Comment recevoir « Fratelli tutti » sans caricatures ?
La dernière encyclique du pape François Fratelli tutti [texte intégral ici], publiée au début du mois d’octobre 2020, suscite de nombreuses réactions, et comme souvent, l’enseignement du souverain pontife risque d’être caricaturé ou instrumentalisé, réduit à quelques… souverains poncifs. C’était déjà vrai pour Benoît XVI, sur des sujets « de droite » : on râlait en rappelant qu’une déclaration devait se lire dans sa globalité. C’est aussi vrai pour le pape François, mais sur des sujets classés « à gauche » : ça pique, ça gêne, on a l’impression d’être pris en défaut… mais ne doit-on pas faire le même travail exigeant de retour au texte ? C’est ce que Padreblog vous propose de faire en quelques lignes.
Eviter les caricatures
On peut préférer les raisonnements ciselés de Benoît XVI aux formules un peu répétitives qui jalonnent Fratelli tutti au sujet de l’importance de « l’ouverture à l’autre ». Mais il serait injuste de dire que François sort de son rôle spirituel, qu’il brade le dogme pour faire de la politique et qu’il serait ainsi en rupture avec ses prédécesseurs. Il y a quelques années, Padreblog répondait déjà à ceux qui voulaient enfermer Benoît XVI dans sa sacristie pour qu’il évite de parler politique. Ainsi, ne réduisons pas ce texte à un humanisme dénué de fondement surnaturel. Comme dans beaucoup d’encycliques sociales, les références au salut dans le Christ, à la grâce et au péché, sont rares mais bien présentes (n.85 ; 91 ; 166 ; 185 et la note 203).
Faut-il voir en François un apôtre de l’immigration de masse, un ennemi de l’Europe chrétienne et de l’idée de Nation ? Ici encore, attention à la simplification. Loin d’un universalisme naïf et désincarné, le Pape encourage à éviter les migrations non nécessaires et à collaborer pour le développement des pays d’origine, afin que le droit à ne pas émigrer soit respecté (n.38 et 129). François est lucide devant le drame humain des migrations : la meilleure émigration est souvent celle qu’on parvient à éviter ! Par ailleurs, l’accueil et l’intégration des migrants supposent de la part du pays d’accueil un enracinement fort dans sa propre culture et sa tradition religieuse (n.143). Bref, l’universalisme du pape François ne renie pas l’identité de chaque nation mais il la suppose et la qualifie de manière dynamique : c’est le sens de l’image du polyèdre, qui revient en leitmotiv dans l’encyclique. Mieux que la sphère, où chaque point est indifférencié (universalisme déraciné), la figure du polyèdre permet d’articuler le respect de l’identité d’un peuple et l’ouverture à un bien commun plus grand.
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Un appel à l’engagement politique fondé sur « l’amitié sociale »
Loin des polémiques, ce texte nous invite surtout à retrouver la noblesse de la dimension politique de l’existence humaine et chrétienne. Cette dimension politique appartient au dessein de Dieu. Les hommes sont appelés à établir un lien de charité avec l’ensemble de l’humanité, mais pas n’importe comment (n.145) : à partir de racines solides, en élargissant sa charité par cercles concentriques, de notre famille à notre cité, de notre nation à l’ensemble des nations. C’est ce que François nomme « l’amitié sociale » (n.99), concept-clé de Fratelli tutti. L’amitié universelle ne pourra se réaliser politiquement que par le partage de références morales objectives irrévocables (n. 206-210) et par la grâce de la foi au Christ (note 203).
Pour nous, catholiques français, la tentation est grande aujourd’hui de ne plus croire à l’engagement politique, tant nos désaccords avec les évolutions législatives en matière familiale et bioéthique semblent être ignorés ou méprisés.
Que les chrétiens s’engagent donc sans se lasser au service de leur prochain et du règne de la charité du Christ, par leurs activités politiques, culturelles, sociales, et spirituelles : là se trouve un chemin de sainteté fécond (n.176-197). Haut les cœurs !