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Du mensonge à la décadence

Publié le 12 Avr 2013 à 18:11 Société 3 commentaires

Un ministre qui vous jure « dans les yeux » ne pas avoir de compte en Suisse, des policiers qui vous assurent n’avoir compté « que » 300.000 manifestants, un palace parisien qui vous promet n’avoir jamais hébergé de consultations pour des GPA… autant d’exemples, tous très récents, qui révèlent la décadence d’une époque : le mensonge est devenu habituel. En ce domaine, il ressemble au vol : pas vu, pas pris !

Pourtant, tout ou presque finit par se savoir. Et lorsqu’on se fait prendre, les dégâts sont nombreux. Le mensonge casse une relation de confiance. Ceux qui s’y adonnent devraient réfléchir à deux fois avant de mentir ! Car même pardonné, oublié, réparé… le mensonge installe une gêne qui persiste, un sentiment de suspicion et de méfiance qui interpelle : « vais-je pouvoir le croire ? ».

Quant au marseillais qui vous dit avoir péché une truite « grosse comme ça » qu’il se rassure : il ne trompe personne ! Cela fait même un peu partie du charme de son personnage…

Pourquoi ment-on ?

Par peur, essentiellement : peur du regard de l’autre, peur du jugement, peur des conséquences de nos actes. Cette première lâcheté se double d’une autre réalité : en dissimulant la vérité à mon interlocuteur, je décide qu’il n’y a pas droit. Je le méprise et le traite en irresponsable. Je considère qu’il n’est pas digne de savoir ; pire encore, je le manipule. Je ne le vois plus comme une personne mais comme un individu à manipuler. C’est une grave injustice faite à sa dignité d’homme.

D’ailleurs, du côté des victimes, de ceux à qui on a menti, les réactions sont unanimes. Il n’y a qu’à écouter les témoignages suite à l’affaire Cahuzac : tous se sentent trompés, trahis, humiliés. Le sentiment d’avoir été manipulé prédomine. Un sentiment d’injustice qui, c’est peut-être la seule consolation, nous rassure sur la nature humaine : mentir reste mal. Lorsque Bernard Tapie déclarait (en 1995 lors du procès OM-Valenciennes) « oui j’ai menti, mais de bonne foi » il avait scandalisé. Ouf, dans cette époque où le relativisme est roi, les gens ont encore une conscience !

Du côté du menteur, et l’ancien ministre du budget M. Cahuzac le soulignait dans ses aveux, c’est la spirale. On est enchaîné, entraîné. Le paradoxe est que l’on s’enferme de plus en plus (en inventant d’autres mensonges, pour protéger le premier) tout en désirant secrètement être découvert un jour, afin d’être libéré.

Révolution contre le réel

Il reste une dernière sorte de mensonge. Celui de l’idéologie. Le débat sur le mariage et l’adoption entre personnes de même sexe en est un parfait exemple.

Comment dialoguer si votre adversaire nie le réel afin d’y substituer son idéologie ? On avait souri en regardant « la vie de Brian » dans les Monthy Python. On s’aperçoit aujourd’hui que ce film était prophétique (le lien ici).

Puisque le réel me prouve le contraire, la loi (aujourd’hui) la science (demain) est sommée de faire dire autre chose à la nature. Ce n’est pas une révolution contre l’injustice, c’est une révolution contre le réel. Et pour distiller cette révolution, rien de mieux que de mentir à l’intelligence et de commencer par changer les mots : par exemple, ne dites plus « mère porteuse », dites « nounou prénatale » (l’expression a été reprise et développée par le Pr. Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg dans le journal « Libération » du  15 février 2011) ; plus c’est gros plus ça passe !

Qu’est-ce que la vérité ?

La question a été posée par un procurateur romain célèbre à un innocent qu’il s’apprêtait à condamner à mort. Pour nous chrétiens, cette vérité a un nom et un visage : elle s’est incarnée en Jésus-Christ : « je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». Remarquez qu’il n’a pas dit « un chemin » ou « une vérité », « un bout de chemin » ou « une part de vérité ». Non. « Le » chemin et « la » vérité. Point barre.

La vérité est toujours une et s’impose à nous : on la reçoit, tout comme le réel, afin qu’elle puisse luire de sa propre splendeur. Mentir c’est parler contre ce réel avec l’intention de tromper. Alors, la lumière ne peut plus luire et c’est le règne des ténèbres…

Une société où le mensonge est un système intégré, de l’élève qui triche en examen au ministre qui ment devant l’Assemblée Nationale, c’est-à-dire du plus bas de l’échelle au plus haut sommet de l’Etat, est une société en pleine décadence qui s’enchaîne elle-même. Elle s’inocule son propre poison en obscurcissant l’intelligence de ses membres.

Il y a urgence pour qu’émerge une jeunesse qui fasse le bon choix : veut-elle pencher pour celui qui se fait appeler le « père du mensonge » ou se faire disciple d’un homme qui disait (en Jean 8, 32) : « la vérité vous rendra libres » ?

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019) et de divers spectacles (Jean-Paul II, Charles de Foucauld, Madame Elisabeth). De 2013 à 2018, il anime l'émission "Un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame. Depuis sept. 2019, il répond à "Pourquoi Padre ?" sur KTOtv.