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Avortement : le droit à l’avis

Publié le 30 Jan 2016 à 13:39 Éthique 7 commentaires

En réaction à la promulgation de la loi Santé, qui a supprimé le délai de réflexion avant l’avortement, plusieurs évêques dénoncent une fuite en avant et refusent que soient opposés dans ce débat le droit des femmes et le droit des enfants.

Peut-on encore parler de l’avortement aujourd’hui ? Il est suffisamment rare que ce sujet revienne dans le débat public pour ne pas saisir l’occasion de parler de ce « drame existentiel et moral » (pape François). La promulgation de la loi Santé le 27 janvier dernier nous permet de le faire. Il ne s’agit évidemment pas de porter des jugements sur les personnes, encore moins de culpabiliser. Refusant les caricatures, les amalgames et les invectives, nous souhaitons prendre le temps d’expliquer.

Depuis 1975, la loi Veil a consacré la possibilité d’avorter. En 2016, le bilan est dramatique. Alors que le nombre d’avortements reste élevé et constant, trois phénomènes nous permettent de lire en creux un profond malaise social : de moins en moins de médecins acceptent de commettre des avortements ; des plannings familiaux ferment par manque de militants ; des sites Internet proposant des solutions alternatives à l’avortement connaissent un fort succès.

La dernière loi Santé n’est qu’une fuite en avant. La suppression de la notion de « détresse », en 2014, et à présent du délai de réflexion avant de procéder à l’avortement revient à exercer une pression de plus sur les femmes.

Nous regrettons que dans ce débat les premiers acteurs de l’acte d’avortement, les femmes, soient trop peu écoutées, au profit d’un « combat pour les droits des femmes ». On occulte la violence létale vécue par les enfants à naître et la violence physique et psychologique vécue par leur mère lors d’un acte d’avortement.

Pour la loi, l’avortement est un « droit ». Dans les faits, c’est surtout un drame.

C’est le drame des femmes qui vivent un traumatisme : avant d’avorter, elles portaient un bébé, elles portent à présent en elles un fardeau. Beaucoup ont eu le sentiment de ne pas avoir reçu l’aide et le soutien qui leur aurait permis d’accueillir leur enfant, de le bercer, de le caresser.

L’avortement, c’est le drame des enfants éliminés avant de naître. Les nouveau-nés sont des êtres fragiles. Lorsqu’ils viennent à la vie, ils deviennent le trésor d’une famille, le cadeau de Dieu. Leur innocence nous bouleverse.

L’avortement, c’est le drame de la déresponsabilisation des pères. Combien de pères se sont-ils délestés de leur rôle, par indifférence ou sous le poids de la pression de leur entourage ? Il faut aussi souligner le désarroi de certains d’entre eux, autant en « quête » qu’en « perte » d’une identité qu’ils peinent à assumer.

L’avortement, c’est un drame social. Dans notre pays, il est à présent si banalisé qu’il est difficile d’exprimer une opinion divergente. Une mentalité abortive s’est développée, articulée autour du refus de l’autre, de la vie et de la précarité humaine. Cette mentalité introduit le soupçon dans les liens familiaux : mes parents auraient-ils pu m’empêcher de naître ?

La miséricorde portée par le pape François n’est pas sélective, parce qu’elle ne se conçoit pas sans la vérité. « La plaie qu’est l’avortement constitue un attentat contre la vie. Laisser mourir nos frères sur les bateaux dans le canal de Sicile constitue un attentat contre la vie. […] Le terrorisme, la guerre, la violence, mais aussi l’euthanasie, constituent des attentats contre la vie » (pape François, extrait du discours du 30 mai 2015 adressé à l’association Scienza e Vita).

Nous ne voulons pas juger les femmes. Devant le poids de leurs souffrances et la complexité de leurs déchirements intérieurs, nous répondons comme le pape François : « Qui suis-je pour juger ? » Ce sont les drames existentiels que nous accueillons au quotidien.

Nous disons notre refus d’opposer dans ce débat le droit des femmes et le droit des enfants. Comme le pape François nous y invitait encore le 28 janvier dernier, nous devons relever « le défi de contrecarrer la culture du déchet, qui a de nombreuses expressions, parmi lesquelles celle de traiter les embryons humains comme un matériau jetable, de même que les personnes malades et âgées qui se rapprochent de la mort ».

Nous appelons au droit à la vie pour tous. Et au droit à l’avis.

« Ouvrons nos yeux pour voir les misères du monde, les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité, et sentons-nous appelés à entendre leur cri qui appelle à l’aide. […] Que leur cri devienne le nôtre et qu’ensemble, nous puissions briser la barrière d’indifférence qui règne souvent en souveraine pour cacher l’hypocrisie et l’égoïsme » (pape François, extrait de la Bulle d’indiction de l’Année Sainte de la Miséricorde).

Mgr David Macaire, archevêque de Saint-Pierre et Fort de France

Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon

Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes

Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio

Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon

Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban

[Tribune signée dans Le Figaro du 30 janvier 2016 à mettre en lien avec ce reportage des Cahiers libres : la semaine passée en effet, un groupe informel de Français rencontrait la diversité et le dynamisme des acteurs du mouvement pro-vie aux USA. L’abbé Amar en faisait partie].

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À propos de l'auteur :

  • ROVILLAIN

    Et les autres évêques pensent quoi ? Ils n’ont pas signé parce qu’ils ne sont pas d’accord ou parce que cela est une affaire de femme ! ou parce que cela n’est pas démagogique ?

    • Geoffroy

      Ou plus simplement ils n’en ont rien su avant la publication de l’article…

  • Pingback: Excellent texte des évêques sur l’avortement, on attend Mit brennender sorge sur l’euthanazie. – antitotalitarismeblog()

  • Tangui

    Bonjour Messieurs les padre, oui à la défense inconditionnelle de la vie, mais on aimerait le même engagement de votre part à combattre les causes de cela, à savoir le néo libéralisme actuel, notre pape a tout dit dans son encyclique, alors relayez un peu plus ce texte révolutionnaire car comme disait Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »

  • Akklésia

    Cette ténacité (pour ne pas dire hargne) qu’a le christianisme officiel à s’occuper des choses terrestres est désormais – littéralement – un péché. Ces choses-là sont à la loi (ou torah), car concernant ce qui est en cours d’abolition. Ce n’est donc pas donné à la foi, à ce qui est à-venir : au ressuscité. Qu’on s’en occupe, certes, pourquoi pas, chacun fait ce qu’il veut, mais qu’on s’en occupe en son propre nom, ou au nom d’un parti… Si c’est au nom d’une assemblée – une ecclésia – que ce soit donc à celle de la Loi, celle de l’AT. Car ceux qui sont assemblés autour du ressuscité s’occupent de ce qui est à-venir ; quant aux choses présentes, Celui qui est à-venir les conduit au tombeau mais ne légifère pas dessus. Il a donné cette mission temporaire de légiférer l’ici et maintenant – à la torah… précisément.

  • https://sainedoctrine.com

    Madame Rossignol, notre distinguée ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes a eu récemment l’ingénieuse idée d’épaissir notre dispositif pénal d’un nouveau « délit d’entrave numérique ». L’initiative vise explicitement des sites non gouvernementaux qui, sans condamner l’avortement, rappellent cependant qu’une IVG n’est jamais anodine et que d’autre solutions sont en droit envisageables. La ministre semble manifestement trouver ce discours inacceptable : « Être hostile à l’IVG -déclare-t-elle- c’est la liberté d’opinion, mais tromper des jeunes filles, c’est un délit ». C’était pourtant, à ce qu’il semblait, le meilleur argument en faveur de l’avortement. A ceux qui se récriaient qu’un avortement pour raison de confort était inadmissible, on prenait soin de rappeler la détresse psychologique et l’absolue nécessité dans laquelle se trouvaient les femmes qui y recourraient : « Que dites-vous ? Avortement de confort ? Mais de quel droit niez-vous la douleur de toutes ces femmes ? Pensez-vous qu’une IVG soit une partie de plaisir ? Non, sachez bien que cela est une décision grave et que nul n’en décide à la légère. Respectez un peu le choix de ces femmes ! » Et voici que maintenant, il faudrait admettre que l’IVG est un acte anodin, sans gravité aucune ? A vouloir trop dédramatiser l’IVG, à vouloir tellement déculpabiliser celles qui y ont recours, Madame Rossignol a fini par culpabiliser pour de bon toutes celles qui seraient tentées encore de culpabiliser. Elle a ôté d’un seul coup à des milliers de femmes le droit naturel d’exciper d’une situation difficile et d’une détresse humaine qui, à tout le moins, étaient dignes de considération. Faute de tolérer l’avortement, nous pouvions au moins nous rallier à l’idée que toutes ces femmes étaient, dans le fond, les victimes d’un choix douloureux. Mais à l’évidence, ce n’est plus de saison. L’IVG n’est plus un mal absolu. Ce n’est même pas un moindre mal. En fait, ce n’est plus un mal du tout. Il n’y a donc plus besoin de l’excuser, ni même de lui trouver des circonstances atténuantes. Une femme enceinte qui franchissait la porte du planning familial était assurée jusque là de trouver, au moins pour elle, un peu de compassion et d’écoute charitables. Elle risque maintenant, si elle traîne un peu les pieds, si quelque scrupule la saisit, si des états d’âme la travaillent, d’être traitée comme un mijorée qui fait des manières. « Puisque l’on te dit que c’est anodin ! Là ! Tu ne vas pas faire ta catho, non ?! ». Si elle veut trouver un peu de compassion et d’écoute charitable, qu’elle sache que la porte des cathos lui reste grande ouverte.

  • Ronnie Jour De Fête

    Cette partie de votre article est très importante: « L’avortement, c’est le drame de la déresponsabilisation des pères.
    Combien de pères se sont-ils délestés de leur rôle, par indifférence ou
    sous le poids de la pression de leur entourage ? Il faut aussi souligner
    le désarroi de certains d’entre eux, autant en « quête » qu’en
    « perte » d’une identité qu’ils peinent à assumer. » Où sont tous ces pères… les enfants sont faits à deux? On rejette toute la culpabilité sur une femme… mais les hommes, est-ce qu’ils assument? Je ne crois pas…