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Et le monde se souvint qu’il était fragile

Publié le 13 Mar 2020 à 19:23 Société Aucun commentaire

L’année dernière, presque à la même époque, la flèche de Notre-Dame s’effondrait dans les flammes, suscitant une émotion immense et légitime. La cathédrale vieille de 850 ans qui nous paraissait indestructible, tant elle avait résisté aux évènements de l’histoire, menaçait de disparaître. Un an après, voici que le Coronavirus « Covid 19 » vient provoquer notre espérance. Tout nous semble si fragile ! Nos habitudes, nos modes de vie sont remis en cause. L’angoisse et la peur peuvent nous envahir. Que faire ? Comment vivre les semaines qui s’annoncent ? Quelles ressources puiser et quels repères trouver afin de faire face à cette crise ?

Avec stupeur, beaucoup semblent réaliser que tout ce qui semblait acquis dans une vie ou dans le fonctionnement d’une société peut se déliter en quelques jours. « Ayons confiance en la science » dit le Président de la République. Bien sûr ! Et nos regards sont tournés vers les chercheurs mais aussi tous ceux qui sont en première ligne et vont se dévouer avec générosité et compétence auprès des malades : médecins, infirmières, aides-soignants, agents hospitaliers, urgentistes…

Dieu, l’unique nécessaire

Mais nous avons surtout confiance… en Dieu ! Notre foi nous révèle qu’il y a des choses que l’homme ne maîtrise pas et qu’il n’est pas tout-puissant. Bien sûr, la Bible contient bien un livre, intitulé l’Apocalypse. Mais il faut absolument refuser, comme l’Eglise l’a toujours fait, de chercher à décrypter sous la forme imagée choisie par son auteur quelconque annonce de cataclysme. Ce que l’apôtre saint Jean décrit avant tout dans son texte c’est notre fragilité et notre vulnérabilité. Et il entend surtout révéler que nous sommes dans la main de Dieu, l’unique nécessaire. « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe. Dieu seul suffit » rajouterait sainte Thérèse d’Avila.

Impossible d’oublier que tout cela arrive pendant le Carême. Lorsqu’il a commencé, certains d’entre nous ont entendu cette phrase : « Souviens-toi que tu es poussière ». Plus que jamais, notre espérance doit être vive, notre prière fervente, et notre charité inventive afin d’appréhender cette période atypique et nouvelle.

Pourquoi ? Comment ?

Il n’en demeure pas moins que la décision de suspendre les messes dominicales est une immense souffrance pour tous, prêtres et fidèles. Même si cette mesure est la transcription pastorale d’une simple décision gouvernementale (tout rassemblement de plus de 100 personnes est désormais interdit), l’émotion est vive et c’est bien normal. Ainsi, on en est là ! Nous ne pensions pas être prophètes en évoquant, il y a quelques jours, les vertus de la communion spirituelle. Oui, on en est là ! Et dès ce dimanche, l’Eglise de France communiera à la souffrance des chrétiens persécutés, de celle des chrétiens d’Amazonie, de celle des personnes âgées ou malades qui n’ont, toute l’année, elles, que la messe à la télévision ou à la radio.

Il va falloir vivre une sorte de liturgie domestique, structurer ce temps, trouver un nouveau rythme. Nous rendre dans les églises – qui restent ouvertes – pour passer des moments de coeur à cœur avec le Christ, toujours présent au tabernacle.

S’il est difficile de savoir pourquoi tout cela nous arrive, et pourquoi il nous est demandé de le vivre, il est d’ores et déjà possible de décider comment nous allons vivre cette période. Que faire de cette liberté retrouvée ? Souvent, nous nous faisons cette confidence : « Quand j’aurai du temps, je ferai ceci ou cela ». Ce temps est désormais arrivé. Il faut donc risquer cette question : qu’allons-nous en faire ? Comment allons-nous occuper nos soirées ?

Prenons garde : l’oisiveté, et le cortège de tentations qu’elle apporte, nous guette tous. C’est le fameux « syndrome de glissement », bien connu dans les maisons de retraite. Il serait tellement dommage – lorsque nous sortirons de cette crise et que le cours plus normal de la vie reprendra – que nous ayions à rougir du temps perdu, du temps peu ou mal utilisé, du temps à satisfaire notre égoïsme ou notre paresse. Bien sûr, le repos et les loisirs sont bons. Profitons-en ! Même Jésus a invité ses apôtres à se reposer.

Faire preuve de créativité et d’esprit de service

Dans quelques semaines, soyons de ceux et celles qui diront : « J’ai profité de la crise du Coronavirus pour… ». Les idées ne manquent pas : lecture, travail (oui, quand même !), sport, bricolage, courrier… et prière ! L’argument du « Je n’ai pas le temps » n’est désormais plus possible.

Il ne faudra pas non plus manquer d’être disponibles pour servir et aider : des parents pour garder leurs enfants (nous pensons aux soignants et à leurs familles) mais aussi les personnes âgées pour qui nous pourrions faire des courses, prendre des nouvelles, garder le contact, etc. Ensemble, membres d’une communauté nationale si diverse, nous allons nous recentrer sur l’essentiel de notre vie : nos proches, nos enfants, nos voisins… Beaucoup vont peut-être se rendre compte que leur famille est plus importante que la course effrénée à l’argent ou le rythme métro-boulot-dodo.

De son côté, Padreblog souhaite user au maximum de sa traditionnelle capacité à imaginer de nouvelles formes de mise en relation, permise par les nouveaux moyens de communication. Nous le disons parfois : Internet est notre nouveau presbytère ! En ce temps si particulier, nous réfléchissons à publier sur notre chaîne Youtube ou sur Facebook des vidéos de quelques minutes pour partager une conviction, une prière, une recette d’action et ainsi garder un lien entre nous. Nos podcasts, chaque jeudi, continuent également.

Les semaines qui s’annoncent peuvent aussi être très tristes. Chez nos aînés ou les personnes âgées, déjà si isolées et qui s’interrogent sur l’utilité de leurs vies, l’espérance chrétienne ne sera pas qu’un concept. La charité inventive dont nous parlions plus haut, doit aussi les concerner : gardons le lien avec eux par téléphone mais aussi par courrier, dont leur génération est si friande.

Peut-être que prendre conscience de la fragilité de la vie nous aidera à cheminer vers Pâques avec plus de sincérité ? Si nous sommes chrétiens, nous devons être de ceux qui espèrent que la Résurrection chassera la mort et que le jour succèdera à la nuit !

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019) et de divers spectacles (Jean-Paul II, Charles de Foucauld, Madame Elisabeth). De 2013 à 2018, il anime l'émission "Un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame. Depuis sept. 2019, il répond à "Pourquoi Padre ?" sur KTOtv.