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Agir en chrétien

Publié le 16 Avr 2013 à 23:09 Société 36 commentaires

Vous êtes nombreux à nous demander des critères de discernement pour prendre part à la mobilisation contre le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.

Le climat s’est encore alourdi. Sentant l’opinion publique se retourner, le gouvernement accélère et choisit en effet de passer en force.

Cette accélération est une nouvelle erreur que dénonce sévèrement le Cardinal Vingt-Trois : « que tous les moyens aient été mis en œuvre pour éviter le débat public, y compris dans le processus parlementaire, peut difficilement masquer l’embarras des promoteurs du projet de loi. Passer en force peut simplifier la vie un moment. Cela ne résout aucun des problèmes réels qu’il faudra affronter de toute façon » (discours aux évêques de France du 16 avril 2013 à Paris).

Les contacts que nous avons le confirment : ceux qui nous gouvernent ne comprennent pas cette mobilisation spontanée, populaire et désintéressée. Quelles sont ces foules qui ne descendent pas dans la rue pour défendre des intérêts particuliers – leur salaire, leur emploi, leur école – mais le bien commun, un modèle de société dans lequel l’intérêt de l’enfant prime, dans lequel l’altérité et la complémentarité homme/femme sont reçues comme des richesses et non des limites à effacer ? Voilà une des raisons qui explique d’ailleurs pourquoi cet immense élan ne retombera pas, en dépit des défaites apparentes ou ponctuelles.

Voici trois critères qui nous semblent essentiels pour prendre part au vaste mouvement de résistance pacifique qui se lève dans toute la France

1.    Le choix résolu de la non-violence

– Une colère légitime

Oui ce projet de loi est violent : selon les mots de Madame Taubira elle-même, c’est un changement de civilisation. Il est imposé à tous et aux plus fragiles en particulier : les enfants qui seront privés de la complémentarité père/mère. La violence réside aussi dans la façon dont il a été imposé : refus d’états généraux de la famille, refus de la saisine du CESE, refus de véritables auditions, refus d’un débat parlementaire authentique… jusqu’au mini putsch législatif des derniers jours.

Le déni et le mépris de ceux qui nous gouvernent accentuent ce sentiment de violence. Incapable de trouver les mots pour reconnaître une immense foule de manifestants pacifiques et la légitimité de leur démarche, le gouvernement a préféré caricaturer et amalgamer, se servant d’une infime minorité d’agités pour oublier tous les autres.

Cette violence suscite l’inquiétude, l’exaspération et la colère.

Inquiétude douloureuse de voir la famille fragilisée, de constater que l’idéologie du gender gagne du terrain, de pressentir le prix que vont payer les générations à venir. Exaspération d’être caricaturés, ignorés, méprisés par ceux qui devraient être les « gouvernants de tous » et qui promettaient d’être rassembleurs. Colère face à une répression disproportionnée, réservée en temps normal aux casseurs et aux violents. Cette colère est légitime ; elle ne doit pas pour autant submerger notre raison et nous faire renoncer à l’exigence d’agir en chrétiens. Qu’est-ce que cela veut dire ?

– La non-violence, exigence et atout

Nous faisons le choix résolu de la non-violence. Car nous combattons une idéologie et non des personnes ! Personnes que l’Evangile nous demande d’aimer. Ce point est essentiel. La détermination et la fermeté ne doivent pas s’unir avec la haine de l’autre. Et si la non-violence est certes un combat intérieur difficile, il est aussi libérant. Ce choix nous protège contre nous-mêmes, contre la colère qui pourrait nous aveugler et tout submerger.

Tugdual Derville souligne souvent que ce choix est aussi notre plus bel atout. Par le choix assumé de la non-violence, Gandhi a fait reculer l’Empire Britannique et Lech Walesa a fait tomber la dictature communiste. Tous deux y risquaient leur vie. Dans un cadre démocratique comme le nôtre, la non-violence nous fera gagner les cœurs et les intelligences de ceux qui nous regardent.

Cette non-violence s’accompagne d’un respect des personnes. On ne réduit jamais une personne à ses actes – mêmes mauvais – ni à son vote. On distingue aussi une personne et sa fonction. Autant il semble légitime de manifester (pacifiquement) lors de la venue d’un ministre ou auprès d’élus dans le cadre de leurs fonctions, autant il paraît essentiel de respecter leur famille en ne les impliquant dans aucune action, même pacifique. On pourrait enfin parler du respect des biens. Même en temps de crise, la morale chrétienne s’impose à nous.

2.    Le choix résolu de la vérité

La fin ne justifie pas les moyens. Pour un chrétien, le mensonge est toujours impossible. Dans un climat tendu, sur des réseaux sociaux si prompts à s’enflammer, on ne peut jamais manipuler la vérité, ni même l’arranger, encore moins la trahir. Là encore, il faut savoir résister à l’envie d’une efficacité immédiate, obtenue par des moyens qui ne riment pas avec « chrétiens ». Ni amalgame, ni généralisation, ni rumeurs, ni diffamation ! Le respect des faits. Cela suffit, si nous sommes convaincus de la justesse de ce que nous défendons.

Cela nous impose aussi de prendre le temps du discernement avant d’agir ou de relayer une information et un appel. Il ne suffit pas d’avoir raison pour agir. Est-ce que cela sert le bien commun ? Est-ce que cela respecte les personnes ? Est-ce que je suis dans le vrai ? Quelle intention réelle m’anime ? On s’auto-justifie si facilement ! Prendre le temps de demander conseil est primordial, surtout quand on est en colère ou dans la tourmente.

3.    Le choix résolu de l’engagement

Dieu se sert des évènements. Que veut-il nous faire comprendre à travers ces heures si particulières que vit notre pays ? Le Cardinal Vingt-Trois suggère deux pistes :

–       Raviver notre désir de conversion personnelle

 La fécondité de nos actions se joue d’abord en nous-même. Ce sont les saints qui changent le monde en profondeur et dans le bon sens ! D’où l’exigence d’une conversion intérieure.

Concrètement, cela veut dire que plus je suis amené à m’engager dans l’action, plus il est vital que je prenne le temps de la prière et de recevoir les sacrements. Là encore, l’enjeu est d’éviter l’activisme vain, l’agitation qui n’est qu’une fuite de soi-même ou de son devoir d’état, afin de se construire en homme ou femme de conviction, capable de durer dans l’engagement, assez libre intérieurement pour vivre cet engagement comme un service et un don de soi.

Plus on se mobilise, plus on comprend l’importance de l’exemple que l’on donne au quotidien. Il en va de notre crédibilité dans la durée et du rayonnement de notre idéal.

« C’est dans ce contexte général que nous devons réfléchir aux conditions de la nouvelle évangélisation. Pour vivre dans notre différence sans nous laisser tenter par les protections trompeuses d’une organisation en ghetto ou en contre-culture, nous sommes appelés à approfondir notre enracinement dans le Christ et les conséquences qui en découlent pour chacune de nos existences. À quoi bon combattre pour la sauvegarde du mariage hétérosexuel stable et construit au bénéfice de l’éducation des enfants, si nos propres pratiques rendent peu crédible la viabilité de ce modèle ? À quoi bon nous battre pour défendre la dignité des embryons humains, si les chrétiens eux-mêmes tolèrent l’avortement dans leur propre vie ? À quoi bon nous battre contre l’euthanasie si nous n’accompagnons pas humainement nos frères en fin de vie ? Ce ne sont ni les théories ni les philosophes qui peuvent convaincre de la justesse de notre position. C’est l’exemple vécu que nous donnons qui sera l’attestation du bien-fondé des principes » 

 –       S’engager

Dénoncer ne suffira pas. Cultiver une mentalité de ghetto serait renoncer à changer le monde : une vraie désertion ! Ces évènements nous offrent l’occasion de réfléchir à notre vocation et à nos engagements sur le long terme.

 « La pointe du combat que nous avons à mener n’est pas une lutte idéologique ou politique. Elle est une conversion permanente pour que nos pratiques soient conformes à ce que nous disons : plus que de dénoncer, il s’agit de s’impliquer positivement dans les actions qui peuvent changer la situation à long terme. » 

 Voilà notre espérance de prêtres, en particulier en voyant la générosité des jeunes générations, qui s’engagent de toutes leurs forces pour défendre la famille et les droits des enfants. Associations, politique, éducation, médias, entreprise, fonction publique, vie consacrée… que l’expérience que nous vivons en ce moment soit fondatrice d’engagements de vie, au service de la Vérité, du Bien commun et des plus fragiles. Que dans cinq, dix ou quinze ans on puisse voir dans des vies engagées les fruits durables de la mobilisation des jeunes d’aujourd’hui. Que nul ne fasse l’impasse de cette réflexion. Elle porte et assure la victoire de demain.

Les Padre

NB : les citations sont tirées du discours du Cardinal Vingt-Trois du 16 avril 2013, à l’occasion de l’ouverture de l’Assemblée plénière des Evêques de France. Discours qu’on pourra lire ici

On peut aussi lire avec intérêt les propos de Tugdual Derville sur ce sujet ici

À propos de l'auteur :

Abbé Grosjean

Abbé Grosjean

39 ans. Diocèse de Versailles. Ordonné prêtre en 2004. Curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014) et "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016).