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Courage et vérité

Publié le 12 sept 2012 à 10:16 Société 12 commentaires

C’était le thème de la récente université d’été organisée par l’association « Acteurs d’Avenir » en partenariat avec le diocèse de Versailles.

Un thème qui devient plus qu’un message mais aussi un programme d’action pour les mois et les semaines qui viennent.

Accusé d’immobilisme, limité dans son action par les effets de la violente crise économique qui secoue notre pays, le gouvernement cède très clairement à une tentation : celle de mettre en œuvre des projets qui ne coûteront pas un centime au contribuable et donne l’illusion de la réforme et du progrès. Celui sur le « mariage et l’adoption pour tous », programmé pour cette rentrée, en est l’illustration parfaite.

Un piège

Sur ce sujet – et tant d’autres sur lesquels notre conception de l’homme est remise en cause – les chrétiens devraient se garder de tomber dans un piège. Celui de faire croire qu’ils s’y opposent au seul nom de l’Evangile.

Bien sûr, la Bible reste une source d’inspiration essentielle. Mais ce n’est pas d’abord en tant que chrétiens que les baptisés sont opposés au mariage homosexuel et à l’euthanasie mais d’abord au nom de l’homme. Cette conception anthropologique devra être mise en œuvre aux moyens d’arguments qui en appellent d’abord au bon sens … un mot qui passe mieux que « loi naturelle ». Les semaines qui viennent demanderont donc le meilleur de nous-mêmes. Et notamment de dire de façon claire, précise et percutante autour de nous, dans nos lieux de vie, au bureau, en fac, au travail, en interpellant nos maires et nos conseillers municipaux, toutes les bonnes raisons de ne légaliser ni le mariage entre personnes de même sexe ni l’adoption par des partenaires de même sexe. Ces arguments devraient pouvoir être défendus sans aucune coloration religieuse et mettre en valeur l’approche sociale et l’individualisme déstructurants véhiculés par ce projet.

Des représentants d’autres confessions, chrétiennes ou non (je rêve d’un plateau télé avec un rabbin, un imam et un prêtre détaillant leur opposition au mariage homosexuel …), pourraient se manifester. En attendant de rassembler très vite sur cette question des agnostiques, des incroyants ou même des indifférents au fait religieux : les chrétiens n’ont pas le monopole du bon sens, encore moins de la Vérité. Elle ne leur appartient pas. Il ne dépend pas de nous qu’une chose soit vraie ou fausse. Nous ne sommes que les « coopérateurs de la vérité » (c’est la devise de Benoît XVI), les témoins et les porte-voix.

Ponce Pilate et Jean-Baptiste

Vérité. Le mot n’est pas à la mode … Il est au-dessus des illusions ou des désirs passagers. Et la servir est une décision qui rime souvent avec courage. Il faudra du courage pour dire cette vérité autour de nous au lieu de protéger notre confort. Du courage pour ajuster notre action à cette vérité plutôt qu’à l’immédiateté de nos désirs ou nos intérêts.

Dans la Bible, deux figures nous regardent et nous interrogent. La première est celle de Ponce-Pilate. Il est entré dans l’histoire comme l’exemple historique de la lâcheté. En condamnant un homme qu’il sait pertinemment être innocent, il préfère sacrifier la vérité à son confort et sa carrière. Sa question ultime « qu’est-ce que la vérité ? » (Jean 18, 38) résonne dans nos églises chaque vendredi saint comme le comble du relativisme. Jésus, d’ailleurs, ne répond pas ; comme s’il savait que le procurateur de Judée a toutes les cartes en mains pour agir en conscience.

La seconde est celle de Jean-Baptiste. Il est la voix qui crie dans le désert et sa voix gêne. En osant dire au roi Hérode que sa femme n’est pas la sienne et que son mariage n’en est pas un, il marche lentement vers l’ultime offrande : celle de sa vie. Plus tard, Thomas More connaîtra le même sort et sera lui aussi un martyr de la vérité.

Tout cela pour un mariage et pas directement pour une vérité de foi, la divinité du Christ ou l’affirmation de la Trinité ! C’est dire si les enjeux sont importants : car tout ce qui contribue à la désintégration sociale met en danger notre civilisation. «Quelle société voulons-nous ? » disaient nos évêques il y a presque un an pour éclairer les consciences avant les échéances électorales. Le « mariage » homosexuel aujourd’hui, l’euthanasie demain, feront des victimes dont personne ne parle : l’enfant, les personnes âgées dépendantes, nos familles, l’Humanité tout simplement. L’Eglise – comme toujours – se range résolument du côté des petits et des faibles, du côté de la Vérité qui pour elle a un nom : Jésus-Christ.

Disons-le sans crainte et sans peur : cette époque attend très certainement d’autres Jean-Baptiste : des hommes et des femmes remplis de l’Esprit-Saint qui auront le courage de la vérité. Qui, sans attaquer les personnes, sauront mettre les mots qui s’imposent sur les actes et les situations. Serons-nous de ceux-là ?

Il y a deux ans, lorsqu’en Illinois est passée la loi sur les unions civiles, le cardinal archevêque de Chicago avait eu des mots très durs à la radio : sont-ils prophétiques ?

« I expect to die in my bed, my successor will die in prison, and his successor will die a martyr in the public square » (source).

Addendum : on me signale avec justesse qu’un livre est à lire en urgence. Son auteur y montre avec talent que le combat qui s’annonce est un combat d’idée, de bon sens et de culture.

À propos de l'Abbé Amar

Abbé Amar

Prêtre dans les Yvelines. Après une licence de droit , il entre au séminaire. Chargé de com d'une communauté religieuse, puis aumônier militaire il est aujourd'hui vicaire en paroisse. Auteur de spectacles pour les familles (voir www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) il est engagé dans la pastorale des jeunes.

  • http://twitter.com/JeanDuma1 Mzee Jean

    Le fondamental n’est toujours pas identifié : devons-nous, au nom « de la Vérité qui pour elle a un nom : Jésus-Christ », défendre une société qui se construit elle-même ou bien une société qui se reçoit de Dieu, voire de la nature ?
    Hélas, les évêques semblent avoir affirmé la société de volonté et non de don…
    Notre croix est la mort à nous-même, non seulement à nos petites envies, mais aussi à notre volonté de comprendre et d’être « comme des dieux », dans le viol des règles de la nature et, au-delà, de celle de Dieu…
    http://luc1249.wordpress.com/2012/09/12/darwin-la-nature-et-la-foi-2-actualite-de-bradbury/
     

  • http://twitter.com/incarnare incarnare

    Bonjour et merci pour cet article qui nous rappelle que nous sommes humains avant d’être chrétiens. 

    J’ai évoqué le livre de Thibaud Collin (en essayant d’y être le plus fidèle possible) dans mon dernier billet : « le jour d’après » http://www.theologieducorps.fr/actualites/2012/09/le-jour-d-apres

  • http://twitter.com/MatsuBasho Bashô

    En tant que chargé de recherches, j’ai appris que le « bon sens » est le moyen le plus efficace d’errer…

    Par exemple, le bon sens nous dit que le soleil tourne autour de la terre, qu’on ne peut accorder le droit de votes aux femmes car elle doit obéir à son mari ( l’argument des catholiques contre le vote des femmes au Canada ), que la race blanche est plus civilisée que les autres races etc.

    • http://twitter.com/Amelie_Bureau Amélie Bureau

      Je crois que l’expression « avoir du bon sens » signifie dans cet article être un homme de bonne volonté, faire preuve d’honnêteté intellectuelle, essayer de percevoir avec la raison et le coeur ce qu’il est est juste de faire ou pas. Donc je ne comprends pas tellement votre point. L’honnêteté intellectuelle m’impose de me souvenir que l’héliocentrisme n’est plus admis par la communauté scientifique. Vos 2 derniers exemples me font sursauter ;-)

  • http://twitter.com/MatsuBasho Bashô

    Par ailleurs, je trouve piquant de votre part de citer l’archevêque de Chicago. La liberté religieuse est bien mieux protégée dans notre société qu’à l’époque de la chrétienté. Le bon sens enseignait en effet qu’il fallait absolument éviter la propagation d’erreur doctrinale, quitte à mettre à mort (comme Jean Hus) ou à jeter en prison indéfiniment (comme Marie Durand).

  • Pingback: Vont-ils brûler les opposants au mariage gay ? | Dreuz.info

  • Pingback: La France attend d’autres Jean-Baptiste | Chrétienté Info

  • http://twitter.com/albarde A Delannoy

    L’opposition au mariage homosexuel n’est pas que croyante. Dès lors que l’on a compris qu’il existe un Ordre des choses (que l’on peut appeler Dieu), il est du devoir de l’être sensé de s’opposer à l’absence de sens.
    http://adelannoy.wordpress.com/2012/07/13/marions-les-2/

  • Pingback: Bataille ou débat : précis de manipulation | Itinerarium

  • http://twitter.com/MatsuBasho Bashô

    Réponse à Amélie Bureau > Donc quelqu’un qui ne partagerait pas votre « bon sens » serait forcément quelqu’un de stupide, de mauvaise volonté et qui refuse d’essayer de percevoir avec son coeur et sa raison ce qui est juste et ce qui est injuste ? Votre définition me paraît un peu circulaire…

    Le dessinateur Gotlib avait fait une page de Bd très intéressante : une série de scientifiques (Galilée, Newton, Pasteur…) avançaient chacun une théorie ou une hypothèse qui bouleversait ce qui était admis et considéré comme évident. A chaque fois, un homme très raisonnable et plein de bon sens venait pour ramener la raison :  » le soleil qui tourne autour de la terre, voyons on nage en plein délire; une force de gravitation universelle, c’est de la science-fiction ! etc ». En recherche scientifique, on apprend à se méfier du bon sens, c’est le plus sûr moyen de se planter.

    Le bon sens est dangereux aussi ailleurs. Lorsque des femmes s’élevèrent à partir du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, la plupart des hommes (et des femmes) de bon sens au mieux sourirent : il était évident que la femme était appelée à être souveraine au foyer tandis que le monde extérieur était l’apanage de l’homme. Appeler à l’égalité politique ? Voyons ! Un peu de bon sens ! Comme disait un éminent cardinal canadien, le suffrage féminin était une mauvaise chose remettant en cause la hiérarchie naturelle. Le bon sens au fond masque notre impuissance à repenser nos préjugés les plus profondément ancrés.

    • http://www.facebook.com/profile.php?id=1516145619 Edouard Costrel de Corainville

      Il me semble que les questions d’éthique et de politique font appel à un bon sens (le terme est peut etre trop vague) différent de celui sur les questions scientifiques.
      Si vous faites allusion aux préjugés scientifiques difficiles à surmonter (« obstacles épistémologiques » selon Bachelard), il est évident que l’Eglise a fait des erreurs célèbres mais Jean Paul II a reconnu cela et demandé pardon (notamment pour Galilée). On ne peut pas démontrer un point de vue éthique aussi bien qu’on peut démontrer que ln(a*b) = ln(a) + ln(b). Cela ne doit pas occulter le fait que les thématiques éthiques sont fondamentales et nécessitent un débat apaisé avec des arguments rationnels.

    • http://profile.yahoo.com/RZ5Z2GMTC3N4HEXKUNEV4LC3PU du B

      Je crois que même si cette expression s’est quelque peu vulgarisée c’est le bon sens en tant qu’il s’accompli dans notre nature d’homme douée de raison. C’est à dire dans le sens de la moral qui est ce par quoi l’homme peut vivre en tant qu’il actualise sa nature humaine. Or la nature de l’homme est l’homme en tant qu’il est raisonnable avec son aspiration à découvrir ce qui est vrai et bien et une fois fait il doit s’y conformer. Ainsi vivre moralement c’est vivre avec du bon sens.
      Et en effet pour ce débat on en appelle au bon sens, parce que faire de cas particuliers des lois universelles sur un sujet comme le mariage entre des homosexuels c’est remettre en question la nature même de l’homme !! Les conséquences sont graves, si l’homme n’a plus de nature il n’est plus qu’un vivant parmi d’autres ainsi, il ne se différencie plus des animaux et tout devient permi. Or ce qui différencie l’homme de l’animal c’est bien la volonté et l’intelligence qui permettent non seulement d’assimiler ce qui est vrai et bien mais surtout de le comprendre !

      Ainsi du point de vue éthique ce sujet est très important aux conséquences lourdes pour la société et nous devons le prendre très au sérieux !