Scroll To Top

« Sodoma » : un réseau gay au Vatican ?

Publié le 20 Fév 2019 à 18:19 Église Aucun commentaire

600 pages pour révéler l’existence d’un réseau gay au Vatican. Sodoma, de Frédéric Martel, est une longue enquête-choc sur un vaste système qui serait à l’œuvre au coeur de Rome. Selon l’auteur, c’est au Vatican que l’on trouverait l’une des plus grandes communautés homosexuelles au monde, ce qui serait bien la preuve de l’hypocrisie de l’Église. Que faut-il en penser ?

La thèse est simple : l’Eglise est hypocrite. Au Vatican, la majorité des prêtres seraient homosexuels. Parmi les prélats les plus virulents sur les questions de morale, beaucoup seraient en fait eux-mêmes gays, vivant dans une sorte de schizophrénie aigüe : homosexuel « pratiquant » en privé, « homophobe » en public.

A partir de faits hélas réels dont beaucoup sont déjà connus, le journaliste Frédéric Martel (qui se présente lui-même comme homosexuel) déroule une enquête de quatre années qui lui a fait rencontrer plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux prélats.

Comment réagir face à ces « révélations » qui se mêlent à beaucoup « d’insinuations » ? Faut-il d’ailleurs le faire ? Evoquer ce livre, c’est aussi lui faire de la publicité. Mais il bénéficie d’une large couverture médiatique et sort le même jour dans vingt pays différents, traduit en sept langues. Sa publication coïncide également avec la tenue, à Rome, du sommet des évêques sur la protection des mineurs et la sortie du film Grâce à Dieu sur l’affaire Preynat. Depuis l’annonce de sa sortie, le Vatican a de plus annoncé la reconduction à l’état laïc du Cardinal McCarrick, coupable d’abus sexuels et d’abus de pouvoir sur mineurs. On a également appris la révélation de plaintes pour attouchements contre le Nonce apostolique en France. Sodoma fait plus de six cents pages, ce qui peut laisser penser que peu de gens le liront vraiment en entier. En revanche, beaucoup  se contenteront des seuls gros titres des journaux. L’effet est maximal.

Un triple effet

Le premier effet est de faire peser un soupçon sur l’ensemble du clergé. L’auteur ne croit pas vraiment à la chasteté possible. Beaucoup de prélats romains et de prêtres seraient finalement de véritables hypocrites, car menant une double vie. Le poison du doute se diffuse. On soupçonne l’ensemble des ecclésiastiques qui, au Vatican ou ailleurs, accomplissent leur travail fidèlement et essayent de vivre leur vocation généreusement, sans tomber dans cette double vie.

Le deuxième effet recherché est de peser sur la doctrine de l’Eglise, celle qui dérange, afin de pouvoir mieux la changer. Puisqu’elle est promue, au cœur même du Vatican, par des hommes qui ne la vivraient pas, mieux vaut sortir de cette contradiction, insinue Martel. Dans ce cas, puisqu’il y a tant d’infidélités ou de divorces, décidons que l’infidélité n’est plus un problème et que le mariage n’est plus possible ! Puisqu’il y a tant de pécheurs, décrétons que le péché n’est plus un souci. L’argumentation est fausse et dangereuse. Car seule la vérité rend libre. Et l’épreuve, ou l’échec, n’est pas la négation de la vérité ni de la beauté d’un engagement.

Le dernier effet est d’accuser le célibat dont l’observance conduirait nécessairement à une double vie. Les prêtres seraient en fait des hommes frustrés, meurtris par une loi inique qui leur est imposée le jour de leur ordination. Or, c’est très librement que ce jour-là, nous disons « oui » pour servir tous les hommes. Le célibat pour le Seigneur proclame que Dieu peut combler un cœur profondément, durablement. Et que l’homme peut offrir sa vie en offrant au monde le témoignage d’un engagement total. Notre époque n’en a-t-elle pas besoin ? Oui, ce célibat est un dur combat. C’est aussi un beau combat.

Tristesse

Ce qui est triste, ce n’est pas tellement le type de désirs qu’un prêtre peut porter – on ne va pas aller sonder les cœurs – mais c’est qu’il ne vive pas en vérité la promesse de célibat vécu dans l’abstinence ; promesse qu’il a librement faite le jour de son ordination. C’est cette infidélité-là qui est un contre témoignage et qui fait mal. Tout comme l’infidélité dans un couple.

Ce qui est triste, ce n’est pas qu’un prêtre puisse connaître un moment de faiblesse ou de fragilité, dont il peut toujours se relever. Un prêtre reste un pauvre pécheur et cela est vrai depuis les débuts de l’Eglise jusqu’à aujourd’hui. Ce qui est triste, c’est de voir certains ecclésiastiques s’installer – malgré leurs grandes responsabilités – dans une double vie et dans l’infidélité durable. Ce qui est triste, c’est quand le péché devient un système organisé, destiné à protéger ceux qui s’y installent.

Ce qui est triste, ce n’est pas de découvrir que l’Eglise est composée d’hommes et de femmes faillibles mais que des fautes puissent faire oublier la beauté du message qu’ils portent malgré leurs limites, ou que le péché soit instrumentalisé pour remettre en cause la doctrine que l’Église a toujours proposée. Or, « cette doctrine ne relève ni d’une théorie particulière ni d’une idéologie, mais de la Parole de Dieu à laquelle nous ne pouvons nous soustraire » proclame l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit.

Alors que l’Eglise rassemble aujourd’hui plus d’un milliard de croyants, prêtres et laïcs, ce qui est triste, c’est que pour une poignée de contre-témoins, installés au sommet, on oublie la fidélité du plus grand nombre, discrète et humble. Celle qui ne fait pas la Une des journaux.

Ce qui est triste enfin, c’est qu’à la Curie vaticane et parfois aussi dans les diocèses, on affecte des ecclésiastiques à un seul travail de bureau alors qu’aucun d’entre eux n’est devenu prêtre pour cela. L’ambition, le goût de l’argent, le questionnement sur un célibat dont on ne perçoit plus la mystérieuse mais réelle fécondité, se diffusent d’autant plus facilement lorsqu’on n’a pas le soutien pastoral que réclame l’état sacerdotal. N’est-il pas temps de réfléchir à un meilleur accompagnement de ceux qui servent l’Eglise dans des tâches plus administratives, en veillant par exemple à ce que personne ne fasse toute sa « carrière » dans un bureau ? Qu’on puisse faire des séjours réguliers en paroisse, retrouver un ministère gratifiant, confesser, marier, baptiser ?

Un prêtre trouve son équilibre et sa joie dans la mission, dans une paroisse, dans le don de lui-même au contact des fidèles qui lui sont confiés. Malgré les erreurs, le zèle peut-être parfois maladroit, les limites et les faiblesses, c’est ainsi que tout sacerdoce se déploie.

Parce que toute vie donnée, pour Dieu et pour les autres, est belle.

————–

Addendum : sur ce même sujet, ne manquez pas de lire trois autres textes :

– l’éditorial de Jean-Pierre Denis : « Courage chrétiens ! » (La Vie)

– le décryptage de Xavier Le Normand : « Une avalanche d’insinuations » (I.Media)

– la réaction du père Christian Venard : « Tirer sur l’Eglise est un sport facile » (Le Point)

– l’analyse du philosophe Thibaud Collin : « Un objectif, retourner contre elle-même la doctrine de la la loi naturelle » (L’Homme Nouveau)

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019). De 2013 à 2018, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).