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L’Assomption : Noël en plein été

Publié le 15 Août 2020 à 07:43 Foi Aucun commentaire

Noël en plein été. C’est ainsi que beaucoup de Français considèrent le jour férié du 15 août, heureuse pause familiale remplie, il faut le souhaiter à tous, de chaleureuses retrouvailles. Une fois de plus, après la Toussaint, Noël et l’Ascension, les catholiques sont très heureux d’offrir ce beau cadeau à l’ensemble de la communauté nationale : une fête religieuse chômée, indice singulier de nos racines chrétiennes.

Comme à Noël, gageons aussi que les églises et les sanctuaires seront un peu plus fréquentés que d’habitude par un public moins habitué, désireux de confier à Marie les joies et les peines de l’année écoulée mais aussi les nombreuses incertitudes des mois à venir.

Car l’été 2020 ne peut pas être comme tous les autres. Après cette année si particulière, comment sera l’automne ? On aimerait pouvoir tout oublier un moment mais, même au cœur du mois d’août, l’insouciance estivale est brutalement congédiée dès lors qu’il faut dégainer son masque pour entrer dans un magasin ou un musée, voire même – désormais – déambuler dans certaines rues. Le masque nous invite à une certaine gravité et nous rappelle notre destin commun. Celui d’être des personnes vulnérables, interdépendantes, embarquées pour un bien curieux voyage dont une étape est inéluctable et connue de tous : la mort. Face à cette réalité, la vaste conspiration contre toute forme de spiritualité jadis dénoncée par l’écrivain Georges Bernanos bat son plein. Car le spirituel est le grand absent de cette curieuse période que nous traversons tous et qui n’a qu’un seul refrain : « Prenez soin de vous ! ». Comme si on avait attendu le Covid-19 pour réaliser que la vie est belle et qu’elle est un don. Il était temps !

Pourtant, cela ne suffira pas pour redresser la tête. Et à tous ceux qui voudraient se libérer du pessimisme généralisé, voici donc un bon vieux remède, ce type de remède qu’on regarde en pensant à nos grands-mères en se disant qu’il pourrait bien marcher : celui de lever les yeux vers le Ciel, de lever les yeux vers Marie, protectrice de la France depuis un vœu du roi Louis XIII. Pour qu’elle nous protège du Covid-19 mais aussi de la sinistrose ambiante, du découragement et de la résignation. Vous riez ? Pourtant, sans ignorer la science médicale, des générations entières ont eu recours à cette médecine avant nous et avec succès : parlez-en aux Marseillais qui se confient depuis toujours à « la bonne Mère », aux Lyonnais qui célèbrent fidèlement Notre-Dame de Fourvière ou aux habitants de Valenciennes qui n’ont jamais oublié le saint Cordon ! Il faudrait parler de beaucoup d’autres lieux encore, comme Lourdes ou Rocamadour, sans oublier la Corse mais c’est alors une encyclopédie qu’il faudrait écrire…

Regarder Marie : c’est le message que font passer deux initiatives toutes récentes. La première est celle du « M de Marie », un pèlerinage atypique et très suivi tout cet été de deux calèches portant une statue de la Vierge Marie. L’une est partie de Lourdes et l’autre de La Salette en Isère, sillonnant la France et dessinant un vaste M sur l’hexagone, rejoignant les villes où la mère de Jésus s’est manifestée. L’incendie de Notre-Dame, l’an dernier, ne nous a-t-il pas montré à quel point l’âme de la France était liée à Marie ? Emportée dans la gloire le jour de son Assomption avec son corps (c’est précisément l’évènement célébré le 15 août) elle nous rappelle toute l’importance que l’Eglise accorde au charnel. « Mon corps est à moi » entend-on ici et là. C’est une erreur : mon corps, c’est moi. C’est avec lui que j’aime, que je donne, que je partage, que je souffre aussi. Un jour, il rejoindra celui de Marie auprès de Dieu.

Mais ce que disent aussi nos grands-mères c’est que depuis toujours, cette humble femme d’Israël qui est devenue la sainte patronne de la France connaît bien la détresse et l’épreuve. Depuis un certain Vendredi saint, où elle a connu la pire souffrance qui soit – celle de perdre son enfant – elle est solidaire de tous ceux qui pleurent, de tous ceux qui souffrent, de tous ceux qui peinent. Comme une mère, elle se tourne vers ses enfants pour les fortifier et les consoler. Encore faut-il qu’ils se confient à elle en ouvrant leurs cœurs et en tombant les masques ! Car à Marseille, Lyon ou Valenciennes, il reste essentiel d’habiter les traditions de l’intérieur, de ne pas oublier qu’elles ont été animées par la foi et que si elles ne le sont plus, elles risquent de devenir des coquilles vides.

L’autre initiative vient des évêques de France. Dans un message commun, ils invitent l’ensemble des catholiques à prier ce 15 août par l’intercession de Marie, « pour un juste discernement des techniques biomédicales offertes à l’ingéniosité humaine ». Car le coronavirus n’est pas l’unique maladie à combattre et une crise en cache toujours une autre. La pandémie a ainsi mis en lumière des pathologies bien plus amples. Si nous ne prenons pas soin les uns des autres, en commençant par les plus fragiles, nous ne parviendrons pas à guérir ce monde. En ce sens, l’adoption, il y a quelques semaines, du nouveau projet de loi bioéthique marque un recul anthropologique très grave. Tri embryonnaire, eugénisme, chimère, etc. : les transgressions éthiques sont légion. Pire encore, l’intégration au texte, en catimini, d’un nouvel élargissement de l’avortement sous le critère invérifiable de la « détresse psychosociale » de la mère est une nouvelle atteinte à la vie. Les avortements seront ainsi rendus possibles jusqu’au terme de la grossesse. C’est une nouvelle violence faite aux femmes pour qui l’avortement n’est pas un droit mais un drame. A la suite de mère Teresa qui avait prononcé les mêmes mots en recevant le prix Nobel de la paix, l’un des évêques de France dénonce « une épouvantable tragédie » et un autre s’interroge : « Comment penser qu’une femme parviendra à mieux assumer sa vie en posant un tel acte de mort ?».

La crise actuelle et celle à venir nous donnent beaucoup à réfléchir sur ce que nous devons être et ce que nous devons faire. Le 15 août résonne comme un appel : n’y a-t-il pas dans le cœur de l’homme une soif « d’autre chose » ? Pendant le confinement, nous sommes nombreux à avoir réalisé que la vie ne pouvait pas se résumer à manger et dormir, à faire ses courses et un peu de sport. N’écartons pas le spirituel de notre société : il possède en lui des richesses de résilience, d’espérance et de courage dont notre pays va avoir grandement besoin. Finalement, nos grands-mères ont encore beaucoup de choses à nous apprendre !

[Tribune publiée dans Le Figaro « Vox » du 15 août 2020].

À propos de l'auteur :

Abbé Pierre Amar

Abbé Pierre Amar

Diocèse de Versailles, ordonné en 2002. Licencié en droit et en théologie. Auteur de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016) et "Hors Service" (Artège 2019) et de divers spectacles (Jean-Paul II, Charles de Foucauld, Madame Elisabeth). De 2013 à 2018, il anime l'émission "Un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame. Depuis sept. 2019, il répond à "Pourquoi Padre ?" sur KTOtv.