Des femmes à l’autel ?
Le 11 janvier 2021, le pape François a autorisé les évêques à instituer des femmes aux ministères de « lecteur » et « acolyte ». Certains, inquiets ou enthousiastes, se demandent s’il s’agit d’un pas vers l’ordination des femmes. D’autres ne comprennent pas cette décision puisqu’ils voient déjà des femmes lire à la messe. Voici quelques éclairages.
Des femmes lisent déjà à la messe, quoi de nouveau avec cette décision ?
A peine le document romain était-il publié que certains journaux affirmaient bien maladroitement que le Pape autorisait les femmes « à lire et à servir à la messe ». Avec cette réforme, François n’entend évidemment pas autoriser une pratique déjà admise depuis plus de cinquante ans ! En effet, aucune mission paroissiale (mise à part celle du prêtre et celle du diacre) n’était jusqu’ici réservée qu’aux hommes : les lectures, la distribution de la communion ou la charge de catéchiste sont des missions bien souvent exercées par les femmes. De nombreux curés estiment cependant qu’il est préférable que les groupes de « servants d’autel » soient constitués de garçons, afin de stimuler l’éclosion des vocations sacerdotales. Ils proposent alors souvent pour les filles d’autres missions spécifiques comme l’accueil, les lectures, la procession des offrandes, etc. La perspective du pape François n’est pas de se prononcer sur ces questions : les jeunes servants de messe ne sont d’ailleurs jamais « institués acolytes » au sens où l’entend le document romain !
Que sont les ministères d’acolyte et de lecteur ?

Les « ordres mineurs » avaient donc été remplacés par les « ministères institués », qui étaient ainsi distingués clairement du « ministère ordonné » (diaconat, presbytérat). Ce faisant, Paul VI ouvrait la possibilité d’instituer certains hommes lecteur ou acolyte sans qu’ils soient séminaristes. En 2015, Benjamin et Thomas Pouzin, les fondateurs de Glorious, avaient par exemple été institués « lecteurs » par leur archevêque, pour vivre leur activité de prédication comme une mission ecclésiale stable. Mais en pratique, cette possibilité est très peu utilisée par les évêques.
Quel est l’objectif du pape ?
Depuis la réforme de saint Paul VI, théologiens et pasteurs ont approfondi la réflexion sur l’importance des « ministères institués» dans la vie de l’Eglise. Il s’agit au fond de prendre au sérieux le fait qu’en vertu de leur baptême, certains fidèles peuvent recevoir une mission stable et publique au service de leur communauté. En toute logique, si la capacité à assurer ces ministères découle du baptême, il n’y a pas de raison de les réserver aux hommes. La réforme de François n’est donc pas surprenante.
Mais elle vient interroger nos pratiques pastorales. Les pasteurs sont-ils assez attentifs à la formation et au suivi des catéchistes, des équipes liturgiques, des ministres extraordinaires de la communion ? En confiant une mission, offrent-ils un cadre suffisamment clair et une perspective suffisamment ecclésiale et missionnaire ?

Comment éviter la « cléricalisation des laïcs » ?
Cette réforme doit donc est comprise dans son élan missionnaire : tout baptisé est appelé à mettre ses talents au service de l’évangélisation et il est bon que certains reçoivent des missions reconnues. Cependant, si cette réforme se limitait aux termes du document pontifical (à lire ici), elle court le risque d’être mal comprise ou instrumentalisée.
Le risque majeur est de « cléricaliser les laïcs » et ainsi de faire croire qu’il y aurait des baptisés missionnaires engagés, et d’autres qui pourraient ne pas s’impliquer. Le sacerdoce baptismal ne se vit pas d’abord par des fonctions ou des engagements, mais par une participation personnelle au mystère du Christ dans l’Esprit-Saint. Les formes prises jusqu’à présent par les ministères institués sont encore très liées à l’état clérical. Par exemple, on célèbre les institutions au lectorat et à l’acolytat en aube, en présence de l’évêque, puisqu’il s’agit de futurs prêtres. Comment fera-t-on pour instituer des laïcs sans les cléricaliser ? Il faudrait envisager une réforme du rituel. Plus largement, il faudrait repenser le contenu de ces ministères, et donc leur nom, ainsi que la manière dont le discernement et la formation doivent se faire. Par ailleurs, ne serait-il pas pertinent de réformer la durée de ces ministères qui sont jusqu’à présent conférés à vie ? C’est une des raisons pour lesquelles les évêques sont jusqu’ici assez réticents à de telles institutions.

Enfin, sans cette perspective missionnaire féconde, la réforme risque d’être présentée selon les termes malheureux de la revendication catégorielle (les femmes contre les hommes, les laïcs contre le clergé). D’ailleurs, en distinguant plus clairement les « ministères institués » des « ministères ordonnés » (diaconat, sacerdoce) le Pape donne une assise théologique supplémentaire à l’impossibilité d’ordonner des femmes pour le diaconat, a fortiori le sacerdoce. Une mission dans l’Eglise n’est jamais un « droit » à revendiquer mais un appel à recevoir au service de tous.
Orientons donc nos réflexions dans la bonne direction. L’enjeu de ces réformes n’est pas de savoir si des femmes peuvent apporter les burettes à l’autel… mais bien de savoir comment mieux structurer l’élan missionnaire du peuple chrétien ! Notre perspective n’est pas de trouver des outils pour « survivre » mais de permettre à l’Esprit-Saint d’agir au cœur de tous, fidèles laïcs, religieux et prêtres, pour vivre et annoncer l’Evangile.