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Pilule ou IVG : et s’il y avait une autre alternative ?

Publié le 08 Mar 2011 à 23:22 Éthique Un commentaire

Face à la hausse des avortements chez les jeunes, le Professeur Nisand réclame plus de contraception. Est-ce vraiment la solution ? Et si on osait une 3ème voie ?

Lundi, un forum sur l’IVG se tenait à Paris. Ce fut l’occasion pour le Professeur Nisand de lancer un cri d’alarme, bien relayé par les médias : « il y a beaucoup trop d’IVG chez les jeunes filles. » Comment ne pas s’associer à ce cri ! 15 000 jeunes filles mineures ont avorté en France en 2010. Même les plus chauds partisans de l’IVG reconnaissent que là, c’est trop. Surtout que des voix commencent à se faire entendre dans la communauté scientifique et médicale pour alerter sur les conséquences psychologiques de ces IVG. Le Monde rapporte ainsi : « la psychologue et psychanalyste Sophie Marinopoulos (Nantes) a insisté (…) sur la « trace » que laisse une IVG sur le psychisme, en particulier chez des jeunes filles. « L’inconscient est rancunier », a-t-elle mis en garde. » Même si les revendications pour ce « droit des femmes » ne faiblissent pas, on assiste à un début de prise de conscience que ce droit est surtout un drame pour ces femmes.

Là où l’on pourra se démarquer du professeur Nisand, c’est dans la suite de ses propos. Pour lui, la solution est claire : il faut un accès massif, gratuit et anonyme à la contraception pour les jeunes. Avec cet argument fallacieux : puisqu’une fille mineure peut se faire avorter anonymement, sans que ses parents ne soient au courant, puisqu’on peut lui prescrire de la même façon la pilule du lendemain, abortive, il est absurde que la pilule contraceptive ne puisse pas, elle aussi, être prescrite et même offerte dans le dos des parents. Mais ce qui est absurde, c’est bien au contraire qu’une jeune fille aujourd’hui, mineure, puisse supporter le drame de l’avortement sans que ses parents ne le sachent ! Ils ne pourront ni l’aider, ni l’accompagner, ni surtout lui offrir d’alternative.

Eduquer les coeurs

On touche du doigt la vraie question : le défaut d’éducation. Défaut d’éducation bien souvent doublé d’un défaut de famille hélas. Car on peut avoir une « très belle famille » au sein de laquelle c’est bien souvent « silence radio » sur ces questions. Défaut d’éducateurs, parents en premier lieu, mais aussi, quand ils ne peuvent assurer leur rôle, ou qu’ils n’y parviennent plus… prêtres, professeurs, animateurs, assistants sociaux, médecins, etc.

Attention, je ne parle pas de cette éducation sexuelle que la loi veut maintenant imposer aux gamins dès le CP, qui consisterait surtout à une explication technique de la sexualité voire des sexualités… La vraie question, c’est l’éducation des cœurs, de la conscience, des comportements. Le vrai problème, ce sont les relations sexuelles précoces et multiples. Quand dira-t-on qu’elles ne sont ni nécessaires, ni souhaitables ?

Justement, me direz-vous, facilitons l’accès aux contraceptifs pour ces jeunes qui ont une sexualité active ! En fait, l’accès gratuit et anonyme ne changera rien au fond. Les chiffres sont implacables : même chez les adultes, la contraception massive n’a jamais permis de faire baisser le nombre d’IVG. Celui-ci reste désespérément haut (250 000 par an en France). Le journal Le Monde le soulignait encore : « l’immense majorité des femmes ayant recours à l’IVG avaient une contraception, y compris les mineures, a relevé Nathalie Bajos ». Comment ne pas comprendre d’ailleurs que les moyens de contraception favorisent cette activité sexuelle parfois tout azimut, chez certains, puisqu’on se sent « protégé ». Sauf que cela n’est manifestement pas le cas. Aucune contraception n’est fiable à 100%.

Oser un discours vrai

Ce sont donc bien les comportements qui sont en question. La fidélité chez les couples, l’abstinence comme chemin possible chez les jeunes sont des solutions qu’il faudra bien un jour oser proposer comme modèles et dont il faudrait au moins parler aujourd’hui. Et ce n’est pas simplement un discours de curé. Ou plutôt cela ne doit plus l’être ! Il faut déconfessionnaliser la chasteté et redécouvrir la sagesse, simplement et profondément humaine, qu’il y a dans le fait de se garder, d’attendre, de faire coïncider don de soi, don des corps, engagement des cœurs dans la durée. Qu’on ose un discours moral qui dépasse la question de savoir si « on se protège ». Qu’on ose proposer d’autres modèles. Qu’on ose dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir « des expériences » à 15 ans, 16 ans, 18 ans, surtout à cet âge où il serait héroïque d’assumer une grossesse. Dans certains états américains, ou pays d’Afrique comme l’Ouganda, l’Etat ose ce discours là. Et il est écouté.

Vous objecterez enfin : prendre la pilule contraceptive est quand même moins grave que d’avorter. Je vous répondrai d’après l’aveu du médecin cité ci-dessus : prendre la pilule ne vous empêchera pas forcément un jour d’avorter. Et donc encore une fois, axer tout le message sur cette mesure ne peut pas être LA solution. On ne règle pas le problème de fond. Aujourd’hui, les jeunes que je rencontre dans les lycées ne sont pas d’abord avides de savoir comment on met une capote ou d’avoir la pilule gratos. Ils veulent apprendre à aimer. Ils ont soif de sens. Et les jeunes filles qui subissent un avortement ne sont pas victimes du prix de la pilule ou de la crainte des parents. Mais bien de cette absence de vrai, de sens donné à leur sexualité.

Pour les parents, pour les éducateurs, pour l’Etat… la responsabilité est immense !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).