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“Unplanned”  – Une gynécologue témoigne

Publié le 05 Oct 2020 à 20:01 Éthique Aucun commentaire

Le 1er octobre dernier est sorti en France « Unplanned », un film évènement qui connait un énorme succès aux Etats-Unis. Il relate l’itinéraire d’Abby Johnson : convaincue des bienfaits du droit à l’avortement, bénévole au planning familial américain, cette femme devient ensuite l’une de ses plus jeunes et plus brillantes directrices de clinique. Jusqu’au jour où ce qu’elle voit va tout bouleverser.

Le film est désormais disponible en vidéo à la demande, en version française [cliquer ici].

Pour en parler, Padreblog a interrogé le docteur Frédérique MARDON-LEROLLE. Gynécologue-obstétricienne en Ile-de France, elle a accepté de répondre à nos questions [les illustrations sont celles du film, ndlr].

Padreblog : Pourquoi est-il si difficile pour des femmes de se confier à quelqu’un avant/après un avortement ?

Dr F. M-L : On leur dit « ce n’est rien » ou bien « tu as le choix ». Comment peuvent-elles être libres de leur choix ? Et si c’est leur choix, de quoi se plaignent-elles ? N’est-ce pas « un droit » acquis de haute lutte ? Elles retournent alors souvent cette culpabilité contre elles, une culpabilité pourtant partagée entre le conjoint, l’entourage et le corps médical. Elles ont peur du jugement aussi. D’un côté, cela, cet acte soi-disant anodin et banal, et puis la réalité de ce qui se passe vraiment, entretenue par la prodigieuse mémoire du corps et par la richesse de la psychologie. Moi-même, lors d’une consultation, je devine qu’il s’est passé quelque chose et ce n’est pas une simple intuition féminine, croyez-moi ! Par exemple, une femme qui a subi un avortement a plus de difficultés à se laisser examiner. Figurez-vous qu’en Ehpad, l’une des plus fréquentes souffrances évoquées est la non-venue au monde de ces enfants avortés parfois quarante ans auparavant.

Pouvez-vous nous témoigner de la souffrance des mères en détresse que vous rencontrez dans votre métier de gynécologue ?

Le drame de l’avortement réside principalement dans l’extrême rapidité avec laquelle il est décidé et réalisé. On précipite les choses, la pression de l’entourage est grande, la femme se sent dans une immense solitude. La tentation est immense d’en sortir au plus vite et de résoudre rapidement ce dilemme : « Puisque cet enfant n’est pas désiré, il n’y a pas de place pour lui ». Le temps de la réflexion est minimal, ce qui est abyssal d’autant plus qu’il existe un temps d’ambivalence au début de chaque grossesse.

J’en veux beaucoup, je l’avoue, aux médecins qui savent très bien ce qu’ils font : ont-ils oublié leurs cours d’embryologie dispensés en première année de médecine ? Comment font-ils pour s’occuper – le plus professionnellement possible – successivement d’une femme qui vient de faire une fausse couche, d’une autre qui veut absolument tout faire pour être enceinte ou encore de celle qui avorte pour la première ou deuxième fois ? Sont-ils des prestataires de service ou au service de la vie ? J’en veux aussi aux hommes : on a dit que la pilule et l’avortement avaient libéré les femmes, c’est profondément faux. Ils ont surtout libéré les hommes, afin qu’ils puissent fuir leurs responsabilités.

« Unplanned » sort en France, l’année d’un triste record : 232 200 avortements l’an passé. Que vous inspirent ces chiffres ?

Un grand sentiment de tristesse et d’échec : pourquoi autant d’avortements ? Cela pose d’ailleurs problème aux défenseurs de l’avortement qui ne répondent que par l’accentuation nécessaire d’une contraception « efficace » (on en arrive à injecter sous la peau du bras un implant qui stérilise pendant 3 ans d’affilée !). Il faut encore plus contracepter toutes les femmes. Or, il faut accepter de donner les vraies réponses. Le problème vient du fait qu’on a réussi à complètement déconnecter dans la tête des femmes – et dans le sexe des hommes – le lien entre une relation d’amour et la possibilité de concevoir. Il faut le dire clairement : la contraception mène logiquement à l’avortement. Pourquoi ? Mais parce qu’avec la contraception, la grossesse rentre dans la catégorie des échecs. Nous sommes dans une situation médicale unique : le seul cas où l’on bloque quelque chose qui fonctionne très bien, à savoir une ovulation qui est signe de bonne santé !

Pourquoi le sujet de l’avortement et de la souffrance qu’il occasionne est-il tellement tabou dans notre société française ?

Le débat est confisqué. Le mensonge est toujours un engrenage : pour le défendre, il faut en rajouter. En ce sens, l’avortement doit être consolidé coûte que coûte par ses défenseurs chaque année.

Avez-vous trouvé des invraisemblances ou des mensonges dans le film ? Par exemple, l’avortement médicamenteux provoque-t-il vraiment des saignements et des crampes pendant plusieurs semaines ? Est-ce vrai que l’on reconstitue les fœtus après un avortement ?

C’est exact pour les caillots de sang et l’immense solitude de l’avortement par RU 486. Mais je me refuse à croire qu’en France, on aurait laissé une telle situation perdurer pendant huit semaines. On aurait proposé une consultation, on aurait fait un curetage, comme cela arrive d’ailleurs… Il me semble également impossible que l’on procède, toujours en France, à la reconstitution des foetus. La plupart des aspirations sont faites sous échographie ; on voit donc très bien ce que l’on fait. Et puisque j’évoque des invraisemblances, je me refuse à croire qu’on aurait également laissé dans notre pays des femmes assises sur une chaise en plastique, sans surveillance, sans appeler une ambulance en cas d’hémorragie interne ou de rétention utérine, ou bien qu’on aurait permis à des personnes d’entrer dans le bloc sans tenue ad hoc. Mais si c’est ce qui est arrivé à Abby, je veux bien la croire.

Il est vrai par contre que l’embryon cherche à échapper à la canule ou à l’aiguille comme lors des amniocentèses faites sous contrôle échographique. C’est un phénomène de défense.

La grande spécificité de ce film me semble être le contexte américain où le système de santé n’est pas public mais privé, avec ses inévitables dérapages mercantiles.

Les personnes qui s’occupent des avortements sont-elles des monstres froids comme semble le suggérer « Unplanned » ?

J’ai un peu du mal à le croire et j’ai été touchée par l’attitude enthousiaste d’Abby qui dit : « Je pensais les aider ». Son équipe est également fort sympathique. Je suis convaincue qu’il existe ce genre de femmes dans les centres de planning familial. La caricature n’est jamais très bonne. Quoi qu’il en soit, Abby sort avec beaucoup de courage du mensonge dans lequel elle était entrée. La vérité rend libre, toujours.

Peut-on parler de la souffrance de certaines femmes sans faire violence aux autres ?

Tous ceux qui sont en faveur de la vie sont montrés du doigt. Il faut nous y habituer : nous sommes des gêneurs. Mais quelle est la première violence faite aux femmes sinon cette logique de mort qui rejaillit sur elles ? Supprimer par compassion n’est pas un acte d’amour.

Peut-on dire que « Unplanned » est en quelque sorte un film féministe ?

La majorité des femmes veulent connaître l’expérience bouleversante de la maternité. Bien sûr, elles ne veulent pas être réduites à leur utérus. Mais leur questionnement est souvent le même : savoir si elles peuvent avoir un enfant, un jour, quand elles le voudront. C’est une vraie inquiétude. On envisage la grossesse comme un fonctionnement et pas comme une aventure : l’aventure de la vie ! La fertilité est un cadeau.

Faut-il voir « Unplanned » ?

Je conseillerais de le voir en (tout) petit groupe. La force de ce film réside dans le témoignage d’Abby. C’est ce qui lui est arrivé, à elle. J’aime aussi le fait que « Unplanned » ne soit pas un film qui fasse la morale. Il affronte juste la conspiration du mensonge autour de l’avortement. Il n’élude pas non plus les dérapages de certains pro-life. Le voir permettra peut-être de comprendre que l’avortement tue autant la femme que l’enfant. La féminité est un insondable mystère : la femme est faite pour le corps d’un autre. Celui de son conjoint, celui de son bébé. Cela nécessite un déplacement, et même, disons-le… une certaine abnégation.

Que retiendrez-vous de ce film ?

Le titre ! Tout est dit. L’enfant n’est digne de vivre que s’il arrive au bon moment et que la femme est prête ! Nous ne savons plus nous laisser surprendre par l’émergence de la vie. On veut tout contrôler, être dans la toute-puissance mais c’est impossible. Le confinement n’a-t-il pas révélé que nous ne pouvions pas tout maîtriser ?

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Notre réaction

« Unplanned » (non planifié) est une histoire doublement vraie.

Vraie parce qu’elle raconte l’expérience d’Abby Johnson. Cette jeune femme – qui habite aujourd’hui au Texas – est l’ancienne directrice d’une clinique dans laquelle ont été pratiqués des dizaines de milliers d’avortements. Elle reconnait elle-même avoir mis fin à deux grossesses non-désirées dans sa vie passée et milite aujourd’hui en faveur de la vie.

Vraie encore car le réalisateur ne s’est pas simplement contenté d’évoquer l’avortement comme la suppression d’une vie innocente mais surtout de montrer la douleur et la détresse des mères qui ont recours à une telle intervention. « Unplanned » nous fait ainsi entrer dans l’expérience d’une femme, de sa souffrance et de sa prise de conscience. Un cheminement résumé dans une phrase du film : « Vous pouvez les laisser vous débarrasser de votre bébé, mais ils ne peuvent pas vous débarrasser du souvenir de votre bébé ».

Mais « Unplanned » est surtout un choc et, disons-le, les trente premières minutes sont particulièrement difficiles. Aux États-Unis, alors qu’il est déconseillé aux mineurs de moins de 16 ans non-accompagnés, il a pourtant connu un immense succès. Mais c’est vraiment un beau film, positif, qui célèbre la vie, l’amour et la famille. Il faut remercier Saje Distribution de nous permettre de le voir enfin en France afin que nous puissions être toujours plus nombreux à partager cette conviction : le meilleur avortement, c’est celui qui n’a pas lieu.

Pour aller plus loin

Nous avons lu et aimé le livre du père Laurent Spriet « Se relever après un avortement » (Ed. Peuple libre, 138 pages, 10 euros). On peut aussi noter le contact de quelques associations qui aident les femmes en difficulté : Sos bébé ; Mère de miséricorde ; La maison de Tom Pouce ; La maison de Marthe et Marie ; Foyer El paso.

Voir la bande annonce :

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