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Loi santé : quelle humanité ?

Publié le 15 Avr 2015 à 09:23 Éthique 20 commentaires

Mauvaises nouvelles pour la vie… La Loi santé a été adoptée à l’Assemblée Nationale. Elle a pour but de « moderniser notre système de santé ». Mais derrière les mesures se cachent de dangereuses menaces pour la dignité de la personne. Revue de détail et points de repères, en espérant que le passage de cette loi au Sénat la modifie de fond en comble.

Avortement : banalisation et précipitation

Commencer à réfléchir serait un frein, « infantilisant et stigmatisant » a dit une députée. Du coup, l’un des derniers verrous qui pouvait encore aider les femmes à choisir la vie vient de sauter. Il ne s’est trouvé que 22 députés pour s’opposer à la suppression du délai de sept jours entre deux rendez-vous préalables à tout avortement. Ce délai permettait aussi aux mères, trop souvent abandonnées face à l’annonce d’une naissance si difficile à assumer, d’en parler aux pères concernés, de trouver de l’aide, de prendre du recul. Désormais, comme le souligne preuves à l’appui Jean-Pierre Denis du journal « La Vie », pour un crédit bancaire, pour acheter une nouvelle voiture ou pour refaire son nez, on peut réfléchir. Mais pas pour avorter.

La culture de mort dénoncée par saint Jean-Paul II dans Evangelium Vitae se répand ainsi toujours plus. Elle repose sur deux logiques :

– la première, c’est de banaliser toujours plus l’avortement. Pourtant, lors des débats de 1974, Simone Veil déclarait elle-même : « aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement (…). C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame ». Faire de l’avortement un acte anodin et sans conséquences, c’est nier la réalité. Les femmes qui ont eu recours un jour à cette intervention savent et sauront toujours que ce n’est pas une opération comme une autre. C’est une blessure à laquelle nous autres chrétiens ne pouvons rester insensibles. Comme on ne peut non plus rester insensible à la détresse de ces mères, désormais empêchées de prendre du recul et à qui on ne propose aucune autre alternative que de supprimer l’enfant qu’elles portent. Plus seules que jamais, ces femmes auront encore plus besoin de notre compassion et de notre soutien pour faire face à l’urgence. Des œuvres comme la « Maison de Tom Pouce » trouvent encore plus leur justification.

– l’autre logique, c’est de consacrer légalement un mensonge : faire croire qu’un embryon est un amas de cellules et non un être vivant à respecter comme une personne. Or, aucun scientifique de renom n’osera écrire que l’embryon n’est pas un être humain. Il faut protéger le petit homme, « le petit d’homme » disait le Pr Jérôme Lejeune dans un procès retentissant au cours duquel il avait pu affirmer que l’embryon est un être humain. Dès la fusion des gamètes en effet, dès la conception, toute l’information génétique humaine et la structure moléculaire du zygote sont données. C’est la raison pour laquelle, on ne peut pas non plus faire de la recherche sur l’embryon qui devient alors un objet. Un être humain ne peut pas être utilisé par d’autres et pour d’autres.

Salles de shoot : la fausse compassion

C’est la dernière trouvaille en matière d’accompagnement d’un fléau qui enchaîne des jeunes et brise des vies : la salle de shoot. L’Etat organise la misère humaine : au lieu d’aider les drogués à s’en sortir, on va les aider à se droguer mieux. Ainsi, les injections seront « supervisées » et effectuées dans de bonnes conditions sanitaires et d’hygiène en présence d’un personnel formé. Il sera aussi possible d’y échanger les seringues. Par contre, la drogue ne sera pas fournie aux usagers.

Pour faire passer la chose, on utilise deux procédés assez classiques :

– l’expérimentation : pour six ans, le temps d’endormir les consciences. On pense peut-être qu’après quelques années d’expérience, les gens auront oublié ou se seront habitués ?

– le changement de nom : c’est vrai que « salles de shoot » ne passe pas très bien. On évoque donc des « salles de consommation à moindre risque » ; ça sonne mieux, non ? C’est comme « bébé de la deuxième chance » au lieu de « bébé-médicament » ou « nounou prénatale » au lieu de « mère porteuse ».

Mais ce qui est choquant, c’est qu’on assiste à une tragique inversion des valeurs, qui fait d’ailleurs réagir nos évêques : « la loi doit poser des limites et non pas proposer des transgressions. Le risque d’émettre un mauvais signal, notamment, à destination des jeunes ne peut pas être couru ainsi (…) Les efforts de l’Etat doivent plutôt porter sur deux volets : la prévention et l’accompagnement des personnes dépendantes ».

Ce projet banalise la drogue et prône la déresponsabilisation des consommateurs. Or, les acteurs qui accompagnent les toxicomanes savent que les seuls remèdes sont le sevrage et la désintoxication. La salle de shoot ne peut pas être une étape vers celle-ci. Au contraire, en mettant à disposition des toxicomanes un matériel stérilisé et gratuit, on rend le personnel médical complice d’une addiction. On se donne bonne conscience en se disant que tout cela se passe dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité qu’ailleurs, mais – au final – on collabore à une œuvre de mort. Pour se faire comprendre, le député de Vendée Yannick Moreau a osé une comparaison très parlante : « la salle de shoot, c’est comme un changement de classe à bord du Titanic : au lieu de se droguer en fond de cale, on le fait en première classe ! ».

Au fond, ce projet de salles de shoot, c’est proposer aux usagers de continuer à se détruire à petit feu tout en préparant les pansements. Dans les évangiles, on ne voit jamais le Christ enfermer quelqu’un dans son mal, mais au contraire d’ouvrir à la conversion, à puiser au fond de son âme la force de se relever et de repartir. Or la vraie charité et la vraie compassion n’est-elle pas d’aider les drogués à s’en sortir, et non de les aider à se droguer mieux ? Là aussi, des œuvres existent. Il faut les soutenir.

Don d’organes : liberté et générosité sacrifiées

Le don d’organes est rendu quasiment automatique. De fait, à moins que vous n’ayez explicitement déclaré et manifesté votre désir de ne pas être donneur, il est désormais possible de venir prélever sur votre cadavre votre foie, votre cœur ou vos reins.

Pour nous, chrétiens, c’est inverser la logique du don qui veut toujours qu’il soit libre et volontaire. Avec cette mesure, le corps humain tombe dans le domaine public. C’est une appropriation collective et sociale des corps qui fait heureusement réagir, bien au delà des cercles de l’Eglise, comme par exemple des représentants du corps médical qui s’alarment : « on ne donne plus le choix ; on se sert » disent-ils.

L’Eglise n’est pas contre le don d’organes. On avait même découvert que Joseph Ratzinger lui-même, le futur Benoît XVI, avait une carte de donneur. Mais une mesure visant à présumer le consentement de tous est une violence faite aux familles, au moment où elles vivent un deuil, avec ce qu’il peut parfois avoir de brutal, d’imprévu ou de révoltant. « Après tout, une fois mort, peu importe ce qu’on fera de mon corps ! » penseront certains. Mais se passer de la consultation de la famille accentuerait une tendance qui priverait le prélèvement d’organes de sa logique solidaire : le désir d’un don volontaire. C’est sacrifier la liberté et la dignité personnelles au profit d’un mythe dangereux : celui de la santé parfaite.

Toutes ces tentatives de déshumanisation se déroulent sous nos yeux. Elles ne doivent pas nous décourager, bien au contraire. Le chrétien est un disciple passionné de l’espérance et du pardon. Il sait que le Christ s’est fait notre serviteur, notre esclave, qu’il s’est mis du côté du plus petit, le pape François nous le rappelle souvent. Ce monde attend notre témoignage : puissions-nous, au nom des petits et des plus faibles qui sont silencieux, être la voix des sans-voix. Celle qui réveille les consciences et les cœurs ! « Triste France… » diront certains. Mais refusons de rester dans cette attitude négative et décidons de parler de tout cela autour de nous pour alerter, en parler, éveiller les consciences, expliquer sans cesse !

À propos de l'auteur :

Abbé Amar

Abbé Amar

44 ans. Diocèse de Versailles. Licencié en droit et en théologie, il est curé de la paroisse de Limay (78). Auteur de spectacles pour les familles (www.santosubito.fr et www.princedudesert.fr) et de "Internet, le nouveau presbytère" (Artège, 2016). Depuis 2013, il anime l'émission "un prêtre vous répond" sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).