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Aimer l’Eglise. Telle qu’elle est (maj)

Publié le 29 mai 2012 à 19:12 Église 15 commentaires

Le trouble et le malaise vont grandissant à la lecture des nombreuses dépêches de presse relatant les évènements qui agitent le Vatican : arrestation du majordome du Pape en possession de documents secrets, fuites dans la presse, limogeage express du directeur de la Banque du Vatican… On se croirait dans un mauvais remake d’ «Anges et démons » de Dan Brown ! C’est peut-être l’occasion de redire deux ou trois choses simples sur l’Eglise.

Il ne s’agit pas de minimiser la crise que semble connaître la curie. L’arrestation de l’un des plus proches collaborateurs du Pape n’est pas un événement anodin. La fuite dans la presse de documents secrets et personnels, volés dans le bureau même du Pape, est gravissime. Benoît XVI s’est d’ailleurs dit « affligé » par ces trahisons. Et les révélations ne vont certainement pas s’en arrêter là …

Gardons-nous également de rentrer dans une analyse « politique » de ces évènements. Ce n’est ni notre rôle ni de notre compétence. Certains s’y essaient et pas de façon toujours heureuse, forgeant une multitude d’hypothèses sur des complots et des affrontements de factions. Il est fort probable que nous ne connaîtrons jamais complètement le dessous des cartes, et nous n’en avons d’ailleurs pas forcément besoin.

Rappelons tout simplement que si tout cela nous peine, notre confiance dans l’Eglise n’en est pas pour autant amoindrie. Elle peut même en ressortir renforcée.

Ce fut un choix résolu du Christ : fonder son Eglise sur des apôtres, hommes faibles et pécheurs, des « galiléens moyens » pourtant appelés et choisis. L’évangile n’a rien voulu gommer de cette « humanité » fragile des apôtres ! Une bonne preuve d’ailleurs que l’évangile n’est pas de la propagande, ni la construction d’une légende dorée… Pendant ces trois années autour du Seigneur, que de querelles et que de faiblesses ! Entre un Judas qui vole déjà dans la caisse commune, un Jean qui réclame la meilleure place là-haut pour lui et son frère, la jalousie des autres, les certitudes de Pierre qui sait mieux que Jésus ce qu’il faut faire, les doutes de Thomas… Jusqu’à la trahison finale de Judas – toujours pour de l’argent – et au reniement de Pierre, chef des apôtres ! Et encore, ce n’étaient que les trois premières années !

Deux mille ans ont passé et l’histoire de l’Eglise a vu se succéder, y compris sur le siège de Pierre et dans son entourage, une succession de lâches et de héros, de faibles et de saints, de pauvres types et de martyrs… Qu’on se rappelle l’état de la curie romaine pendant le siècle de fer, ou l’état du clergé dans les premiers siècles. A lire les conciles de l’époque, il semble bien que tout n’était pas simple ! Sans parler de la Renaissance, des papes d’Avignon… Et de toutes ces luttes d’influence, ces querelles de chapelles, ces ambitions trop humaines qu’on retrouve au cœur de tout pouvoir, et donc aussi au cœur de Rome : « partout où il y a des hommes, il y a de l’hommerie » reconnaissait avec sagesse , dit-on, le bon Saint François de Sales. La soutane ne supprime pas l’humanité blessée de celui qui la porte…

Il y aurait de quoi se lamenter. Et c’est bien légitime de le faire. Car chaque fois qu’un baptisé n’est pas à la hauteur du baptême qu’il a reçu, chaque fois qu’un prêtre ou qu’un(e) consacré(e) n’est pas fidèle au message qu’il prêche et à la tenue de service qu’il porte, il y a au fond quelque chose de scandaleux. Un contre-exemple pénible, parfois destructeur pour la foi des autres.

Mais le buisson d’épines ne doit pas faire oublier les bons fruits qu’on y trouve. Il les met même en valeur, malgré lui. On est ainsi d’autant plus émerveillé de voir comment l’Esprit-Saint continue depuis 2000 ans de susciter, à travers toutes ces faiblesses, des fruits de sainteté. L’histoire de l’Eglise en est toute autant remplie. Et il faudrait être aveugle pour ne pas voir combien le christianisme a marqué positivement notre civilisation. On comprend du coup que tout cela vient de Dieu. Que cette Eglise, si elle n’était qu’humaine, serait déjà à terre depuis longtemps. Il y a un miracle permanent depuis deux millénaires : le Christ continue d’agir à travers son Eglise et à travers la faiblesse de ses membres. La grâce continue de porter du fruit. Et plus je suis lucide sur les faiblesses de ses membres, plus je comprends la sainteté de l’Eglise : elle est assez sainte pour être composée de pécheurs comme vous et moi. Elle est sainte, parce que fondée par le Christ lui-même, qui ne l’a jamais abandonnée et continue de la guider. Elle est sainte, parce qu’elle a reçu les promesses de la vie éternelle. Elle est sainte, parce qu’elle nous rend saints, par les sacrements, pourtant donnés par les mains de pauvres pécheurs. D’ailleurs, si cette Eglise n’accueillait en son sein que des gens parfaits et irréprochables, je n’y aurais pas ma place !

Ce qui pourrait nous révolter et nous faire perdre la foi, nous fait au contraire l’approfondir et la garder : si depuis 2000 ans l’Eglise « tient » et continue de porter du fruit, c’est bien qu’elle ne repose pas sur la force des hommes, mais sur celle de Dieu.

Un observateur extérieur sera toujours tenté de commenter ces affaires comme il le ferait pour celles qui peuvent secouer le gouvernement d’un pays ou celui d’une grosse multinationale. On peut le comprendre. Mais le catholique, sans nier ni s’aveugler sur ces difficultés et ces épreuves douloureuses liées aux hommes, contemple et apprend à aimer son Eglise comme le Christ l’a aimée : sans péché, mais non sans pécheurs. Divine et humaine. Immense famille de ceux qui, loin d’être meilleurs que les autres, se laissent transformer par la même espérance et la même foi. La foi de Paul qui entendait le Christ le rassurer, et nous avec lui : « c’est dans ta faiblesse, que je révèle ma puissance » (2Co 12,9)

Un dernier mot … une fois qu’on a lu tout cela, qu’est-ce qu’on fait ? On peut d’abord prier pour le Pape. Rien ne lui aura décidément été épargné… Et plus que jamais il a besoin de notre soutien, du témoignage de notre fidélité, de notre prière. On peut aussi comprendre que l’Eglise, c’est chacun de nous. Et que son rayonnement en va aussi de notre propre engagement, de notre fidélité et de la joie avec laquelle nous vivons notre foi. Dieu est capable de tirer d’un mal un plus grand bien. Face à ce mal, qu’Il nous aide à ne pas rester spectateur attristé, mais à tirer de ces évènements un plus grand désir de nous convertir, de nous donner, de nous engager… car là où nous vivons, là où nous travaillons ou étudions, c’est bien nous qui sommes pour ceux qui nous entourent le visage de l’Eglise !

Abbé Grosjean

_________________

Actualisation (30 mai 2012)

A la conclusion de l’audience générale du 30 mai dernier, Benoît XVI a tenu à faire une mise au point publique :

« Les évènements récents touchant la Curie Romaine et mes collaborateurs m’attristent, sans que soit entamée ma certitude absolue selon laquelle, malgré la faiblesse humaine, les difficultés et les épreuves, l’Eglise est guidée par le Saint-Esprit et le Seigneur. Je suis certain qu’il ne cessera de la soutenir sur son chemin. Ceci dit, les conjectures multipliées par certains media sont totalement gratuites, allant bien au-delà des faits réels et offrant une image du Saint-Siège sans rapport avec la réalité. C’est pourquoi je tiens à renouveler ma confiance et mes encouragements à mes plus proches collaborateurs, comme à tous ceux qui jour après jour, fidèlement, en silence et en esprit de sacrifice m’assistent dans mon ministère » (Source VIS).

À propos de l'Abbé Grosjean

Abbé Grosjean

34 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la Paroisse de Saint Cyr l'Ecole. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles

  • Régis de BERRANGER

    Certes, mais il y a, aussi, besoin de « conversion » dans certains bureaux du Vatican II et tout simplement une bonne application de Vatican II et Lumen gentium

    • abbegrosjean

      Il ne s’agit pas effectivement de « légitimer » les fautes des uns ou des autres, même si nous ne sommes pas chargés de les établir ni de nous en  faire juges… le vatican a sa propre justice, laissons la faire. Par contre, en retirer une exigence de conversion pour chacun, et pour nous les premiers, ça oui ! 
      Cordialement

  • bonnesnouvelles

    J’irai même un peu plus loin : aimons l’Eglise comme elle est, et ne nous préoccupons pas de ces affaires qui sont finalement secondaires par rapport au rôle de l’Eglise de nous mener sur le chemin du Salut (ce qui est l’essentiel et mérite plus notre attention, voire notre action !).
    Par ailleurs, il est malsain de penser que les organisations portent la responsabilité des choix moraux des individus qui la constituent, et on n’est pas loin de glisser dans ce genre de travers quand on lit certains articles. Une petite analyse de ce sujet à la lumière de la DSE : http://bonnouvelles.blogspot.fr/2012/05/devons-nous-suivre-lexemple-du-vatican.html

  • http://twitter.com/do_marie do

    je remets ici la réponse célèbre de Mère Térésa à un journaliste qui lui demandait 
    « - que faut-il changer, dans l’Eglise ? »
    « - vous. et moi. »

    • tlhote

      +1

  • Pingback: Vatileaks : et si ce n’était pas si mal… ? « Lemessin

  • http://www.facebook.com/profile.php?id=770210124 Anne-Flore Magnan

    Si je puis me permettre.. Je crois qu’il s’agit du bon Saint François de Sales et pas de Salles.

    Apprendre à aimer l’Eglise pour ce qu’elle est (force et faiblesse, sainteté et pauvreté) est un travail quotidien pour chaque catholique. 
    Mais c’est en apprenant à la connaître en vérité que l’on apprends à l’aimer.
    « Plus on connait plus on aime »

    • abbeamar

      Merci pour votre relecture attentive ; c’est bien sûr François de Sales ! 

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  • http://www.facebook.com/jos.collin Jos Collin

    La personne de l’Église est sainte, malgré le manque de sainteté de son personnel.

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  • Pingback: Du VatiSchpountz

  • gilles5

    Vous dites « il ne s’agit pas de minimiser la crise que
    semble connaître la curie », mais en fait vous la minimisez complètement. Cela
    correspond au sermon que j’ai entendu dimanche dernier. Mon curé disait : « Il
    y a tellement de monde au Vatican, qu’il y a forcément quelques prélats
    ambitieux, mais il ne faut pas s’inquiéter et renouveler notre confiance à
    Benoît XVI ». Pourquoi ne nous poserions-nous pas quelques questions sur
    la manière dont l’administration vaticane est organisée et fonctionne ? Si
    nous ne sommes pas compétents pour analyser ce qui se passe, comme vous dites, qui
    l’est ? Les monsignores carriéristes ? J’ai l’impression que votre
    capacité d’indignation est à géométrie variable, et que la « sainteté »
    de l’Église est, sous votre plume, un prétexte commode pour permettre à l’Eglise d’échapper à un examen
    de conscience pourtant indispensable. 

  • http://www.facebook.com/marcantoine.debagneaux Marc-Antoine de Bagneaux

    Puis-je vous proposer de prier aussi pour les personnes incriminées : le majordome du pape, ceux qui ont accepté ces documents secrets… ?
    Quand je regarde cette situation, j’assiste curieux et tout à fait confiant au plan de l’Esprit Saint qui se déroule ainsi. Je m’attends à des surprises qui resteront peut-être secrètes pour le plus grand nombre mais qui réjouiront le ciel : pensez à ce majordome, c’était probablement un croyant sincère, qui a commis un acte terrible. Il vit peut-être un combat spirituel qui le dépasse (remarquez c’est normal).
    Bref, j’approuve Gilles5 lorsqu’il rappelle que nous devons faire notre part de travail dans l’assainissement de l’Eglise (selon la méthode de mère Teresa) mais je crois aussi que ces misères de l’Institution sont indispensables à sa croissance, à son renouvellement.
    Confiance dans l’Esprit Saint qui s’inscrit dans une autre échelle de temps et de « résultat » que nous !