Scroll To Top

Le film « Le Rite » : ce n’est que du cinéma ?

Publié le 13 Mar 2011 à 15:16 Foi Aucun commentaire

Suite au film « Le Rite » qu’il est allé voir, l’abbé de Montardy en décrypte le scénario pour les lecteurs de Padreblog et nous explique ce qui est réaliste, et ce qui ne l’est pas du tout. A lire, en plus de son interview vidéo pour « 3 min pour convaincre » ici.

Le scénario

Le film raconte l’histoire d’un jeune américain entré au séminaire sans avoir la foi. Au bout de quelques années, il se décide enfin à partir mais son supérieur fait tout pour le rattraper contre sa volonté. En dernier recours, il l’envoie faire un stage auprès d’un prêtre exorciste pour que voyant le diable, le séminariste s’autorise à penser que Dieu puisse exister lui aussi. De cas de possessions en cas de possessions, le séminariste à court d’arguments finit par trouver la foi et terrasse le démon au cours d’un exorcisme improvisé.

La critique

On navigue sans cesse entre la série B qui distraie un peu et le navet qui ennuie franchement… C’est bien la première fois que je me surprends à bailler devant un film censé faire peur ! Le scénario est pauvre, les maquillages parfois un peu cheap. Si parfois l’on sursaute, c’est simplement à cause de l’augmentation soudaine des décibels. Vivent les caissons de basse !

J’ai quand même eu plaisir à retrouver Anthony Hopkins à l’écran. Contre toute attente, il ne joue pas longtemps le possédé comme le laissait imaginer la bande annonce. Auparavant, son rôle de prêtre exorciste très apaisé voire désinvolte devant des démons qui ne l’impressionnent plus, c’est assez bien vu, presque comique !

Le problème de fond, c’est que ce film oscille péniblement entre deux genres sans arriver à se fixer. Il s’aventure sur le terrain du film d’épouvante… mais sans grande conviction. Par ailleurs il cherche maladroitement à nourrir une réflexion sur la réalité spirituelle ou psychologique des cas de possessions. Si vous recherchez des sensations fortes, restez sur la performance de L’Exorciste de William Friedkin. Si vous cherchez un film plus questionnant, optez pour L’Exorcisme d’Emilie Rose.

« Le Rite » , c’est une histoire vraie ?

Le film dit en exergue s’inspirer d’une histoire vraie. Pour être précis, il s’inspire du livre « Le Rite, la formation d’un exorciste au Vatican » rédigé par Matt Baglio, journaliste américain. Ce dernier a enquêté en 2007 sur la formation d’un futur prêtre exorciste alors en études à Rome et aujourd’hui en ministère à Sydney.

Le bouquin n’est pas inintéressant parce que le journaliste, plutôt sceptique au départ, reconnaît au final que bien des phénomènes restent inexpliqués par les sciences médicales et psychologiques et qu’il ne faut pas fermer trop vite la porte à l’expérience de l’Eglise en la matière. L’auteur semble par ailleurs découvrir et se réjouir de ce que les exorcistes ne soient pas des illuminés. Très souvent, ils ont une double voire une triple formation : spirituelle bien sûr mais aussi psychologique et médicale. De toute façon, ils s’entourent d’hommes ayant ces compétences, qu’ils soient croyants le plus souvent mais aussi agnostiques ou athées.

Les démons, ça existe ?

La tradition juive et chrétienne enseigne que lorsque Dieu a créé le monde, il n’a pas fait les choses à moitié… Il ne s’est pas contenté de donner vie à des créatures visibles mais aussi à des créatures invisibles, comme Lui. Les anges – puisque il faut bien leur donner un nom – sont comme nous des créatures de Dieu, disposant d’une volonté et d’une intelligence. Mais à la différence de nous, les anges ont du se déterminer pour ou contre Dieu dès l’instant de leur création. Ici bas en revanche, nous nous avons toute notre vie sur terre pour apprendre à accueillir le salut de Dieu ou le rejetter.

Les démons sont ces quelques anges qui se sont fermés définitivement à la vie divine, vraisemblablement par motif d’orgueil : « je veux bien vivre, mais je ne veux pas recevoir à chaque instant ma vie de toi ». En refusant Dieu qui est la source de leur propre vie, ils s’enferment dans une souffrance terrible dans laquelle ils cherchent désespérément à entrainer autrui, par haine de leur créateur et comme des autres créatures.

Les démons peuvent-ils intervenir dans notre monde visible ?

Oui, l’Evangile nous en donne clairement le témoignage. Jésus nomme les démons et les affronte. De même que Dieu est présent dans nos vies, les démons peuvent interagir avec nous.

La manière ordinaire de Dieu de nous rencontrer, c’est de nous attirer patiemment vers le bien, la vérité et la vie. Il nous façonne doucement mais sûrement à son image. C’est un travail de fourmi. Et puis Dieu peut aussi de temps à autre réaliser un miracle. Il le fait pour donner un signe de son existence et de son amour pour le bien de toute l’Eglise et de l’humanité.

De la même manière, les démons ont un agir ordinaire et discret dans nos vies : ils participent à nous mettre en tentation face au péché. Mais ce n’est que de manière très exceptionnelle qu’ils vont agir de façon plus frontale par le biais de vexations, d’infestations ou de possessions.

Faut-il avoir peur des démons ?

Certainement pas. D’abord parce que ces situations restent rares, ensuite parce que l’on sait y remédier. Si vraiment un traumatisme relève non (ou non seulement) du médical ou du psychologique mais d’une action démoniaque, alors les prières de délivrance de l’Eglise suffisent à libérer la victime de ses liens préternaturels. Elle retrouve alors une vie normale ou simplement soumise aux soins qu’exigent par ailleurs son état de santé physique et psychique.

N’oublions pas que les démons ne sont que des créatures de Dieu : elles sont soumises à l’autorité du Christ et n’ont pas le pouvoir de résister aux ordres que le prêtre exorciste leur intime au nom et en la personne du Christ. Cet aspect là, pourtant essentiel, n’est jamais bien rendu au cinéma. Hollywood préfère mettre en scène une confrontation dualiste et manichéenne entre deux forces qui semblent s’affronter à armes égales.

Il n’en est rien. Le combat de Satan est déjà perdu et il le sait. Il suffit d’un prêtre pour ruiner son action. C’est justement l’objectif du tentateur que de chercher à nous faire croire le contraire et à nous entraîner ainsi jusqu’à la désespérance.

Que penser des formes les plus graves de possessions comme on peut en voir dans le film ?

A en croire Francesco Bamonte, secrétaire général de la Conférence des exorcistes italiens, la possession est un terme impropre. Seul Dieu habite et demeure en nous, parce que nous sommes créées à son image et à sa ressemblance. Les anges déchus, eux, ne peuvent pas prendre notre âme. Tout au plus peuvent-ils dans les cas de « possession » les plus graves nous balader comme on le ferait d’un pantin et user de notre voix. Mais notre âme, notre liberté et notre cœur reste intègres et saufs, que l’on soit d’ailleurs conscient ou non durant la possession.

Est-il vrai que le Vatican s’intéresse de plus en plus aux exorcismes ?

Non. L’Eglise a toujours pratiqué un ministère d’exorcisme, comme le Christ lui-même dans les Evangiles. C’est un service qu’elle se doit de rendre aux fidèles. Ce ministère est réservé à l’évêque ou au prêtre à qui il donne cette mission pour son diocèse mais cela n’empêche pas les autres prêtres de creuser le sujet, ne serait-ce que pour savoir quand il faut amener un fidèle à rencontrer un exorciste. A Rome où j’ai eu la chance d’étudier, cette formation était donnée au séminaire lui-même sous la forme de plusieurs soirées d’enseignement et d’échanges avec un prêtre exorciste. Ce qui dans le film a frappé notre journaliste américain, c’est qu’une université romaine se décide en 2007 à proposer un module complet sur le thème pour ses étudiants.

Dans la formation très générale que nous recevons, nous passons l’essentiel de notre temps à étudier la phase de diagnostic. Il s’agit d’apprendre à reconnaître si le traumatisme dont souffre la victime est bien d’ordre démoniaque ou s’il s’explique parfaitement autrement. Si suffisamment d’indices concordent en faveur d’un agir préternaturel, nous renvoyons volontiers la personne souffrante vers un exorciste qui confirmera ou infirmera le diagnostic et célèbrera le cas échéant une prière de délivrance voire un exorcisme.

Quel conseil nous donner ?

Ancrez votre vie dans la pratique sacramentelle : eucharistie, confession, prière. Surtout, n’approchez pas le monde de l’ésotérisme, de l’occultisme, de la magie blanche ou noire, de la divination… Tenez tout cela à distance de votre vie. Enfin, ayez confiance en Dieu qui veille et protège chacune de ses brebis. Le Christ a déjà remporté pour nous la victoire !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).