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Prêtres mariés : une perte de sens

Publié le 28 Juin 2019 à 18:46 Église Aucun commentaire

Le synode sur l’Amazonie va ouvrir le 6 octobre prochain mais cela fait des semaines que les commentaires vont bon train sur un sujet qui figure à son ordre du jour : l’ouverture du sacerdoce à des hommes mariés afin de servir dans certains diocèses qui manquent cruellement de prêtres. Décryptage.

Beaucoup de catholiques sont ouverts à cette perspective. Cependant, ils perçoivent en même temps qu’ils perdraient beaucoup si leurs curés étaient mariés. Leur sensus fidei leur fait discerner une perte de sens sans qu’ils puissent toujours en définir le contour. En fait, la question du célibat pour les prêtres diocésains touche à leur identité : qui sont-ils ? Et pour qui sont-ils ?

Une dispense qui ne serait pas sans conséquences

Par leur ordination, les prêtres diocésains appartiennent à un diocèse dont l’évêque leur confie un ministère souvent paroissial. C’est pour eux que l’Église réfléchit à une ouverture possible d’ordonner des hommes mariés, comme une dispense à la loi générale du célibat sacerdotal. Cependant, on sait que les dispenses se généralisent souvent et finissent par dénaturer la réalité dont l’Église, dans sa miséricorde, en avait dispensé un des éléments de manière extraordinaire.

Un article remarquable de Mgr Christophe Kruijen, prêtre du diocèse de Metz, dans le numéro 1690 du journal l’Homme Nouveaudonne, en dix points, à la fois un rappel des causes du célibat sacerdotal et aussi un état actuel des lieux, mettant à mal, au passage, bien des clichés et des naïvetés sur les conséquences de l’ordination d’hommes mariés.

Je me permets de compléter son argumentation en répondant à une objection que l’on peut entendre au sujet du célibat des prêtres diocésains. On peut la résumer par ce syllogisme : les prêtres diocésains ne sont pas des religieux ; or les religieux prononcent le vœu de chasteté ; donc le vœu de chasteté n’appartient pas à l’état de prêtre diocésain.

L’argument suppose une dissociation entre le sacerdoce et le célibat, celui-ci devenant alors un élément étranger au sacerdoce lui-même.

Sacerdoce et célibat, une alliance plutôt féconde

Or il y a une distinction à faire entre le célibat des religieux et le célibat des prêtres. Lorsque le prêtre est religieux, les raisons pour lesquelles il vit le célibat ne sont pas seulement au titre de son vœu de chasteté mais aussi au titre de l’ordination sacerdotale qu’il a reçue. Quant au prêtre diocésain, le célibat auquel il a librement consenti avant d’être ordonné prêtre sera comme une matrice dans laquelle son sacerdoce va pouvoir porter tout son fruit.

Le célibat des religieux et des religieuses qu’entraînent les vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté s’enracine dans le sacrement de leur baptême qu’ils désirent « vivre à fond ». Cela suppose le célibat pour imiter ce que Jésus vivait lui-même. La vie religieuse a pour mission de rendre présente au monde la forme de vie que le Christ a choisie.

Le célibat pour les prêtres diocésains est lié au sacrement de l’ordre. Il n’est pas un élément extérieur au sacerdoce mais un terrain favorable pour que la grâce sacerdotale se déploie. Le prêtre exprime, par son engagement au célibat, l’amour exclusif que le Christ a pour son épouse, l’Église. Le don que le prêtre fait de sa vie dans le célibat devient alors une source d’efficacité sacerdotale.

Faisons attention dans nos commentaires à ne pas dénaturer le beau don du célibat sacerdotal dans l’Église ! « Je suis de mon temps » fait dire Bernanos à un prêtre et l’auteur de commenter ainsi : « Il n’a jamais pris garde qu’il reniait chaque fois ainsi le signe éternel dont il est marqué » [Bernanos, L’imposture, Le livre de Poche, 1966, p. 101].

À propos de l'auteur :

Abbé Dominique Blot

Abbé Dominique Blot

Diocèse de Belley-Ars, ordonné en 1996. Curé de Châtillon-sur-Chalaronne dans l’Ain. Docteur en philosophie scholastique.