Scroll To Top

Manif pour tous : et maintenant ?

Publié le 29 Mai 2013 à 06:59 Politique 4 commentaires

Pour la France comme pour les autres pays, la « manif pour tous » restera fondatrice d’un bel élan de résistance. La presse internationale l’a d’ailleurs elle-même salué : qui croyait que les héritiers de mai 68 sauraient faire émerger un mouvement de contestation sociale qui dure depuis plus de sept mois ?

Et maintenant ? La question est sur beaucoup de lèvres … On peut certes toujours s’opposer, le dire et le faire savoir. Mais l’opposition par elle-même ne produit rien et devient vite illusoire. Il convient maintenant de faire entrer cette opposition dans le temps long. Comment ?

Retour au réel

D’autres modes de contestation vont très probablement voir le jour dans les semaines qui viennent. Au-delà des futurs évènements à organiser (manifestations locales ou nationales, happenings divers, interventions médiatiques, veillées, etc.) dont il conviendra de trouver le ton juste et la forme adéquate, il faut penser aussi au fond et à l’objectif final visé : « en toute chose, il faut considérer la fin » nous dit la Fontaine dans l’une de ses fables.

Tout en continuant d’interpeller les consciences de ceux qui nous gouvernent, on ne peut pas non plus souhaiter que l’Etat vacille. Le chaos ne serait pas mieux qu’un gouvernement qui promeut un mensonge d’Etat …

Bref, il faut retourner au réel. Ce réel qui consiste déjà à estimer l’état de la société qui nous entoure. Ce réel mis à mal par une loi qui instaure le mensonge d’une filiation artificielle en laissant croire qu’un enfant peut avoir deux papas ou deux mamans. Et le réel a un nom : il s’appelle « examen » pour les étudiants, « vie professionnelle» ou « famille » pour les autres, engagements pour tous…. Et sainteté pour les chrétiens !

Résistance politique, culturelle et spirituelle

Toute résistance authentique s’enracine dans une résistance et un combat spirituel qu’on ne doit pas négliger. Le pape François ne cesse de le rappeler. Et si les errements modernes et post-modernes ont eu le champ libre, c’est peut-être parce que les catholiques de France ont abandonné le terrain culturel depuis des décennies.

En politique aussi, les catholiques ont sûrement été trop frileux et trop absents. Ils ont laissé les plus tièdes d’entre eux – ou les plus opposés à leurs valeurs – prendre les rênes du pouvoir et faire les lois.

Oser l’engagement

C’est un fait : les catholiques sont de bons théoriciens de l’action. Les forums, sessions de formations, universités d’été sont fort nombreux et de très haute tenue intellectuelle. Mais plus rares sont ceux dans nos rangs qui passent de la théorie à la pratique, qui s’engagent dans les domaines politiques et culturels. D’autres succombent enfin à la tentation du communautarisme, d’un repli sur soi, qui n’a pour seul effet que de nous circonscrire à un ghetto !

Si nous ne sommes pas capables, chacun à notre place, de nous engager concrètement, le combat mené jusqu’ici pour défendre la famille et l’enfant sera inutile. Cela passe par un engagement effectif dans les institutions qui existent : la représentation locale ou nationale, les mouvements politiques existants, les syndicats (sur ce point précis, le discours de M. Thouvenel à la tribune de la manif du 26 mai mérite une relecture), les écoles, les associations… Inutile de rêver à d’autres structures, idéales, qui n’existent que dans nos rêves !

Les manifs vont nécessairement évoluer mais le travail de refondation tous azimuts doit commencer : l’inventivité doit être mise non plus au service de l’agitation sociale mais de la reconstruction sociale ! Toutes les bonnes volontés seront nécessaires…

Reste enfin à promouvoir chez les cathos, en plus d’une culture de la réussite, une culture de la transmission. On attend les professeurs et les journalistes de demain !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019). De 2013 à 2018, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).