Scroll To Top

Au coeur des ténèbres, prendre soin de la fragilité

Publié le 27 Nov 2014 à 19:01 Éthique Un commentaire

Les ténèbres du relativisme recouvrent aujourd’hui bien des consciences, bien des intelligences et bien des cœurs. Ce 26 novembre 2014, il ne s’est trouvé que sept députés pour voter contre la résolution déclarant l’avortement « droit fondamental ».
Cette résolution contredit directement la loi Veil de 1975 que l’assemblée pensait pourtant commémorer. Cette loi dont les premiers mots rappelaient le respect « de tout être humain dès le commencement de la vie », avant d’imaginer l’avortement comme « une exception » face à « des situations de détresse sans issue ».
Simone Veil voulait qu’on fasse tout pour dissuader les femmes de vivre ce qui restait un drame à ses yeux, même si elle pensait devoir le permettre. Jamais elle n’avait revendiqué en faire un droit. 40 ans plus tard, l’exception est devenue un droit. L’enfant n’est plus nommé. La souffrance des femmes, mais aussi celle des hommes souvent, est passée sous silence. Rien ne doit remettre en cause ce nouveau dogme de la modernité. Vous verrez qu’on fera bientôt de même avec l’euthanasie : aujourd’hui, on parle déjà d’exception, pour certains cas, dans certaines situations. Demain, on sacralisera un nouveau droit.

Bien sûr, la loi de 1975 allait déjà trop loin. Les dérives qu’elle pensait éviter étaient déjà annoncées dans les faits. L’histoire nous l’enseigne : si on accepte le principe même qu’un être humain puisse décider de la vie d’un autre être humain, – qui plus est innocent et sans défense – alors plus aucune barrière ne tient. Et plus personne n’est protégé. Il faut relire l’encyclique « Evangelium Vitae » de saint Jean-Paul II !

Choc et tristesse

Aujourd’hui, L’Eglise pleure ces enfants qui n’ont pu voir le jour.
L’Eglise pleure la souffrance de ceux et celles qui ont été blessés par ce drame de l’avortement.
L’Eglise pleure la détresse de celles qu’on a laissées seules devant l’annonce d’une naissance à venir, parfois si difficile à assumer.
L’Eglise pleure devant ces soignants qui se retrouvent à ôter la vie.
L’Eglise pleure l’aveuglement de ces élus et dirigeants, censés protéger la famille et la vie des plus petits, mais qui la nient, se taisent, ou abdiquent devant l’opinion médiatique.
L’Eglise pleure le manque de cohérence de tant d’entre nous, premiers à brandir les beaux principes, mais bien plus réticents pour aider concrètement celles qui veulent garder leur enfant.
L’Eglise pleure l’hypocrisie de ces « gens bien » qui montrent du doigt la fille enceinte et son copain devenu papa trop tôt, alors qu’on devrait les bénir d’avoir accueilli la vie qui s’annonçait, malgré le regard des autres.
L’Eglise pleure pour ces parents qu’on laisse désemparés devant l’annonce du handicap, là où toute la société devrait se mobiliser pour accueillir la fragilité.
L’Eglise pleure la démocratie devenue « totalitarisme du relativisme », selon l’expression du Pape François, quand elle ne protège plus le droit des plus faibles.
L’Eglise pleure nos complicités – ma complicité – avec le mal que nous dénonçons, tout en y participant d’une façon ou d’une autre par nos péchés.
L’Eglise pleure ce mensonge institutionnalisé, porté par les plus grands et les puissants, et que payent toujours les plus petits, les plus fragiles.

Miséricorde

A l’école de Jésus, l’Eglise ne condamne pas les personnes et ne juge pas les cœurs. Elle les aime et offre la miséricorde de Dieu à tous. Les prêtres savent combien de cœurs profondément blessés par un avortement viennent trouver consolation et guérison dans le sacrement du pardon. Cet amour inconditionnel, nous le redisons à tous ceux et celles qui ont été confrontés à ce drame. N’en doutez jamais. Laissez-vous aider ! Laissez-vous consoler !

Espérance

L’Eglise pleure, l’Eglise accueille, et l’Eglise parle ! Y compris à contre-courant. Pour réveiller les consciences, pour témoigner, pour encourager ceux qui s’engagent, pour continuer d’être la voix des sans voix. Aucune majorité et aucun sondage ne la feront taire. Depuis 2.000 ans, elle veille sur la fragile humanité et la défend contre tout ce qui tend à l’abîmer ou la nier. Plus que jamais, elle veut former, éduquer et encourager la génération qui vient au respect de la vie, de toute vie. De l’immigré à l’enfant à naître. De la personne handicapée à celle en fin de vie. De ta propre vie comme de la mienne. Elle veut t’encourager à prier, à travailler, à servir et aimer ce monde qui a tant besoin de redécouvrir sa beauté et sa dignité !

L’Eglise rend grâce aussi pour tous ceux qui œuvrent déjà, courageusement, à promouvoir cette culture de vie, d’une façon ou d’une autre : élus courageux, associations, amis et familles, éducateurs…

« Europe, où est ta soif de vérité ? » a demandé vivement le Pape François face au Conseil de l’Europe, après avoir fustigé la « culture du déchet » devant les parlementaires. A ces derniers, il avait confié : « dans votre vocation de parlementaires, vous êtes aussi appelés à une grande mission, bien qu’elle puisse sembler inutile : prendre soin de la fragilité des peuples et des personnes » [retrouvez l’intégralité de ces deux textes ici et ].

Sommes-nous découragés ? Non, nous n’en avons pas le droit, ni le temps. Il nous faut reconstruire sur des ruines. Dans ces ténèbres, il nous faut allumer une petite lumière, là où nous sommes. Puis une autre, et encore une autre. Tels des veilleurs, nous éclairerons la nuit de ce monde, afin de raviver la soif de vérité dans les consciences et les cœurs de chacun. « Prendre soin de la fragilité signifie garder la mémoire et l’espérance » a précisé le Pape : cette mission est pour nous tous. Plus que jamais.

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).