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Du respect des lieux de culte…

Publié le 22 Sep 2014 à 19:39 Société 10 commentaires

Elles étaient trois. Lors d’une soirée arrosée, elles ont fait un pari stupide. Déposer une tête de porc devant une mosquée (rappel des faits). Les faits sont abjects. Je le dis comme citoyen mais aussi comme prêtre. Si pour moi, l’Islam n’est pas une religion révélée, ni « le Chemin, la Vérité, la Vie » qu’est le Christ seul, je me dois de ne pas blesser pour autant la conscience de mes frères musulmans. Je ne partage pas leurs interdits alimentaires mais je respecte leur démarche spirituelle. Déposer une tête de porc devant une mosquée, c’est atteindre gravement la foi de ces croyants, les blesser et provoquer un scandale gratuit. C’est injustifiable. Oui pour évangéliser et annoncer le scandale de la Croix ! Non pour blesser gratuitement ! Ce qui est sacré pour les uns est respectable par tous.

L’arsenal légal existe, la laïcité protège

La loi française protège l’exercice du culte, certains l’oublient souvent ! La laïcité, c’est le respect de toutes les religions et de leurs lieux de culte. Ce n’est pas la négation des religions ou l’ignorance de la foi des citoyens. Il revient à l’Etat non pas de financer les cultes, mais de protéger le droit pour chacun de vivre sa foi librement. Ces femmes ont ainsi été poursuivies pour « provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination en raison de l’appartenance à une religion». Elles ont été condamnées à neuf mois de prison, dont six avec sursis. Oui, provoquer à la haine contre une religion, c’est passible de prison car cela détruit le lien social et met en danger la société. Prison ferme ! Le jugement est sévère mais il me semble juste. Il a le mérite de rappeler que tout n’est pas possible, si nous voulons vivre ensemble.

L’impunité des femen : la porte ouverte à la haine

Elles étaient neuf. On les appelle les « Femen ». Pour « fêter » à leur manière le départ de Benoît XVI, elles sont entrées à moitié nues dans une cathédrale, celle de Paris. Elles avaient sur elles des slogans insultants, des intentions violentes et méprisantes. Là où les croyants se recueillent et viennent chercher un peu de paix, elles ont hurlé toute leur haine de la religion chrétienne, du Pape et de l’Eglise. Elles ont aussi frappé les nouvelles cloches alors exposées. Les ont-elles dégradées ? Le tribunal n’a pas voulu répondre, « faute de preuves ». Pourquoi n’ont-elles été poursuivies que pour « dégradation » ? Le vrai scandale, ce ne sont pas quelques cloches un peu abîmées. C’est la provocation à la violence et à la haine, dirigée contre une religion. En l’occurrence, cette fois-ci, la nôtre. Mais rien. Elles sont reparties libres, relaxées. Les vigiles, simples salariés qui ont essayé tant bien que mal de faire cesser le scandale – c’est leur métier en tant que gardiens – ont été, eux, condamnés. Ils vont même devoir payer une amende. On les a jugés « violents ». Essayez donc de faire sortir des furies seins nus dans une cathédrale, qui se débattent en hurlant … On aurait aimé voir le juge à l’œuvre ! Leur relaxe a choqué la France entière (voir ici). Athée, agnostique ou croyant, le citoyen qui a un peu de bon sens est conscient que « ça ne se fait pas » et qu’il faut du respect dans ces lieux là. Le parquet a fait appel, le recteur de la cathédrale aussi. Heureusement.

Un autre procès s’annonce. Cette fois-ci, elle était seule. Encore une « Femen », encore à Paris. Pour hurler sa haine de l’Eglise et de son message en faveur du respect de toute vie, elle est venue elle-aussi à moitié nue afin de mimer un avortement sur l’autel de l’église de la Madeleine (rappel des faits). Dans le chœur, cet endroit le plus sacré, lieu de la présence réelle. L’abjection au cœur du sanctuaire. Elle ne sera jugée que pour « exhibition sexuelle », le 15 octobre prochain. Le vrai scandale, ce n’est pas de montrer sa poitrine. Mais de propager la haine des autres, en raison de leur religion.

Des nouveaux pyromanes 

En ces temps difficiles pour beaucoup, la France n’est pas apaisée. Le contexte international n’y aide pas. Une laïcité bien comprise ne peut pas devenir une arme pour effacer les religions de la sphère publique. Elle doit au contraire devenir un moyen de favoriser cet apaisement, en imposant à tous le respect de ce qui est sacré aux yeux d’une partie notable de nos citoyens.

Avec la même fermeté, nous réclamerons les mêmes sanctions pour ceux qui ne respectent pas les mosquées, les synagogues, les temples ou les églises. Ce n’est pas du relativisme religieux mais le refus de blesser un frère, même si nous ne partageons pas sa foi ou si nous pouvons nous opposer parfois à ses revendications.

Ces activistes ou ces idiot(e)s – selon les cas – sont des pyromanes. Il est inconscient qu’on puisse laisser sortir des « Femen » d’un tribunal avec un grand sourire, faisant le « V » de la victoire, annonçant déjà « qu’elles recommenceront ». Ce ne sont pas seulement les catholiques qu’elles blessent mais toute une société qui aspire à vivre en paix. Ce genre d’actes ne sert aucune cause. Ou plutôt une cause : celle de la haine.

A nos juges, nos élus et nos gouvernants de nous en protéger !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).