Scroll To Top

Le Christ vit pour te faire vivre !

Publié le 05 Avr 2019 à 16:23 Foi Aucun commentaire

Depuis le synode de la jeunesse qui s’est déroulé à Rome en octobre 2018, l’Église a connu de grands troubles, dont les retentissements en France ont été particulièrement éprouvants et violents. Au milieu du tumulte, nous avons eu de la peine et nous avons eu peur. Nous en avions presque oublié cette assemblée à Rome, à laquelle le pape avait convoqué des jeunes du monde entier pour venir réfléchir avec lui sur leurs souffrances, leurs attentes et leurs espérances. Ce mardi 2 avril le monde a reçu l’exhortation apostolique « Christus Vivit » par laquelle le pape François tire les conclusions du synode sur la jeunesse qui s’est déroulé à Rome au mois d’octobre dernier.

Dans ce texte fort, le pape François ouvre l’horizon en poussant la jeunesse à l’audace et à la liberté pour s’engager dans le monde en annonçant le Christ vivant.

Comme toujours, le pape nous livre un texte abondant et foisonnant. Essayons de proposer ici quelques lignes de force et une traversée de l’ensemble du texte pour inviter chacun à le lire et le travailler (c’est pourquoi nous mettons au long du texte les numéros qui renvoient aux paragraphes du pape, au risque d’alourdir le texte ici).

La vraie jeunesse

Alors que le regard sur la jeunesse de l’Église de la part des médias a tendance à se transformer en regard sur des victimes, le pape publie un texte d’une toute autre nature. Il ouvre grandes les portes à l’espérance, propose une juste analyse de ce qu’est la jeunesse du monde et de ce vers quoi elle doit tendre : le Seigneur qui l’appelle et compte sur elle.

Le pape François a écouté les jeunes, et il les connaît bien. Il a toujours eu une grande sensibilité envers les jeunes générations, conscient qu’elles sont l’avenir de la foi de l’Église. Mais plus que simplement l’avenir, il rappelle que la jeunesse est le présent de l’Église, ce qu’il appelle « l’aujourd’hui de Dieu » (64). Le pape ne veut pas faire une analyse de ce qu’est la jeunesse en général, mais il exhorte la jeunesse elle-même et s’adresse à elle directement, maintenant. Il parle à « des jeunes avec leur vie concrète » (71), se souvenant que la jeunesse est diverse et qu’elle fait face à des défis qui sont propres à chacun (68).

Le pape récuse le jeunisme, cette tendance au « faux culte à la jeunesse » (180), comme trop souvent le monde le propose dans un souci démagogique et réducteur. Il rappelle ainsi que la vénération de la jeunesse comme en-soi est une insulte qui abîme la jeunesse (182). Il prend acte des faiblesses de la jeunesse d’aujourd’hui : culte de la superficialité (183), risque du virtuel vide (88), pornographie (90), drogues (107), sensibilité aux modes passagères (35) et mollesse passive et anesthésiée (143). Il sait que les jeunes d’aujourd’hui vivent dans un « monde en crise » (72) qui risque de les contaminer.

La vraie jeunesse qu’il aime et qu’il invite à aimer est celle des saints qu’il donne en exemple dans la liste de douze figures de saints morts dans leur jeunesse dont trois figures de saints français, sainte Jehanne d’Arc, sainte Thérèse de Lisieux et le bienheureux Marcel Callo (51-62). Cette jeunesse exemplaire est surtout celle de Jésus, « l’éternel jeune » (13) et celle de la Vierge Marie (43). Elle consiste en une capacité à se renouveler (35), à l’écoute des signes des temps (39). La vraie jeunesse, celle dans laquelle se déploie la vie de Dieu, n’est pas une mentalité de girouette vaguement prise dans le torrent séduisant des modes. La jeunesse est l’état d’esprit capable de vivre d’Espérance, c’est-à-dire capable de regarder le monde avec à la fois lucidité et détermination pour le faire changer.

Le royaume de Dieu est toujours au-delà de nous, il est encore à bâtir et à défendre, et c’est une affaire de jeunesse. L’Église ne peut vivre sans l’énergie d’une jeunesse convaincue qu’elle est nécessaire au combat de Dieu. Comme le disait Bernanos dans les Grands cimetières sous la lune, « Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents », quand la jeunesse n’est pas du côté de l’action de Dieu, « l’hiver vient »…

Un appel à l’engagement

Il ne suffit pas de dire ces belles choses sur la nécessité de l’action de la jeunesse, encore faut-il qu’elle se mette à l’œuvre ! Ce sont à la fois « des rêves et des choix » (137) qui sont moteurs de l’action de la jeunesse. Il faut cette folie bénie des rêves courageux, le feu brûlant au cœur pour pouvoir se lancer à la tâche, en se riant du danger et de l’inquiétude. Il faut puiser dans l’inquiétude et l’insatisfaction l’énergie qui pousse à agir pour en sortir (138). La paix et le sentiment de l’accomplissement ne sont pas faits pour les jeunes âmes, elles sont plutôt dévorées d’inconfort parce qu’elles sont faites pour la conquête ! Mais encore faut-il faire des choix… La « peur du définitif » vient hélas souvent transformer la jeunesse en masse sans forme et sans force quand elle se laisse paralyser par l’angoisse qui devrait être son aiguillon (140-142). Cette paralysie engendre alors le culte de ce que le pape appelle la « déesse lamentation » (141), l’idole si bien chantée par les slogans sans suite et les « y’a qu’à », « faut qu’on ». Les rêves ne sont pas faits pour être dits, mais pour être vécus, comme l’écrit si bien Jean Raspail dans chacune de ses pages. Le pape rappelle que « les rêves les plus beaux se conquièrent avec espérance, patience et effort » (142), trois vertus risquées, car elles peuvent conduire à l’erreur qui blesse (83). Mais le Saint-Père rappelle que « l’amour qui se donne et qui opère se trompe souvent », et que ce risque pris par l’amour vaut la peine (198) car il conduit à la vraie Liberté.

Le pape rappelle la jeunesse à la liberté qui est essentielle à sa puissance d’action : « S’il vous plaît, ne vous laissez pas acheter, ne vous laissez pas séduire, ne vous laissez pas asservir par les colonisations idéologiques qui nous mettent des idées dans la tête et, à la fin, nous font devenir esclaves, dépendants, des ratés dans la vie. Vous n’avez pas de prix : vous devez toujours vous le répéter : je ne suis pas aux enchères, je n’ai pas de prix. Je suis libre, je suis libre ! Éprenez-vous de cette liberté, qui est celle que Jésus offre » (122). Ce sont des jeunes libres en effet donc l’Église à besoin, pour s’engager dans le monde (168), avec « miséricorde, créativité et espérance » (173), et pour annoncer le Christ à tous (176).

Cette liberté et cette force d’engagement ne pourront durer que si elles s’appuient sur des racines solides et profondes (chapitre 6). Loin de l’esprit du monde qui ne promeut que le provisoire et ne propose que la déradicalisation, le pape propose au contraire une vraie « radicalisation » (étymologiquement basé sur radix, la racine en latin), basée sur la culture (184-186) et sur le contact avec les anciens (187-197) remis devant leurs responsabilités de transmetteurs. Mais, plus que tout cela, le souverain pontife, rappelle que la source et le but de ce à quoi la jeunesse aspire et doit de plus en plus aspirer est Dieu lui-même.

C’est bien Dieu qui fait vivre

La jeunesse ne tient pas sa vie d’elle-même, elle ne trouve pas l’énergie de l’action et de la transformation du monde en elle-même. C’est bien Dieu qui est à l’origine et au terme de tout ce chemin de liberté proposé à la jeunesse. Le pape donne pour titre à son exhortation « Christus vivit », et dès le premier numéro du texte, il donne ce magnifique résumé de qui est le Christ : « Il vit et il te veut vivant ! ». Ainsi, ce document place la jeunesse sous le regard et la bénédiction de Dieu. Nous pouvons ainsi parcourir tout le texte en le comprenant comme une méthode pour vivre de Dieu dans le monde : la jeunesse est présentée à la lumière de la Parole de Dieu (chapitre 1) et à l’exemple du Christ jeune (chapitre 2) pour donner lieu à l’analyse de qui sont les jeunes sous le regard de Dieu (chapitre 3). C’est ainsi que le pape conduit au cœur de son texte, dans le chapitre 4 qui présente la « grande annonce » pour la jeunesse (111). Celle-ci consiste en trois grandes vérités : l’amour de Dieu (112), le salut donné par le Christ (118) et enfin l’annonce que le Christ est vivant (124). Voilà des nouvelles qui semblent sans doute n’être pas d’une inventivité renversante pour les chrétiens chevronnés que nous sommes, mais n’est-ce pas là d’une grande audace que de proposer le Christ plutôt qu’une recette de bien-être comme tant le font de nos jours ?

C’est la vie de Dieu que le pape appelle au cœur de la vie des jeunes, et qui permet de les appeler à l’action dans le monde (chapitre 5), fidèles à l’amitié avec le Christ : « Bien que tu vives et fasses des expériences, tu ne parviendras pas à la pleine jeunesse, tu ne connaîtras pas la véritable plénitude d’être jeune, si tu ne rencontres pas chaque jour le grand ami, si tu ne vis pas dans l’amitié de Jésus » (150). Pour rester forts dans leur foi, comme nous venons de le rappeler, les jeunes sont ainsi appelés à s’enraciner (chapitre 6). Le pape se tourne ensuite vers ceux qui ont la charge d’accompagner la jeunesse sur ce chemin de vie chrétienne et engagée (chapitre 7), en énonçant des convictions méthodologiques et théologiques stimulantes pour la pastorale des jeunes.

Enfin, le pape conclut son texte par deux chapitres ouvrant les jeunes à la vocation (chapitre 8) éclairée par le discernement (chapitre 9). Le pape permet donc chaque jeune à se placer devant son créateur en cherchant à comprendre son plan d’amour personnel (248). Ainsi, de la même manière que le Saint-Père commence son texte par le rappel de la vie donnée, il le termine dans l’invitation pressante à tendre vers la vie promise : « Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. Que l’Esprit Saint vous pousse dans cette course en avant. L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin ! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre » (299).

De Dieu à Dieu, le pape invite chacun à se laisser saisir par l’essentiel qui en nous vit. Dans l’ambiance morose que l’Église traverse cette année, ce texte fait du bien et soutient notre élan, prions pour le pape et pour la jeunesse afin que la vie de Dieu triomphe !

À propos de l'auteur :

Abbé Gaultier de Chaillé

Abbé Gaultier de Chaillé

Ordonné prêtre en 2013 pour le diocèse de Versailles, vicaire à la paroisse du confluent (Andrésy, Conflans-Sainte-Honorine, Maurecourt) ; licencié en théologie à la faculté des jésuites de Paris (Centre Sèvres).