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Benoît XVI, père de famille

Publié le 19 Avr 2012 à 07:48 Église 60 commentaires

La nouvelle est désormais officielle, elle vient d’être confirmée par le Vatican.

Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a répondu  de façon positive (au Vatican on dit même « encourageante ») au préambule doctrinal, un texte que lui demandait de signer le Pape Benoît XVI. Après de longues discussions, cet accord sur « l’essentiel » était nécessaire pour permettre le retour plein et entier dans l’Eglise du mouvement fondé par Mgr Marcel Lefebvre. Les semaines qui viennent devraient voir se confirmer cette réconciliation et des solutions canoniques concrètes devraient être promulguées.

S’il se confirme, c’est un évènement majeur pour l’histoire récente de l’Eglise. Nous voulons nous réjouir, alors que vont sans doute s’élever de part et d’autres de nombreuses voix pour critiquer cet accord. Essayons d’expliquer les raisons de cette joie.

Benoît XVI agit en père de famille

Certains sont, paraît-il, agacés qu’on leur rappelle le texte de la parabole du retour du fils prodigue (Luc  15, 11-32). Il est pourtant – et sans nul doute – le plus éclairant pour comprendre ce qui vient de se passer : après tout, l’Evangile reste l’Evangile ! Dans cette parabole, le Père n’ignore rien des fautes de son fils. Son coeur a été profondément blessé de voir partir celui qui pensait pouvoir être heureux hors de la communion.

Le Père n’ignore sûrement pas non plus l’ambiguïté du repentir initial de son fils : ce dernier revient d’abord … parce qu’il a faim.

Mais le Père décide que le retour de son fils prime sur tout le reste. Que l’unité familiale retrouvée prend le dessus. Et que tous, y compris le fils aîné, peuvent et doivent se réjouir. Quand le fils prodigue commencera à exprimer sa contrition, le Père ne le laissera pas finir : l’évènement même de son retour lui suffit.

Un père lucide

Benoît XVI n’ignore rien des souffrances et des divisions qui ont déchiré l’Eglise.

Oui, il y a eu ces trente dernières années de nombreuses blessures de part et d’autres.

Oui, il y a eu des déclarations insupportables, contre le Pape, les évêques, le Concile Vatican II, la messe que nous célébrons chaque jour…

Oui, il y a eu de graves infidélités au Concile, des excès y compris au sein de l’Eglise, qui ont pu non pas justifier mais expliquer cette séparation et le départ de nos frères de la Fraternité Saint-Pie X. Il faudra aussi que le fils aîné fasse un jour son examen de conscience…

Oui, il y aura encore des fils prodigues orgueilleux qui parleront de « victoire » ou auront du mal à renoncer à l’habitude d’avoir raison seuls contre tous. On ne ré-apprend pas l’obéissance en trois mois ! Mais tout cela ne doit pas nous empêcher de considérer avec un regard de foi, qui n’exclue pas la lucidité humaine, l’immense joie que doit nous procurer cette réconciliation en marche.

L’espérance du Pape

Le Pape, tel le Père de la parabole, a fait preuve de persévérance humble et courageuse. Il a tout pris sur lui, il a supporté beaucoup d’attaques et de coups bas venant de toutes parts. Il a gardé le cap : réunir la famille et la rassembler. « Qu’ils soient Un ! »

Son coeur de Père ne pouvait devenir indifférent à toutes ces familles, ces jeunes, ces vocations qui restaient « dehors » et finissaient par s’y habituer, comme le reconnaissait récemment Mgr Fellay lui-même. Le Pape veut croire qu’en leur donnant une place reconnue dans l’Eglise, ils feront à nouveau l’expérience de la pleine communion, ce qui marquera forcément leur discours, leur pensée, leur sens de l’Eglise. Plutôt que d’attendre d’eux une adhésion parfaite au Magistère (qu’on ne retrouve d’ailleurs pas toujours chez beaucoup de catholiques de nos diocèses), le pape espère que cette réconciliation accordée généreusement les amènera à retrouver confiance dans ce Magistère.

Disons-le sans hésiter et plus prosaïquement : le Pape a fait le « job »…

Au delà de l’affectif, il est le serviteur de l’unité, celui qui préside à la communion. Il sait qu’à son âge, 85 ans, le temps lui est compté. Il a cette liberté de ceux qui ne « gèrent » pas leur réputation. Il ne s’est pas détourné du but fixé. L’échec de 1988, qui l’avait tant peiné – il avait à cette époque participé aux discussions avec Mgr Lefebvre – n’aura pas eu le dernier mot. Si on aime l’Eglise, on ne peut que rendre grâce.

Une réconciliation attendue par les jeunes générations

Notre génération, et celles qui viennent, ne s’y trompent d’ailleurs pas : elles sont tournées vers l’avenir. Beaucoup de jeunes de part et d’autres sont enthousiastes : « enfin réunis pour annoncer ensemble le Christ à nos amis, dans nos facs, dans ce monde ! ». Ils ne veulent pas rester prisonniers des combats d’hier ni des étiquettes de leurs aînés. Face au défi immense de la nouvelle évangélisation, rester divisés devenait incompréhensible. Ce n’est pas simplement une réconciliation entre catholiques, c’est aussi une réconciliation des catholiques avec leur passé, pour désormais se tourner résolument, ensemble, vers les défis de l’avenir.

Nous n’ignorons pas la violence des mots, la mentalité de « citadelle assiégée » et la rigidité intellectuelle qu’on peut encore trouver dans la mouvance d’Ecône. Les prêtres de ce blog en savent quelque chose pour l’avoir subie sur certains forums ou dans certains médias. Mais nous savons que cette mouvance n’est pas uniforme. Et nous connaissons assez de jeunes et de familles, fidèles de la Fraternité Saint-Pie X, qui espéraient et priaient pour cette réconciliation, pour avoir confiance. C’est à eux que nous pensons, et c’est pour eux que nous oublierons le reste. De même, ils trouveront dans notre joie de les retrouver, la force de pardonner les blessures qu’ils peuvent aussi porter. De part et d’autres, les artisans de paix et d’unité doivent l’emporter !

Un évènement qui stimule notre Foi en l’Eglise

Il se trouvera toujours des spécialistes de la question pour nous proposer une lecture politique de cet évènement. D’autres, plus idéologues et regroupés dans des comités ou conférences qui ne représentent qu’eux-mêmes, ne manqueront pas de « refaire le match » et d’expliquer ce que décidément ce pauvre Pape aurait dû faire ou ne pas faire depuis le début.

A ceux-là, à chacun et à nous-même, nous souhaitons simplement de ne pas oublier un acteur essentiel de la vie de l’Eglise depuis 2000 ans : l’Esprit-Saint ! Nous voulons croire qu’il continue d’éclairer et d’assister le Pape dans le gouvernement de l’Eglise et l’accomplissement de sa mission. C’est aussi ce même Esprit-Saint qui a sans doute  inspiré Mgr Fellay, dont il faut reconnaître le courage : il aura posé là un acte fort de confiance dans l’Eglise, malgré les vents contraires au sein même de sa propre mouvance.

Après une partie des anglicans, Benoît XVI est sur le point de parvenir à réconcilier d’autres frères. Il aura été plus que jamais serviteur de l’unité.

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Abbé Pierre-Hervé Grosjean

Diocèse de Versailles, ordonné prêtre en 2004. Curé de Montigny-Voisins. Responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. Auteur de "Aimer en vérité" (Artège, 2014), "Catholiques, engageons-nous !" (Artège 2016) et de "Donner sa vie" (Artège 2018).