Scroll To Top

Pour en finir avec le pessimisme

Publié le 09 Juin 2015 à 14:39 Foi 4 commentaires

Le voyage du pape François à Sarajevo n’a pas une portée immédiatement universelle. A priori, nous pourrions penser que ce voyage ne nous touche pas. Et pourtant…

Changer de regard sur notre monde

Bien sûr, la situation de la Bosnie-Herzégovine n’a pas grand chose à voir avec la situation française. Déjà parce que ce pays sort de la guerre et d’une longue période de déchirements nationaux. Ensuite, parce que le rapport entre les chrétiens et les musulmans est bien plus complexe que chez nous. Enfin, parce que la situation économique et politique est bien différente de la situation française.

Cependant, les propos du pape s’adressent à une minorité catholique qui a compris qu’elle était une minorité et qui sait donc bien que les décisions du monde politique ou de ses dirigeants ne sont pas conformes à la doctrine chrétienne. Au lieu de s’en lamenter et de se dire qu’une fois encore les chrétiens sont victimes d’un complot (ce qui peut effectivement arriver !), le pape François loue l’attitude de ces jeunes chrétiens qui cherchent à repérer dans l’action de leurs gouvernants ce qui les inspire, ce que sont leurs idéaux, afin de les aider à les purifier et à s’approcher de la Vérité.

Le Saint-Père nous appelle à un changement radical d’attitude : il ne s’agit pas de rêver d’un passé déjà révolu ni de penser que, d’une manière ou d’une autre, nous pourrions retourner en arrière. Cela n’a aucun sens. La nostalgie n’est pas chrétienne. Du passé et de notre histoire, qu’il faut cultiver, nous pouvons chercher à tirer les valeurs qui guident notre action pour rendre ce monde meilleur.

Agir avec joie

Il est peut-être intéressant de réentendre cet appel à œuvrer pour un monde meilleur comme un appel qui concerne aussi les chrétiens. Il ne s’agit pas tant de défendre la Vérité comme si elle n’avait qu’une seule résonance pratique mais de chercher, à partir de notre contexte – et non pas d’un contexte fantasmé – à œuvrer dans ce monde comme des ouvriers à la vigne du Seigneur. Et à œuvrer avec joie ! C’est en effet ce que requiert l’attitude chrétienne dans le monde qui doit en finir de manière définitive avec le pessimisme. Ainsi, « pour vaincre toute trace de pessimisme, il faut le courage de se dépenser avec joie et dévouement dans la construction d’une société accueillante, respectueuse de toutes les diversités, orientée vers la civilisation de l’amour » (discours aux jeunes).

Le pape parle bien de « respect des diversités » et cela peut nous laisser dubitatifs. Comprenons que le pape nous suggère d’être des ouvriers d’un monde qui soit davantage à l’image de l’homme, davantage respectueux de la dignité de l’homme.

Ce qui tue aujourd’hui Vincent Lambert n’est pas un quelconque complot mais l’incapacité de notre monde à reconnaître la pleine dignité de l’homme et peut-être notre propre incapacité à en témoigner pleinement. Si nous n’oeuvrons pas concrètement pour nos frères et que nous ne sommes pas capables de reconnaître en tout homme (de l’enfant à naître au migrant, en passant par la personne en fin de vie, ou polyhandicapée…) une véritable dignité humaine, nous pourrons crier tous les slogans que nous voudrons, organiser toutes les manifestations monstres que nous voudrons, nous aurons sûrement raison dans le débat des idées mais nous perdrons sur la construction du monde.

Le pape François nous invite à sortir d’un manichéisme, que nous entretenons parfois malgré nous et entre nous, pour entrer dans une vision vraiment catholique du monde. Il nous faut défendre la dignité de l’homme de manière intégrale et viscérale en utilisant le langage de l’amour en vérité, plus que le langage de la vérité sans amour – le langage qui assomme de manière dogmatique ses propres convictions sans faire l’effort de se rendre audible des plus petits et des plus faibles. Nous pourrons alors rendre compte de l’espérance qui est en nous.

À propos de l'auteur :

Abbé Antoine Roland-Gosselin

Abbé Antoine Roland-Gosselin

Prêtre du diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2013. Curé de Saint-Cyr l'école (Yvelines). Licencié en théologie.