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Laïcité : le respect de tous, même des chrétiens !

Publié le 09 Jan 2014 à 00:42 Politique 6 commentaires

Une Femen qui mime un avortement dans le chœur d’une église avant que la responsable du mouvement se vante de leur impunité et s’en amuse devant les journalistes ; la profanation d’une autre église parisienne par un individu « déterminé » sans que grand monde ne réagisse. En province, profanations, dégradations et actes de vandalisme touchent chaque semaine des édifices religieux ou des cimetières chrétiens, sans susciter beaucoup de réactions. Et pourtant…

Un sentiment de colère, d’injustice et d’incompréhension monte chez les catholiques de France.

Sentiment de colère contre ces actes qui blessent la foi des croyants, mais aussi l’attachement de beaucoup de Français – même athées ou non pratiquants –  à leurs églises, à la sépulture de leurs anciens, au respect dû au « sacré ».

Sentiment d’injustice devant l’impunité dont semblent bénéficier les provocateurs. Là où des veilleurs pacifiques étaient embarqués par des CRS lourdement armés, les Femen s’en sortent sans même être inquiétées. Pourquoi cette différence de traitement ?

Sentiment d’incompréhension devant le silence des autorités. Le Cardinal Archevêque de Paris n’a pu s’empêcher de s’en étonner publiquement. Sur Radio Notre-Dame, il n’a pas mâché ses mots : « je suis étonné que les grands défenseurs de la laïcité ne se soient pas manifestés car c’était le moment de montrer que la laïcité est la protectrice des croyances et des religions ! Il y a des voix importantes qui sont restées muettes ! ». Le Cardinal poursuivait, encore plus précis : « à quelques encablures du ministère de l’Intérieur, on n’a pas su qu’il se passait quelque chose à la Madeleine, c’est quand même un peu surprenant ! En tout cas, on apprécierait qu’il y ait, sinon des grandes démonstrations publiques, au moins des signes de désapprobation clairs. Je suis surpris qu’on ait si peu de signes ».

Les catholiques n’aiment pas surjouer les « victimes » ni se plaindre. Ils savent au fond que le christianisme, à la suite du Christ, restera un signe de contradiction pour leur temps. Ce qu’ils sont continuera de bousculer le monde et de susciter des oppositions. Tout cela est dans l’Evangile et les chrétiens ne s’en étonnent pas.

Ce n’est donc pas tellement pour eux que les catholiques réclament justice. Ils ne demandent pas un traitement de faveur, ni médiatique ni politique. Ils veulent simplement, pour le bien de tous, pour une société apaisée et juste, qu’on respecte une saine et vraie laïcité. Une laïcité qui n’ignore pas les religions mais les respecte. Une laïcité qui ne nie pas les racines spirituelles et l’histoire religieuse de notre pays mais qui les reconnaît et les protège. Une laïcité au service de la liberté religieuse, droit fondamental que l’Etat républicain doit garantir.

Monsieur Valls, alors tout nouveau Ministre de l’Intérieur, avait eu ces mots justes, en juillet 2012, lors de l’inauguration de la mosquée de Cergy : « je suis le ministre des cultes (…) Toute attaque contre une religion, contre un de ses fidèles ou un de ses lieux de culte est une attaque délibérée contre la République et ses valeurs. Elle nécessite, en retour, une réponse déterminée des pouvoirs publics.» Ces paroles auraient été précieuses à réentendre, cette fois dans l’église de La Madeleine ou à Sainte-Odile. Elles étaient attendues… Elles sont encore espérées !

Les catholiques ne demandent rien d’autre. Toujours aux côtés de leurs frères musulmans ou juifs quand l’un de leurs lieux de culte est dégradé, ils se réjouissent que les élus et les médias réagissent alors avec célérité, que la justice fasse son travail et que les coupables soient condamnés. Les catholiques aimeraient simplement qu’on entende aussi leur souffrance quand ce sont des églises qui sont profanées ou quand leur foi est souillée par des spectacles ignobles… Touchés par les signes d’affection et de solidarité qui ne manquent pas de venir de la part des représentants des autres religions, ils ne peuvent en revanche que s’interroger sur l’étonnante discrétion médiatique et politique quand la violence et le vandalisme touchent des églises ou des cimetières catholiques. Serait-ce moins grave pour la République ?

Il est périlleux qu’on en vienne à soupçonner qu’il y ait, dans l’esprit de certains gouvernants, une laïcité à deux vitesses dont les catholiques feraient les frais. Une laïcité qui pourrait s’apparenter à une ignorance polie ou à une hostilité ouverte, selon le ministre concerné. Une laïcité mensongère ou idéologue, qui ne serait pas au service de tous.

Redisons-le donc simplement mais fermement : une laïcité qui ne serait pas le respect de toutes les religions perdrait sa crédibilité. Une France qui laisserait impunément insulter la foi qui a si profondément marqué son histoire ou ses valeurs perdrait sa dignité et fragiliserait son unité. C’est l’avenir de toute la société qui est en jeu. Quelle que soit leur confession, les Français attendent les gestes forts et les paroles qui sauront les rassurer.

[Tribune publiée dans Le Figaro du 8 janvier 2014, à retrouver ici]

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).