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Un prix Nobel de médecine très polémique

Publié le 04 Oct 2010 à 19:59 Éthique Aucun commentaire

Le prix Nobel de Médecine a été décerné au Britannique Robert Edwards, 85 ans, père de la fécondation in vitro. Robert Edwards a été récompensé « pour le développement du traitement de la fécondation humaine in vitro. Ses découvertes ont rendu possible le traitement de la stérilité qui affecte une large proportion de l’humanité et plus de 10% des couples dans le monde« , salue le comité Nobel dans un communiqué. Il est à l’origine de la naissance du premier « bébé-éprouvette », Louise Joy Brown, en 1978. Près de 4 millions de personnes sont nées depuis grâce à la fécondation in vitro.

La réalité : des embryons sacrifiés

Ce choix est pourtant loin de faire l’unanimité : car derrière les « bébés-éprouvette » se cache une réalité beaucoup moins réjouissante et bien plus complexe, celle de la procréation médicalement assistée (PMA), et de la création de ces millions de foetus congelés, qui attendent la destruction ou leur utilisation à des fins d’expériences médicales.

Par la voix du Président de l’Académie Pontificale pour la Vie, l’Eglise a vivement réagi  et critiqué ce choix, comme le rapporte une dépêche AFP (source) :

« Sans Edwards, il n’y aurait pas un marché où sont vendus des millions d’ovocytes » et « il n’y aurait pas dans le monde un grand nombre de congélateurs remplis d’embryons », a déclaré à l’agence italienne Ansa, Mgr Ignacio Carrasco de Paula. « Dans le meilleur des cas, ceux-ci attendent d’être transférés dans des utérus mais plus probablement ils finiront par être abandonnés ou par mourir, ce qui est un problème dont est responsable le nouveau Prix Nobel », a estimé Mgr Carrasco de Paula.

En outre, le président de l’Académie pontificale a estimé que « sans Edwards la procréation assistée ne serait pas dans l’état de confusion dans lequel elle se trouve, avec des situations incompréhensibles d’enfants nés de grand-mères et de mères porteuses. Je trouve le choix de Robert Edwards complètement hors de propos » et « les motifs de perplexité sont nombreux » a ajouté le président de l’Académie.

De nouvelles dérives

Selon le prélat, en réalité, « Edwards n’a pas résolu le problème de l’infertilité qui est un problème grave, ni du point de vue pathologique ni du point de vue épidémiologique ». « Il faut attendre que la recherche aboutisse à une autre solution qui soit en outre moins coûteuse et donc plus accessible que la fécondation in vitro qui nécessite des frais énormes », a-t-il poursuivi. L’Académie pontificale pour la vie a notamment pour mission d’étudier les principaux problèmes biomédicaux et juridiques relatifs à la promotion et à la défense de la vie.

C’est aussi l’avis de l’Alliance Vita qui souligne le coût humain dramatique de la fécondation in vitro (20 embryons produits, et ultimement détruits, pour une naissance) dans son communiqué (source) :

« En attribuant le Prix Nobel de Médecine au professeur Edwards, c’est la technique de la fécondation in vitro dont il est le pionnier, qu’on présente comme un progrès pour l’Humanité. Or, si la FIV est indéniablement une prouesse technique, l’Alliance Vita tient à en souligner les enjeux éthiques qui demeurent entiers : on présente comme une victoire de la vie les 4 millions d’enfants qui ont pu voir le jour grâce au rapprochement des gamètes en laboratoire. Mais, pour cela, il a fallu concevoir artificiellement plus de 80 millions d’embryons (278.000 annuellement en France, pour que naissent 14.500 enfants). Cette surproduction embryonnaire impliquant la destruction d’une vingtaine d’entre eux pour chaque naissance a fait entrer les pays développés dans le déni de l’humanité des embryons ».

nobeledwPour l’Alliance Vita, la fécondation in vitro demeure donc une transgression éthique d’une particulière gravité. Aucun scientifique n’a pu démontrer que les embryons humains conçus en laboratoire étaient dépourvus de dignité humaine. Par ailleurs, la fécondation in vitro a ouvert un cycle de nouvelle dérive : congélation des embryons, exploitation par la recherche, tri des embryons à caractère eugénique. On commence à en mesurer les lourdes conséquences.

L’Alliance Vita, engagée dans l’écoute des couples vivant l’épreuve de l’infertilité, demande une autre politique de santé publique, qui puisse concilier le respect de la vie déjà conçue avec la lutte contre la stérilité, notamment par une meilleure connaissance des causes de l’infertilité et une recherche visant à la soigner véritablement.

Ce que dit l’Eglise

Rappelons enfin ce que dit l’Eglise sur ce sujet (source ici et ici).

« L’expérience a montré, au contraire, que toutes les techniques de fécondation in vitro se déroulent en réalité comme si l’embryon humain était un simple amas de cellules qui sont utilisées, sélectionnées ou écartées. […] [C]ompte tenu du rapport entre le nombre total d’embryons produits et ceux effectivement nés, le nombre d’embryons sacrifiés reste très élevé. Ces pertes sont acceptées par les spécialistes des techniques de fécondation in vitro comme le prix à payer pour obtenir des résultats concluants. Il est très préoccupant de voir qu’en ce domaine, la recherche ne semble pas porter un réel intérêt au droit à la vie de chaque embryon, mais vise surtout à obtenir de meilleurs résultats en termes de pourcentage d’enfants nés par rapport aux femmes qui initient un traitement. […]

L’Eglise considère aussi comme inacceptable au plan éthique la dissociation de la procréation du contexte intégralement personnel de l’acte conjugal: la procréation humaine est un acte personnel du couple homme-femme qui n’admet aucune forme de délégation substitutive. […] L’Eglise reconnaît la légitimité du désir d’avoir un enfant, et comprend les souffrances des conjoints éprouvés par des problèmes d’infertilité. Ce désir ne peut cependant passer avant la dignité de la vie humaine, au point de la supplanter. Le désir d’un enfant ne peut justifier sa «production», de même que celui de ne pas en concevoir ne saurait en justifier l’abandon ou la destruction. »

En 2007, dans un entretien au journal Le Monde, Robert Edwards  s’opposait clairement à l’Eglise et refusait toute limite aux recherches sur l’embryon (à relire ici).

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).