. Vivre l’évangile est forcément un chemin de progression, une progression que chacun vit à son rythme et selon ses forces, avec la grâce de Dieu.

Finalement, avec chacun de ses enfants, l’Église est une mère à la fois exigeante et bienveillante. Elle propose de nous guider au nom du Christ, de lui faire confiance, pour le bien de chacun. Voilà la « ligne de crête » évoquée plus haut : fidélité à des convictions, respect et ouverture aux personnes. C’est une sorte de trinité : lucidité et bienveillance, exigence et miséricorde, force et douceur ! Il faut maintenir à chaque fois l’équilibre. Personne n’a dit que c’était facile : mais c’est le seul chemin qui convienne.

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[Devant l’impossibilité d’avoir le temps de modérer les commentaires de cette publication, ceux-ci sont désactivés. Nous invitons celles et ceux qui désirent discuter de ce sujet à rencontrer leur curé. Merci pour votre compréhension !].

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016), "Hors Service" (Artège 2019), "Prières de chaque instant" (Artège 2021) et de divers spectacles (Jean-Paul II, Charles de Foucauld, Madame Elisabeth). De 2013 à 2018, il anime l'émission "Un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame. Depuis sept. 2019, il répond à "Pourquoi Padre ?" sur KTOtv.