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Fin d’un monde : et pourquoi pas ?

Publié le 01 Avr 2020 à 10:48 Société Aucun commentaire

Ce qui était totalement inimaginable s’est produit : l’épidémie du Covid-19 a, au moins pour un temps, un « palmarès » impressionnant. Elle a mis à genoux la société de consommation, l’économie de marché et la mondialisation, détrôné les grand-prêtres de cette société mercantile – les tenants de l’avoir, du savoir et du pouvoir – et, cerise sur le gâteau, les jeux en tous genre qui occupaient le « bon peuple » ont tout simplement disparus ! Pendant ce temps, alors qu’à l’hôpital les drames côtoient l’héroïsme, la plupart des gens font l’expérience d’un mode d’existence plus simple pour défendre l’essentiel : la vie humaine qui apparaît alors dans sa fragilité extrême.

Evidemment, tout cela se fait non seulement dans la douleur, notamment par toutes les situations d’inconfort que cela génère, mais aussi dans la lutte : le système capitaliste se défend et même si la bourse s’est effondrée, les tenants de l’avoir n’ont pas dit leur dernier mot. Même si les divers « sachants, savants, scientifiques » et leurs « communicants » sont tombés de leur piédestal, ils n’ont pas renoncé à toute prétention. Même si les gouvernants ont montré, par leurs atermoiements, leurs limites, ils continuent de s’accrocher à leur fonction. Tous ces « maîtres » du moment sont les témoins de cette éternelle comédie humaine, qui fait rire… jusqu’au jour où elle se transforme en tragédie. Et la tragédie est souvent un moment de vérité.

Quel monde voulons-nous ?

Cette lumière de vérité révèle soudainement ce que nous savions déjà, mais avec une intensité nouvelle : ce monde moderne tout entier est en train de vaciller, fragilisé dans ses fondements tant anthropologiques que sociétaux (l’homme raisonnable et bon dans une société trop parfaite, à l’école de Descartes, Rousseau et Marx). Voilà pourquoi, aujourd’hui plus qu’hier, nous sommes tentés de penser que nous vivons la fin d’un monde.

Devant un tel spectacle, deux questions surgissent : quel monde nouveau va-t-il sortir de ce bouleversement ? Quelle part peuvent y prendre les chrétiens ? Avant d’essayer d’y répondre, rappelons quelques évidences :

– La première concerne l’homme lui-même. En tout temps et en toute circonstance, il est habité par cette triple convoitise – « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie » (1 Jn 2, 16) – qui le rend capable de toutes les vilenies. Et ces temps difficiles nous en montrent quelques tristes échantillons !

– Ce qui est vrai de l’homme, marqué par la blessure du péché originel, l’est aussi de la société qui, toujours, montre ce double visage du Monde, qui est à la fois créé par Dieu et qui a été asservi par le Mal.

– Dans une société qui nous avait caché la mort, voilà encore que cette dernière s’étale désormais en de sinistres images, nous rappelant que l’homme et les civilisations sont mortels.

– Enfin, face à ce Monde, qui montre toujours quelque chose du grotesque Goliath – soit dans sa vanité, soit dans sa déchéance – les chrétiens auront toujours, comme le jeune David, le sentiment d’être démunis, avec les seuls moyens pauvres dont ils disposent : les lumières de la Révélation, les Commandements, les sacrements, la prière, les vertus théologales

Reconstruire !

Une chose est certaine : le monde d’après est à (re)construire et il dépendra pour cela de chacun d’y participer. Il sera peut-être le monde que nous avons connu, mercantile et inhumain, en pire… une forme, non plus insidieuse mais déclarée, de dictature du relativisme dénoncée par Benoît XVI. Mais il peut aussi être le ferment d’une civilisation renouvelée, purifiée, car comme le rappelle saint Jean : « Le Monde passe, et sa convoitise avec lui, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours » (1 Jn 2, 17).

Les catholiques pourront avoir dans cette reconstruction une part utile et féconde s’ils ont l’audace d’y œuvrer avec la force et la nouveauté de l’Evangile qui nous a révélé l’homme dans sa grandeur – comme image de Dieu – mais aussi dans sa misère : l’homme égoïste et misérable, blessé par le péché, racheté par l’Homme des douleurs du Vendredi Saint.

À propos de l'auteur :

Abbé Gérald de Servigny

Abbé Gérald de Servigny

Diocèse de Versailles. Ordonné en 1993 ; auteur d’ouvrages de liturgie et de théologie, en ministère à Brest pour le diocèse de Quimper et le diocèse aux Armées françaises. Prédicateur de retraites spirituelles.