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L’espérance, vertu des héros

Publié le 02 Fév 2021 à 09:43 Foi Aucun commentaire

Si vous aviez dit à Jésus le Jeudi saint au soir : « Ça ira mieux demain », il ne vous aurait pas cru. Et pour cause. Parfois, le lendemain, c’est pire. Pourtant, les chrétiens continuent de parler d’espérance. En ce temps de crise à tous les niveaux, voici un petit exposé pour ceux qui veulent continuer à y croire sans être traités de bisounours.

Vous préférez attendre que l’orage passe ou bien danser sous la pluie ? Quand on parle d’espérance, on a bien souvent l’impression de n’avoir le choix qu’entre deux chansons bien connues : « Tout va très bien, Madame la Marquise » ou « Même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or ».

Ce que n’est pas l’espérance

Comme en tout, méfions-nous d’abord des contrefaçons : l’espérance n’est ni l’espoir, ni l’optimisme.

Avec l’espoir, le cœur de l’homme en reste à ce qui est à son niveau : « Un jour, j’aurai cette voiture ou cette maison à laquelle je rêve… Cette robe qui me plaît trop… Ce succès et cette notoriété auxquels j’aspire ». Il existe aussi des espoirs subtils qui se cachent derrière des réalisations spirituelles. Par exemple, on trouve parfois dans les paroisses des personnes qui épuisent les autres afin de faire connaître une dévotion, un lieu d’apparition, une forme de prière ou d’apostolat. Et lors des périodes électorales, qui n’a pas rencontré ces militants passionnés qui nous présentent leur candidat et ses idées comme la promesse d’un monde nouveau et de lendemains qui chantent ? En fin de mandat, la déception est souvent assez rude.

Ces enthousiasmes sont fort respectables mais l’espérance va bien au-delà. Elle vise un bien parfait, futur, ardu mais possible, et ne peut se contenter ni d’un bien imparfait, ni d’un bien illusoire, ni d’une personne avec ses limites et ses défauts.

L’espérance n’est pas non plus l’optimisme, ce trait de caractère de ceux qui regardent les choses du bon côté en gardant leur bonne humeur. C’est pourtant une qualité fort appréciable pour leur entourage : n’y a-t-il pas rien de plus démoralisant que de rencontrer des gens qui passent leur temps à broyer du noir ? Pourtant, l’optimisme est encore trop court. Il peut même devenir insouciance ou présomption. C’est bien de prendre les choses du bon côté, mais cela ne doit pas nous masquer la réalité. Quand ça va mal, osons le dire !

Plus inquiétante encore est cette perversion de l’espérance que Benoît XVI appelait « optimisme idéologique » et qui masque souvent une authentique décadence. Il peut reposer, disait-il, aussi bien sur une base libérale que marxiste. Dans le premier cas, il s’agit de la foi dans le progrès et le développement scientifiquement dirigé de l’histoire humaine. Dans le second cas, il s’agit de la foi dans le mouvement dialectique de l’histoire, dans la lutte des classes et la révolution. Mais il faut bien reconnaître que ces présupposés philosophiques (évoqués dans ce podcast de Padreblog) échappent bien souvent aux adeptes de l’optimisme idéologique. Il y tombent davantage par naïveté ou par bêtise.

Un horizon qui transforme le présent

La pandémie du Covid-19 affecte notre espérance

Alors, qu’est-ce que l’espérance ? Une foi inébranlable en deux convictions : celle que Dieu ne nous abandonnera jamais et celle que nous sommes, avec lui, dans le camp des vainqueurs. Elle est comme un horizon, un changement de perspective. Et rien n’est vain quand la direction est bonne.

L’espérance se nourrit de la patience, du verbe patior en latin qui veut dire « souffrir » (on l’oublie trop souvent). Une patience dans l’attente du bonheur final qui nous fait tout affronter en replaçant ce qui nous arrive dans le plan de Dieu. L’espérance est surtout une vertu théologale : c’est-à-dire qu’elle vise Dieu, qu’elle a Dieu pour objet et nous ordonne à lui. Elle est une disposition que Dieu fait gratuitement naître dans notre cœur ; elle nous permet d’aller vers lui et de le retrouver.

Saint Jean de la Croix (1542-1591) ajoute que l’espérance possède également son ennemi propre : le monde qui nous agresse avec ses sirènes et ses mensonges. Ce monde dont le prince est Satan et contre lequel l’espérance doit mener le combat. Car le diable ne cesse de nous proposer l’amertume et la tristesse, le dégoût des choses spirituelles, la tiédeur et le découragement qui font le cortège du désespoir. Au contraire, cultivons le dépassement, l’action, la prière, l’oubli de soi, la fermeté et la ténacité dans nos résolutions… tout cela avec détermination et courage ! C’est ce qui fait dire à l’abbé de Chaillé (dans un podcast de Padreblog nourri de superbes textes de Georges Bernanos et Charles Péguy) que l’espérance est vraiment la vertu des héros.

La victoire est certaine

Pourquoi sommes-nous si vite découragés ? L’horizon d’un chrétien, ce n’est pas cette terre. La perspective, c’est le ciel ! C’est cette assurance, folle, de partager la vie de Dieu éternellement qui doit motiver notre ardeur et nous redonner courage. Cela devrait orienter tous nos actes et nous donner une immense liberté. Notre histoire prend place dans une histoire bien plus grande : celle de Dieu, qui nous jugera. Nos combats et nos engagements participent à une œuvre bien plus grande qui nous dépasse : l’œuvre de Dieu. La difficulté, c’est que nous sommes trop vite découragés par nos échecs personnels, trop vite grisés par nos victoires ponctuelles alors que nous participons à un combat bien plus grand : la lutte entre le bien et le mal, entre la culture de vie et la culture de mort, entre la vérité et le mensonge, entre la sainteté et le péché. Au milieu de tout cela, le plan de Dieu est en train de se réaliser, au-delà de nos échecs et de nos victoires.

En ce sens, l’espérance est une lumière dans nos obscurités présentes. Oui, ce monde est dangereux, la vie est dangereuse, et si elle ne l’était pas… quel ennui ! Nos existences sont faites d’audace, de don de soi, d’aventures à vivre et de combats à mener ! Au coeur de tous ces risques, Dieu est déjà là, toujours présent, toujours aimant. La vie éternelle est déjà commencée ou encore, comme le chante Sabrina Carpenter : « Tomorrow starts today » ! Nous pouvons donc vivre les contradictions et les adversités sans crainte, car nous avons autre chose à vivre en même temps. Par son sacrifice sur la croix, Jésus a racheté toutes nos fautes. Il s’est penché sur nos misères, il les a prises sur lui, il a souffert toutes nos souffrances pour nous faire partager demain son éternité. Et si ce monde nous agresse et que la conjoncture nous inquiète, ces paroles du Christ sont pour nous : « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). La victoire est donc certaine !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016), "Hors Service" (Artège 2019), "Prières de chaque instant" (Artège 2021) et de divers spectacles (Jean-Paul II, Charles de Foucauld, Madame Elisabeth). De 2013 à 2018, il anime l'émission "Un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame. Depuis sept. 2019, il répond à "Pourquoi Padre ?" sur KTOtv.