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Sidaction : et si on disait la vérité ?

Publié le 02 Avr 2011 à 12:23 Éthique 2 commentaires

Nous voici en plein Sidaction. Le petit ruban rouge s’affiche partout et nous rappelle l’urgence de la lutte contre le sida. En soi, on ne peut être que pour ce genre d’initiative.

Mais le discours du Sidaction et des pouvoirs publics sur la prévention du sida est aujourd’hui dépassé. On ne peut pas se plaindre que l’épidémie continue de progresser sans se remettre en cause. Quelques questions et remarques franches pour avancer réellement, vers un triple but que nous avons en commun : stopper cette épidémie terrible, soigner les personnes malades, éviter de nouvelles victimes.

Hommage aux donateurs

La générosité des français qui s’exprime à cette occasion est toujours quelque chose de positif. On ne peut que s’en réjouir. Toute recherche visant à mieux soigner les malades, à rendre accessibles les soins aux malades les plus pauvres – en Afrique en particulier – ou à trouver un vaccin, est une bonne chose. Si les dons ne servaient qu’à cela, ou si l’on pouvait choisir qu’ils ne servent qu’à cela, je serais le premier à donner. N’oublions pas non plus que plus de 25% des malades du sida dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques. L’Eglise est aux côtés des malades, quels qu’ils soient. Mais nous aimerions que le Sidaction accepte le fléchage des dons, qui nous permettrait de choisir la destination de notre offrande. Oui pour donner à la recherche, oui pour donner à la prise en charge des malades ou leur faciliter le quotidien. Non pour financer la promotion exclusive des préservatifs… car ce n’est pas la solution.

Les limites du « tout-préservatif »

Ce qui est étonnant, en effet, c’est que dans le domaine de la prévention, le Sidaction et les pouvoirs publics s’enferment obstinément dans la promotion du préservatif vu comme solution unique pour endiguer l’épidémie. Le « tout-préservatif » ne peut pas être LA solution pour lutter contre le sida. Ce n’est qu’une solution sanitaire d’urgence, une solution technique qui n’aborde pas le fond du problème.

Ce qui est en jeu, c’est en effet – et avant tout – la façon de vivre sa sexualité. En terme de prévention, on ne peut pas se cacher la face : il y a trop de vies humaines en jeu et il est plus que temps de poser la question de la responsabilité humaine de certains comportements. Il faut reconnaître l’urgence d’une éducation à une sexualité humanisée.

On ne veut surtout pas juger les comportements des gens, au nom d’une liberté sans limite. Pourtant, on n’hésite plus à pointer la responsabilité des fumeurs ou de ceux qui ne font pas assez d’efforts physiques dans le développement de telle ou telle maladie. Sur la route, on reconnaît que certains comportements favorisent les accidents et on essaye à juste titre de faire changer ces comportements.

Pourquoi ne pas avoir la même audace dès qu’il s’agit de sexualité ? Pourquoi ne pas reconnaître que la multiplicité des partenaires sexuels est en cause ? Du coup, on ne fait que colmater les brèches plutôt que de s’attaquer à la vraie question. On veut juste diminuer les risques à coup de préservatifs alors qu’il faudrait viser l’absence de risque en vivant une sexualité responsable. On s’attaque aux effets, on ne veut pas voir les causes.

Le professeur Montagnier, co-découvreur du virus du sida, expliquait ainsi dans le journal Le Monde du 1-2 décembre 1991 :

« On a trop exclusivement mis l’accent sur le rôle des préservatifs masculins. Je souhaiterais des campagnes basées sur le thème : «vous êtes responsables ! Ne faites pas l’amour avec un partenaire inconnu. Si vous aviez chacun moins de cinq partenaires sexuels dans votre vie, l’épidémie du sida s’éteindrait». Il y a un risque beaucoup plus grand, y compris pour les femmes, de s’infecter par les rapports anaux. Dire cela, ce n’est pas adopter une position morale, homophobe, mais restituer les données médicales ».

Briser le tabou

« Si vous aviez chacun moins de cinq partenaires sexuels dans votre vie, l’épidémie du sida s’éteindrait » : si demain, le Sidaction ose faire inscrire cette simple phrase sur son site, je donne immédiatement. Et j’appelle à donner ! Si toutes les stars de la télé osaient juste dire cela, en plus de porter le ruban rouge, j’applaudirais. Mais qui osera briser le tabou ?

Voilà en tout cas un grand scientifique confirmer l’intuition de Benoît XVI, qui avait pourtant fait scandale en déclarant que le « tout-préservatif » ne pouvait pas suffire et qu’il pouvait même aggraver le problème, en favorisant des relations sexuelles précoces et multiples, puisqu’on se croit protégé.

Il devient criminel de ne pas dire la vérité, de rester prisonnier de la pensée unique sur cette question dramatique. Pourquoi ce tabou ne tombe-t-il toujours pas ? Combien faudra-t-il de drames, de vies humaines brisées et d’amours blessés, pour qu’on ouvre les yeux ?

Les jeunes que je croise dans les conférences que je peux donner ne réclament pas qu’on leur apprenne à mettre un préservatif. Ils ne réclament pas qu’on les pousse à vivre une sexualité débridée seulement protégés d’un bout de caoutchouc. Ils sont déjà abreuvés d’images, de conseils techniques, sous pression médiatique permanente… Non, en fait, ils veulent qu’on leur apprenne à aimer. Ils aspirent à croire à la fidélité. Ils veulent une sexualité respectueuse, liée à l’amour et à l’engagement. Ils veulent qu’on les aide à vivre cette exigence. Ils crèvent qu’on ne les pense plus capables de cela. On n’éduque pas les cœurs à coup de capotes et de kamasûtra…

Pour un discours préventif, honnête et courageux

Nous ne sommes pas aveugles sur les comportements de certains. Nous savons bien que tout ne changera pas comme ça. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Nous progressons peu à peu. Nous avons juste besoin que les pouvoirs publics soient honnêtes et courageux pour proposer une prévention efficace, à l’image de la méthode « A.B.C » qui est la seule qui ait eu des résultats en Afrique, en Ouganda plus spécialement :

abstinence : apprends à te garder. Une sexualité précoce ne construit pas.

be Faithful : sois fidèle. Une sexualité qui engage, qui tient parole, qui manifeste un don de toute ta personne, te rendra heureux(se) et t’évitera d’avoir à te « protéger » de celui ou celle que tu aimes.

condom : et si vraiment tu ne veux pas ou ne peux pas vivre ces deux premières propositions, alors effectivement, n’ajoute pas à ce désordre moral un mal plus grand encore, qui serait de prendre le risque de transmettre le virus ou de le recevoir. Mais sois conscient que cela ne sera pas pour toi une solution durable. Juste une mesure sanitaire d’urgence, en attendant que tu prennes conscience de l’urgence d’apprendre à aimer, à te donner en vérité.

Un livre vient de sortir : « L’Amour face au sida » (Editions de l’Oeuvre). Il vient offrir un argumentaire scientifique pour démontrer la justesse des intuitions non seulement de l’Eglise, mais de tout homme de bonne volonté.

Encore une fois, il ne s’agit pas de convictions religieuses que nous voudrions imposer à tous. Mais bien de courage et d’honnêteté, pour offrir à tous, aux jeunes en particulier, un savoir vivre, un savoir aimer qui ne se retourne pas un jour contre eux.

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).